Acquittement de Donald Trump au Congrès : Quelles conséquences politiques ?

Jamais procès en destitution n’aura été aussi court, prévisible dans sa conclusion, et lourd de conséquences.

Le 13 février, par 57 voix contre 43, les sénateurs ont jugé l’ancien président « non coupable » d’avoir incité à l’insurrection le 6 janvier dernier au Capitole. 10 voix manquaient pour atteindre les deux tiers nécessaires aux accusateurs. 7 sénateurs républicains (sur 50) ont soutenu l’accusation venant du camp démocrate. C’était le quatrième procès en destitution d’un président des Etats-Unis, mais le premier visant un président ayant quitté le pouvoir. Selon Anthony Zurcher, correspondant de la BBC en Amérique du Nord (en lien ci-dessous), cette nouveauté risque d’augmenter le chaos politique.

La défense présentée par les avocats de Donald Trump s’articulaient autour de 3 arguments principaux : 1) le rejet d’un procès politique dont la constitutionalité est discutable car il implique un chef d’Etat qui n’est plus en exercice ; 2) la dénonciation d’une atteinte à la liberté d’expression, le discours de Trump étant politique et utilisant une rhétorique combattive qui appartient aux deux camps ; 3) la mise en avant de la préméditation des meneurs qui ont envahi le Capitole, prouvée par les messages partagés sur les réseaux sociaux avant le discours de Trump. Les Démocrates ont voulu prolonger les débats en faisant intervenir des témoins en direct pour attester de la violence des pro-Trump le 6 Janvier. Mais quand les Républicains ont rétorqué qu’ils appelleraient leurs propres témoins pour évaluer la réponse sécuritaire des autorités démocrates du Capitole à une menace connue (de Nancy Pelosi en premier lieu, en tant que Présidente de la Chambre des Représentants), les deux camps ont conclu qu’ils avaient autant à perdre pour un résultat couru d’avance…

Quelles conséquences peuvent être envisagées pour les principaux protagonistes ?

1)      Donald Trump : il ressort blanchi d’un deuxième procès en destitution et peut donc se représenter en 2024 s’il le souhaite. Il n’empêche que deux procès en une seule présidence constituent un lourd passif, et les images de manifestants dans le Capitole portant des casquettes ou agitant des drapeaux à son nom entachent son bilan. Les indécis, les indépendants, qui représentent une cible privilégiée lors des campagnes présidentielles, auront du mal à voter pour lui. Il a gardé le soutien d’une large majorité de représentants et de sénateurs, mais il faut interpréter ce soutien : la pression pro-Trump de l’électorat républicain est telle qu’ils auraient beaucoup à perdre en s’opposant à l’ancien Président. Nouveau candidat ou faiseur de roi ? Les prochains mois le diront. Trump reste sous la menace judiciaire d’une commission d’enquête bipartisane.

2)      Les sénateurs républicains : lors du premier procès, un seul sénateur (Mitt Romney de l’Utah) avait rejoint les Démocrates. Cette fois ils étaient sept républicains contre Trump (trois d’entre eux viennent d’être élus et donc ne courent aucun risque pour les 6 ans à venir, deux autres vont partir à la retraite). D’après l’institut de sondage Morning Consult, 59% des électeurs républicains veulent que Trump garde un rôle important dans le parti, soit 18 points de plus qu’au lendemain de l’émeute du Capitole. Le risque pour les candidats républicains dans un Etat acquis aux conservateurs serait d’être doublé par sa droite lors des prochaines échéances. Tandis que dans les Etats disputés, le refus de destituer Trump sera mis en avant par les candidats démocrates pour discréditer leur adversaire…

3)      Les représentants démocrates : se faire connaître sur le plan national n’est pas chose aisée quand on appartient à une Chambre de 435 membres, tous partis confondus. 9 représentants démocrates ont gagné une large audience en formant l’équipe en charge de présenter les arguments en faveur de la destitution de Trump. La présentation des évènements, faisant la part belle à des vidéos inédites sur les intrusions dans le Capitole, a marqué les esprits… Mais ils sont critiqués à cause de leurs atermoiements de dernière minute et de la décision de ne pas prolonger les débats par l’appel aux témoins.

4)      Joe Biden : le nouveau Président s’est tenu à distance. Les communicants de la Maison Blanche ont même dit qu’il n’était pas au fait des détails de la procédure. C’est difficile à croire mais le message est clair : sa priorité est le combat contre le virus SARS-Cov2. C’est le succès de son administration à faire reculer la maladie tout en soutenant les ménages et l’économie qui comptera aux yeux des Américains. L’urgence est de faire passer le budget exceptionnel de 1,9 mille milliards de dollars qui comprend des aides directes aux ménages. Le risque existe cependant de voir la base électorale démocrate la plus à gauche lui reprocher d’être resté en marge de la procédure contre Donald Trump. Car l’enjeu politique est tout aussi important pour le Parti démocrate que pour le Parti républicain : maintenir une unité mise à mal ces derniers mois.

Ludovic Lavaucelle

Source : BBC

Cet article est republié à partir de La Sélection du Jour.

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