100 millions de femmes manquent à l’appel dans le monde

Les statisticiens les appellent les « Missing Women », les « Femmes Disparues », ces femmes qui statistiquement devraient être en vie, mais ne le sont pas en raison des avortements sélectifs, de l’infanticide des filles, de l’esclavage moderne, du manque de soins médicaux et des carences alimentaires dont souffrent les filles…

Ce déficit du nombre de femmes par rapport à leur nombre attendu dans un pays ou une région, a été théorisé en 1990 par l’économiste indien et Prix Nobel, Amartya Sen, qui publia un essai sur le sujet dans le New York Review of Books. Il estimait déjà à l’époque que 100 millions de femmes étaient « portées disparues ». D’autres chercheurs à sa suite ont abouti à des estimations comparables, allant de 90 à 101 millions de femmes manquantes.

Cette réalité concernait principalement l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Dans ces régions, les calculs de ratios hommes/femmes révélaient un déséquilibre flagrant. Le Prix Nobel concluait alors,

« Ces chiffres nous racontent en silence, une histoire terrible d’inégalité et de négligence menant à la mortalité excessive des femmes. »

Près de 30 ans plus tard, rien n’a changé. La situation s’enkyste, cette réalité choque et les chiffres sont effroyables. Les projections faites par le Population Council, un centre de recherche basé à New York, indiquent que si les tendances se maintiennent, il y aura 150 millions de « femmes disparues » d’ici 2035.

La cause principale de ce déséquilibre est tristement la dévalorisation des femmes dans de nombreuses cultures. Elles y sont maltraitées, négligées et abandonnées sous le joug de pratiques culturelles enracinées considérant les femmes comme inférieures aux hommes. Ces femmes sont trop souvent condamnées à mort ou à la survie, et ce à toutes les étapes de leur vie.

  • L’avortement sélectif et l’infanticide des filles

On connaît la préférence sexuelle pratiqué en Chine, conséquence de la politique de l’enfant unique. Mais la Chine n’est pas le seul pays à connaître cette préférence, et la mise à disposition de l’échographie a eu comme conséquence inique, l’avortement sélectif dans de nombreux pays en développement. Selon une étude du Lancet, 10 millions de filles indiennes auraient été avortées en vingt ans.

Et le chiffre pourrait plus que doubler s’il on prenait en compte l’infanticide après la naissance.

« Cette perte n’est pas due à l’avortement. Les bébés filles qui ne sont pas victimes de la sélection prénatale et de l’élimination ne sont pas garanties de survivre après la naissance. »

Depuis 25 ans, Sabu George étudie à Dehli ce qu’il nomme « La pire forme de violence » de l’histoire indienne : l’élimination de millions de filles à naître.

Le chercheur considère qu’il ne s’agit de rien de moins qu’un génocide et décrit les premiers mois dans l’utérus comme « la partie la plus risquée du cycle de vie d’une femme en Inde ». Au cours des deux dernières décennies plusieurs rapports ont régulièrement mis en lumière l’ampleur du phénomène. Dans un article du Guardian, les journalistes Raekha Prasad et Randeep Ramesh décrivent l’horreur.

« Des restes de dizaines de bébés ont été exhumés au Punjab. Pour se débarrasser des preuves, l’acide a été utilisé pour faire fondre la chair, puis les os ont été martelés… »

D’autres bébés filles sont tout simplement abandonnées et viendront grossir les rangs d’orphelinats bondés.

  • La malnutrition

Dans une fratrie, la famille privilégie l’alimentation des garçons. Les filles mal nourries deviennent des femmes mal nourries plus sujettes aux complications de grossesses, aux fausses couches, à la mortalité en couche. Par ailleurs leurs nourrissons plus fragiles, ont beaucoup plus de risques de mourir rapidement.

  • L’exploitation des enfants

Là encore les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans les pays les plus pauvres, 1 enfant sur 4 âgé de 5 à 17 ans travaille, au détriment de sa santé et de son avenir.

L’UNESCO rapporte que 31 millions de filles en âge d’aller à l’école primaire ne sont pas scolarisées. 17 millions d’entre elles ne le seront jamais. 34 millions d’adolescentes ne bénéficient pas de l’enseignement secondaire, dont l’objectif est pourtant de leur faire acquérir des compétences professionnelles essentielles. Deux-tiers des 774 millions d’analphabètes dans le monde sont des femmes.

Les enfants victimes de travaux forcés sont engagés dans des carrières, des mines de charbon, des rizières, des plantations de thé et des pâturages. Ils sont exposés à la poussière, aux émanations toxiques, aux pesticides, aux métaux lourds, quand ils ne sont pas embrigadés dans le commerce du sexe.

  • L’esclavage sexuel

Selon Foreign Affairs, 34 millions de femmes et de filles seraient piégées dans le commerce du sexe.

Dans leur ouvrage Half the Sky : transformer l’oppression en opportunité pour les femmes dans le monde, Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn déclarent :

« Beaucoup plus de femmes et de filles sont envoyées dans des maisons closes au début du XXIe siècle, que d’esclaves africaines furent envoyés dans des plantations aux XVIIIème ou XIXème siècles. »

  • La violence conjugale

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, « la violence à l’encontre des femmes, qu’elle soit le fait d’un partenaire intime ou de nature sexuelle, est un grand problème de santé publique et une violation majeure des droits de la femme ».

35% des femmes, soit près d’1 femme sur 3, indiquent avoir été exposées à des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire intime ou de quelqu’un d’autre au cours de leur vie. Au niveau mondial, pas moins de 38% des meurtres de femmes sont le fait de leur partenaire intime masculin.

  • La mortalité maternelle

Chaque jour, 1 500 femmes meurent de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. Le risque de mourir en couches au cours de la vie est 1000 fois plus élevé dans un pays pauvre, et pour les auteurs de Half the Sky, « cela devrait être un scandale international ».

L’OMS observe une répartition inéquitable de l’incidence des décès maternels dans le monde, où se retrouve le fossé entre les riches et les pauvres.

99% des décès maternels se déroulent dans les pays en développement. Plus de la moitié d’entre eux surviennent en Afrique subsaharienne, un tiers en Asie du Sud.

Pour une femme des pays en développement, le risque, à la naissance, de décès maternel est de 1 sur 75, contre 1 sur 7 300 dans les pays développés. Au Niger, une femme sur sept meurt de complications liées à la grossesse. À l’opposé, le risque de décès maternel est de 1 sur 48 000 en Irlande.

Dans un article pour Gospel For Asia, Karen Mains invite à voir ces filles et ces femmes qui souffrent. Jésus lui-même a vu la souffrance des femmes et leur a apporté soutien, guérison, pardon et consolation. Jésus a accueilli et protégé une femme prostituée alors qu’il se tenait parmi une assemblée d’hommes réunis dans la maison du pharisien. Il pose une seule question à Simon, et nous invite ainsi à nous poser la même question.

« Vois-tu cette femme ? »

H.L.

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