Ancien enfant-soldat, un chrétien est récompensé aux African Genius Awards

« Ma mère et moi avions convenu que je ne devais jamais rien dire de ce que j’avais vu à la guerre. Elle pensait que pour que je puisse avancer dans ma vie, tout ce qui concernait mon statut d’enfant-soldat devait être enterré dans le passé. Ma mère craignait que je sois stigmatisé si je partageais ce que j’avais vécu. »

Ishmael Alfred Charles est l’un des lauréats des African Genius Awards, qui récompense les personnes ayant contribué au développement de leur pays . Cet ancien enfant-soldat est désormais responsable des programmes de Caritas Freetown.

Pour ACI Afrique, il revient sur son enfance au cœur de la guerre civile sierra-léonaise. Il a été enlevé en 1991, à l’âge de 9 ans, par des rebelles qui l’ont initié au combat.

« Les rebelles ont attaqué notre village, brûlant les maisons, tuant les gens et capturant ceux qu’ils pensaient pouvoir commettre diverses atrocités dans leurs rangs. Des hommes ont été capturés. Les garçons aussi ont été enlevés. Nous avons couru pendant de nombreuses heures et les rebelles ont fini par nous rattraper dans une forêt où nous nous cachions. »

Si les garçons de son âge se sont à tirer, à piller les maisons et les brûler, lui affirme avoir toujours refusé de tuer.

« Beaucoup de garçons ont accepté de travailler pour les rebelles. La plupart étaient excités à l’idée de tenir un fusil pour la première fois. D’autres étaient grands et s’intégraient facilement dans les groupes de rebelles. À neuf ans, j’étais tout petit. Mais la plupart du temps, je faisais semblant d’être lent à apprendre à manier l’arme. Je n’ai jamais voulu avoir quoi que ce soit à voir avec le fait de tuer des gens. »

À la fin du conflit, en 2002, Charles a retrouvé sa mère, qui lui a demandé de garder le silence.

« J’ai gardé de terribles souvenirs de ce dont j’avais été témoin, même lorsque je suis retourné à l’école. Ma mère et moi avions convenu que je ne devais jamais rien dire de ce que j’avais vu à la guerre. Elle pensait que pour que je puisse avancer dans ma vie, tout ce qui concernait mon statut d’enfant-soldat devait être enterré dans le passé. Ma mère craignait que je sois stigmatisé si je partageais ce que j’avais vécu. »

C’est finalement à un prêtre que Charles a commencé à parler.

« Aujourd’hui, je peux parler librement de mes expériences d’enfance. Je travaille même sur un livre qui contiendra tout sur mes années d’enfant-soldat et ma vie après la guerre. »

Aujourd’hui, il déplore la réinsertion manquée des enfants-soldats dans la société :

« Les enfants soldats en Sierra Leone n’ont pas été correctement réintégrés dans la société. Les enfants qui ont passé de nombreuses années à apprendre comment survivre dans la jungle n’ont pas appris comment survivre là où il n’y a pas de conflit. On apprenait aux enfants soldats à utiliser le baril pour obtenir tout ce qu’ils voulaient. On leur a appris à piller, à donner des ordres et à coucher avec qui ils voulaient. Aujourd’hui, ils ne savent pas comment travailler dur pour gagner leur vie, comment acheter des vêtements et comment se marier. »

Charles a quant à lui pu reprendre ses études, y compris dans des établissements d’enseignement supérieur internationaux, comme l’université de Manchester au Royaume-Uni. En plus de son rôle auprès de Caritas, il est directeur national de la Healey International Relief Foundation, pour laquelle il supervise des projets de développement. Il est également à l’origine du projet Sick Pikin, qui finance des opérations chirurgicales à l’étranger pour les enfants de familles pauvres.

M.C.

Image : Facebook / African Genius Award

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