Arthur, 6 ans : « Comment une guerre commence ? »

Tu m’as, cher Arthur, posé une question redoutable et il n’est pas certain que les spécialistes des relations internationales en maîtrisent entièrement les explications. Les historiens débattent ainsi depuis des décennies sur les origines réelles de la Première Guerre mondiale.

La première réponse, appuyée sur l’histoire, paraît simple : une guerre commence parce que les dirigeants d’un État ont décidé de la lancer. Auparavant, cette décision prenait généralement une forme solennelle : on déclarait la guerre. Et après quelques batailles, qui pouvaient d’ailleurs s’étendre sur une longue période – il y a eu la Guerre de Cent Ans (1337-1453) et la Guerre de Trente Ans (1618-1648) –, un traité de paix était signé qui pouvait modifier les frontières.

« C’est quoi une guerre mondiale ? » (1 jour, 1 question).

Maintenant, la guerre n’est plus toujours déclarée et il peut même arriver que certains pays tentent même de cacher la guerre qu’ils font, comme la guerre de la Russie contre l’Ukraine qui dure depuis 2014.

Qu’est-ce que gagner une guerre ?

Cette réponse en appelle une deuxième : les États se lancent dans une guerre parce qu’ils espèrent la gagner. Mais qu’est-ce que gagner une guerre ? Les États ont ainsi généralement défini des « buts de guerre » qui peuvent être multiples. Ils peuvent tout simplement vouloir agrandir leurs territoires. Ils peuvent aussi juger nécessaire de répondre de manière anticipée à ce qu’ils perçoivent comme une menace en venant au secours d’un allié (guerre du Vietnam et première guerre du Golfe) ou en tentant d’éviter qu’un pays se dote d’armes de destruction massive (motif allégué faussement pour la seconde guerre du Golfe). Ils entendent parfois aussi faire triompher leurs idées – ce qu’on appelle souvent une « idéologie » – au-delà de leurs frontières, ou bien renforcer leur domination sur le monde parce que les pays conquis se rallieront à leur cause. Enfin, ils peuvent parfois faire la guerre pour tenter d’empêcher la déstabilisation d’une région avec des répercussions directes sur notre territoire (pensons à ce qu’on appelle parfois la « guerre contre le terrorisme », qui justifie notamment la présence de forces françaises en Afrique ou au Moyen-Orient).

La guerre a toujours une justification du point de vue de ceux qui la font, ce qui ne signifie pas qu’elle soit juste. Souvent, l’histoire montre qu’ils ont d’ailleurs eu tort de se lancer dans cette aventure, et la guerre qu’ils ont lancée devient leur défaite et précipite leur effondrement (chute de l’Empire austro-hongrois).

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En troisième lieu, une guerre commence parfois aussi parce qu’un gouvernement entend mater une révolte ou des mouvements de protestation, ou veut empêcher qu’un parti adverse parvienne au pouvoir. Nous sommes là dans le cadre d’une « guerre civile », fréquemment opposée à la « guerre étrangère ».

La haine est un des moteurs de la guerre

Ces trois raisons ne sont toutefois que des réponses partielles. Les guerres commencent aussi souvent parce que des dirigeants, mais également parfois des peuples, sont disposés à la faire. Nous ne parlons certes pas ici de la riposte que des États ou des populations attaqués lancent pour y répondre. Mais il existe fréquemment une « atmosphère », au sein de la population ou des cercles dirigeants, qui peut inciter à les entreprendre. Les passions contribuent à expliquer certaines guerres, dont la première est la haine pour un autre pays ou une catégorie de personnes. On parle ainsi fréquemment du « nationalisme » qui ne résulte pas de l’amour de son pays, mais de la détestation des autres.

On peut aussi mentionner en tant que variantes les passions religieuses qui conduisent certains groupes à détester celles et ceux qui pratiquent une autre religion. Pour certains gouvernements aussi, la tentation peut exister de faire diversion devant les difficultés économiques ou les contestations sociales en lançant une guerre pour tenter de créer une unité nationale qui n’existe plus.

À l’époque contemporaine, les États démocratiques ont, par la construction d’institutions internationales, dont la plus remarquable est l’Europe, entendu tenter de prévenir la survenance de nouvelles guerres. De fait, aujourd’hui, les guerres d’agression sont quasiment toujours le fait de régimes autoritaires et dictatoriaux – sans parler des groupes terroristes –, et non de démocraties. Tant que ces régimes existeront, la guerre ne s’éteindra pas et les pays les plus pacifiques auront toujours à s’y préparer pour éviter la soumission et de nouvelles guerres encore plus destructrices.The Conversation

Nicolas Tenzer, Chargé d’enseignement International Public Affairs, Sciences Po – USPC

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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