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Abjurations en masse au sein de l’Église évangélique luthérienne du Danemark

Au pays de Søren Kierkegaard, philosophe et théologien chrétien qui aspirait à un christianisme personnel et appela les pasteurs du Royaume « les mille menteurs », 10 300 chrétiens officiels ont quitté l’Église évangélique luthérienne en trois mois suite à une campagne athéiste à cette fin.
Des milliers de protestants ont choisi de tourner le dos à leur église.
Entre les mois d’avril et juin de cette année, selon des chiffres récents, des milliers de protestants ont choisi de tourner le dos à leur église répondant ainsi à la réclame d’une association d’athées qui présentait divers arguments, spirituels ou matériels, pour les y encourager.
 
S’agit-il d’une perte massive et soudaine de la foi chez ce peuple nordique ou plus prosaïquement d’une occasion saisie ? L’association présente aux luthériens diverses questions telles que « Pourquoi croire en Dieu ? », « La foi devrait-elle avoir un coût financier ? » ou encore « Jésus et Mahomet parlaient-ils vraiment à Dieu ? » Il y a régulièrement des départs de l’Église luthérienne, la société danoise étant, comme celles autres pays finno-scandiens, très sécularisée, mais ce chiffre de 10 000 représente le double du nombre d’abjurations du précédent trimestre.

Ce résultat, le plus élevé depuis 2007, n’étonne pas le président de l’association d’athées, Anders Stjernholm, qui, tout en se réjouissant que les Danois aient saisi l’occasion d’exprimer le fond de leur cœur, explique « Nous avions constaté depuis longtemps grâce aux sondages qu’il n’y avait pas beaucoup de Danois pratiquants. Ainsi, je vois ces retraits comme l’expression du fait que le peuple ne comprend pas que l’Église ait une telle importance et prenne autant d’argent ».

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Croix de la cathédrale Notre Dame de Copenhague

Au Danemark, l’Église évangélique luthérienne (comprendre « protestante luthérienne ») a le statut d’Église nationale depuis 1849 et la monarchie constitutionnelle ; elle est appelée « Église du peuple danois ». Auparavant, elle était l’Église d’État depuis 1536, c’est-à-dire que quelques autres étaient tolérées. Depuis le Moyen-Âge et les conflits de religions, les croyances étaient officiellement réparties en Europe suivant le principe Cujus regio, ejus religio (Tel prince, telle religion), et le Danemark, dirigé par un monarque luthérien était donc de cette branche du protestantisme.

Ce statut privilégié se retrouve dans la Constitution dont l’article 4 dispose que  » l’Église évangélique luthérienne est l’Église nationale danoise et jouit, comme telle, du soutien de l’État. » L’article 6 de la norme fondamentale assure même que « le Roi doit appartenir à l’Église évangélique luthérienne. » Les ministres du culte sont des fonctionnaires et payés comme tels, un impôt est prélevé sur les membres de l’Église, d’où l’argument pécuniaire de l’association d’athées. La taxe imposée aux personnes inscrites sur les registres de l’Église danoise concerne 4 000 000 de personnes et représente en moyenne 18 000 euros dans la vie d’un membre, pratiquant ou non, croyant ou non.

Cet argent permet notamment de financer des activités de nombreuses associations socio-éducatives liées à l’Église et alors considérées comme réalisant des missions de l’État-providence, par exemple les crèches ou les foyers pour handicapés. Aux termes de l’article 68 de la Constitution, nul ne peut être tenu de financer un autre culte que le sien, et seuls les protestants luthériens sont concernés par l’impôt en faveur de leur Église.

Le luthéranisme a fait partie de l’identité nationale au même titre que l’orthodoxie en Grèce.

Dans un pays fortement sécularisé où un sondage de 2008 révélait que seulement 2,4% des membres de l’Eglise se rendaient alors chaque semaine aux services, ce privilège d’une religion heurte certains tandis que d’autres s’y soumettent jusqu’à ce qu’une campagne de publicité leur dise qu’ils peuvent se soustraire à l’envers de ce privilège, c’est-à-dire à une contrainte. Dans les faits, le luthéranisme danois est davantage sociologique qu’affaire de conviction. Le luthéranisme a fait partie de l’identité nationale au même titre que l’orthodoxie en Grèce, mais il s’est très largement fait à l’évolution de la société. Ainsi, les cours de christianisme à l’école public sont certes consacrés à l’étude de l’impact du christianisme sur l’individu et la société, mais également des autres religions dans une société de plus en plus cosmopolite ; ou, sur les questions de mœurs, les mariages homosexuels peuvent être célébrés civilement ou à l’Église luthérienne, ce qu’approuvent les trois quarts des pasteurs, et, selon un sondage de 2011,75,8% de la population – à 80% officiellement luthérienne.

En 2003, un pasteur avait défrayé la chronique en déclarant son athéisme ; le pasteur Thorkild Grosbøll comparait même ses collègues croyants à des chamans. L’ecclésiastique avait dû comparaître devant un tribunal ad hoc. A la même époque, en 2004, 60% des pasteurs s’opposaient au mariage homosexuel. L’évolution de l’Église luthérienne du Danemark est très rapide, peut-être parce que, soutenue par l’État, essentiellement sociologique, elle n’a pas considéré nécessaire de justifier ses positions conservatrices, ni n’a jugé utile de faire œuvre missionnaire dans la péninsule.

Kierkegaard souhaitait affranchir ses contemporains de ce qu’il considérait être des « illusions d’optique » quant à leur foi chrétienne qui n’était pas personnelle mais identitaire et sociologique, en tant que peuple chrétien, sans toutefois leur donner des directives. C’est là où s’arrête une éventuelle comparaison entre la méthode du pasteur Grosbøll qui qualifiait de mauvais chrétiens ceux qui se réfèrent aux Écritures sacrées, ou celle de l’association athéiste qui n’interroge pas les gens sur leur foi pour leur laisser la possibilité d’y réfléchir, mais pour quasiment leur donner la directive de quitter l’Église, et celle de Kierkegaard.

Hans-Søren Dag

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