75 % des Nord-Coréens persécutés par le régime ne survivraient pas aux violences et privations

La Corée du Nord fait du bruit sur la scène internationale par ses provocations balistiques et nucléaires. Plus discrètement, le régime de Kim Jong-un étouffe la voix du peuple sous un climat d’affres, et écrase plus particulièrement ceux suspects de dissidence. Parmi eux, les croyants persécutés, il y aurait majoritairement des chrétiens. Selon les statistiques obtenues après recoupement des témoignages de Nord-Coréens ayant fait défection, plus de 75 % des personnes subissant les persécutions du régime ne survivent pas.

Les témoignages recueillis par le Database Center for North Korean Human Rights (Centre de données pour les Droits de l’homme en Corée du Nord), ou NKDB, permettraient d’identifier 65 000 cas de persécution religieuse. Près de 99 % des 11 370 personnes qui ont pu fuir le pays depuis 2007 confirment l’absence de liberté religieuse et assurent que seulement moins de 23 % de celles qui sont punies ne décèdent pas du fait de ces violences et privations. S’il convient de prendre ces chiffres avec précaution, car relatifs à un nombre limité de témoins, il reste que les témoignages quant à la brutalité du régime envers les supposés dissidents vont dans le sens de tous les renseignements jusque là fournis par les ONG et les Nations unies qui les obtiennent sans avoir le droit d’accéder au territoire du pays.

Le juche comme fondement moral de la persécution

Les chrétiens officiellement affichés dans le pays sont à peu près donc dix fois moins nombreux qu’à Pyongyang avant la Guerre de Corée

Le chiffre réel des croyants nord-coréens est inconnu, et plus de 65 % de la population serait athée. Avant la guerre, Pyongyang, la capitale depuis 1948, était surnommée « La Jérusalem de l’Asie » en raison de la forte proportion de chrétiens en son sein. Autour de 30 % de la population de près de 400 000 habitants de l’agglomération à l’époque de l’instauration du régime communiste en 1948, et alors que le Nord était sous contrôle soviétique depuis trois ans, y était chrétienne, pour 1 % dans le reste de la péninsule alors unie. Il y aurait aujourd’hui près de 13 000 chrétiens déclarés sur environ 25 millions d’habitants dans la partie Nord d’une nation maintenant séparée en deux, dont un dixième vit dans la capitale. Les chrétiens affichés dans le pays sont donc à peu près dix fois moins nombreux que ceux à Pyongyang avant la Guerre de Corée. Pour les Nations unies, il y aurait plutôt entre 200 000 et 400 000 chrétiens, loin des 12 000 protestants et 800 catholiques des chiffres officiels de la République populaire de Corée. Les fidèles des religions ancrées de longue date dans le pays comme le cheondoïsme, le chamanisme et le bouddhisme sont moins terrorisés par l’État. Ce dernier a imposé un système de croyance, le juche (la pensée du sujet) d’après lequel « l’homme est le maître de tout et décide de tout » et la « conception du monde est axée sur l’homme et une philosophie politique visant à réaliser la souveraineté des masses populaires ». Il suffit d’avoir donné l’impression de commettre un délit par rapport au juche pour connaître le système du goulag, soi, son conjoint, ses enfants voire ses parents au nom de la culpabilité par association.

Le juche justifie le culte du dirigeant du pays

Le juche va au-delà des mots de sa définition, il justifie le culte du dirigeant du pays, actuellement Kim Jong-un. Ce culte est non seulement attaché à sa fonction, mais aussi à sa personne, d’où la transmission dynastique du pouvoir. Kim Jong-un dirige d’une main de fer un régime que lui a légué son père, Kim Jong-Il, lui-même héritier institutionnel de son père, Kim Il-sung, le fondateur du régime. L’offense au juche est une offense au guide de la République populaire, et elle est passible de mort ou des camps du goulag. Il suffit de lire des journaux étrangers, de se plaindre des horribles conditions de vie sans même critiquer la politique du régime (la famine aurait tué environ un million de personnes entre 1994 et 1998, et le pays fait du chantage nucléaire aux États-Unis et à ses voisins, surtout la Corée du Sud et le Japon, pour obtenir de l’aide humanitaire alors que des cas de cannibalisme sont répertoriés), ou de pratiquer sa religion de façon incompatible avec le juche. De droit, les cultes sont officiellement autorisés, prétendent les autorités aux organisations internationales, dans la réalité les croyants sont persécutés, les fidèles des religions les moins historiques encore plus particulièrement. En revanche, le cheondoïsme ou cheondogyo, une religion syncrétique qui mélange chamanisme coréen, taoïsme, bouddhisme et des éléments du christianisme, et constitue une religion nationale à côté de l’athéisme d’État, est accepté et dispose d’un parti politique associé à celui du régime.

La Constitution énonce la liberté religieuse en son article 68, dès lors qu’elle n’est pas utilisée contre l’État, souligne le rapport 2015 du Département d’État sur la liberté religieuse (qui ne change quasiment plus depuis 2012), avant de mentionner le sort de ceux qui attenteraient aux intérêts de l’État.

« Le gouvernement continue de traiter durement ceux qui sont engagés dans la plupart des pratiques religieuses, qu’il les exécute, les torture ou les arrête. Entre 80 000 et 120 000 prisonniers politiques, ou des prisonniers pour motifs religieux, sont supposés être détenus dans les prisons politiques du goulag dans des régions reculées et d’horribles conditions. Les groupes religieux et de droits de l’homme en dehors du pays fournissent de nombreux rapports d’après lesquels des membres des églises clandestines ont été arrêtés, battus, torturés ou tués en raison de leurs croyances religieuses. Les organisations non gouvernementales relatent que toute activité religieuse conduite hors du cadre des cultes enregistrés, ce qui comprend la prière, la louange chantée et la lecture de la Bible, expose les contrevenants à de sévères punitions dont l’emprisonnement dans les camps politiques. »

C’est surtout dans ce système carcéral du goulag que meurent les chrétiens et autres « dissidents » qui, par leurs seules activités religieuses, défient prétendue la nature divine des deux premiers dirigeants du pays qu’il convient de toujours vénérer, respectivement le « Président éternel » et le « Cher Leader ».

Le sort des contrevenants à la loi comprend toute une palette d’actes de persécution

Dans un rapport du 22 septembre dernier, l’ONG britannique Christian Solidarity Worldwide a résumé le rapport du NKDB quant à la répression en Corée du Nord concernant aussi bien la persécution politique que celle à l’encontre des croyants de diverses religions. Depuis la dernière décennie, le nombre de chrétiens aurait fortement crû du fait que les Nord-Coréens qui fuient leur pays pour la Chine sont exposés au christianisme chez le grand voisin, lui-même hostile aux cultes non contrôlés, et reviennent convertis dans leur pays après avoir été expulsés par les autorités chinoises. Cela a conduit le régime à accentuer la persécution afin de limiter l’essor du christianisme. 1,2 % des réfugiés (128 sur 10 217) en Corée du Sud attestent avoir pris part à des activités religieuses entre 1998 et 2015 ; 4,2 % des personnes interrogées (433 sur 9 925) disent avoir vu une Bible. Le sort des contrevenants à la loi comprend toute une palette d’actes de persécution, et le régime organise le meurtre, le viol, l’esclavage, ou encore la prostitution forcée de ces personnes.

 Une pluralité de rapports dénonçant les crimes

Le rapport des Nations unies du 17 février 2014 ne dit pas moins, qui dénonce « un climat de peur permettant de prévenir toute remise en cause du régime politique actuel et de l’idéologie sur laquelle il repose. Les institutions et les responsables concernés ne sont pas tenus de rendre des comptes. L’impunité règne ».

« En République populaire démocratique de Corée, le recours à la torture est une pratique établie dans le cadre des interrogatoires, en particulier dans les affaires de crime politique. La privation de nourriture et autres conditions inhumaines de détention sont intentionnellement imposées aux suspects pour les contraindre à avouer et à dénoncer d’autres personnes », constate l’ONU, qui relève par ailleurs que « les violations graves des droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée, notamment les détentions, les exécutions et les disparitions, sont caractérisées par un niveau élevé de coordination centralisée entre différentes parties de l’appareil de sécurité extrêmement développé ».

L’Assemblée générale des Nations unies a appelé en novembre 2014 le Conseil de sécurité à saisir la Cour pénale internationale pour qu’elle enquête sur ces crimes, mais la Chine et la Russie, qui disposent d’un droit de veto, s’opposent cependant à cette résolution.

En 3 avril 2012, une quarantaine d’organisations non gouvernementales militant en faveur des droits de l’homme avaient adressé une pétition aux Nations unies pour demander une enquête sur la répression dans le pays ainsi que la fermeture des camps du goulag qui, elle, disait que 20 à 25 % des personnes détenues mouraient, un chiffre éloigné des 75 %.

Divers rapports indiquent que les prisonniers sont privés de tout droit

Divers rapports indiquent que les prisonniers sont privés de tout droit et volontairement maintenus dans un état de famine telle qu’ils fouillent jusque dans le déjections animales pour trouver des grains à manger. Pour Amnesty International, 40 % des prisonniers seraient morts d’inanition entre 1999 et 2001, certains ne pèseraient plus qu’une trentaine de kilogrammes à leur décès. Les prisonniers qui n’ont pas terminé leur travail peuvent être privés de nourriture, ce qui favorise le cercle vicieux de l’épuisement. Un rescapé témoigne de l’une des conséquences morales de la famine :

« Voir des gens mourir arrivait fréquemment – chaque jour. Pour être honnête, contrairement à ce qui se passe dans une société normale, on y voyait des raisons de se réjouir plutôt que d’être triste parce que ramener un corps et l’enterrer vous assurait un autre bol de nourriture. »

Ne consommant quasiment pas de calories, les prisonniers sont encore davantage transis dans les rivières glacées où la température peut descendre jusqu’à – 30 degrés Celsius en hiver. Les orteils de ceux qui travaillent dans l’eau finissent même par pourrir, et des témoignages rapportent que des détenus supplient les gardiens de les tuer. Une partie des prisonniers travaille également dans les mines d’or où le taux de mortalité serait très élevé, la seconde cause de décès après la sous-nutrition. Les prisonniers meurent également de tuberculeuse, pneumonie ou pellagre. (Pour approfondir : Idéologie et terreur, dans le goulag nord-coréen : croyants, prisonniers politiques et leurs familles)

Pourtant, en dépit de toute la documentation qui se recoupe, Pyongyang continue de nier. Ainsi que le relève l’ONG Human Rights Watch, la République populaire démocratique de Corée a même ratifié quatre des principaux traités relatifs aux droits de l’homme et en a signé un ; en novembre 2014, elle a ratifié le Protocole facultatif ajouté à la Convention des droits de l’enfant quant à la vente et la prostitution des enfants ainsi que la pornographique infantile.  Le régime se présente comme ouvert, démocratique, tel un village Potemkine de liberté religieuse. Il existe quatre églises dans la capitale et une quantité de temples bouddhistes, destinés à convaincre les visiteurs étrangers qu’il y a une liberté religieuse. En 2014, les autorités ont rénové l’une des églises sans pour autant amoindrir la persécution. En 1992, l’évangéliste américain Billy Graham avait même donné un cours à l’université Kim Il-sung, au milieu d’une période très sévère, mais davantage facile pour les religions que l’actuelle, qui allait de 1988 à 1997, peu avant la répression accrue à partir de la dernière décennie.

Hans-Søren Dag

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