A Marseille, le pape conclut un voyage consacré aux migrants par une messe géante

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Accueilli en rock-star, le pape François a conclu samedi par une messe géante au stade Vélodrome de Marseille une visite largement dominée par la dénonciation du sort réservé aux migrants, mais aussi à la défense de la doctrine de l'Eglise face au projet de loi sur la fin de vie en France.

C'était la dernière étape d'une visite de deux jours dans la cité phocéenne, que le pape a quittée en avion à 19H30 après un bref entretien, dans un salon de l'aéroport, avec le président français Emmanuel Macron.

"Bonjour Marseille, bonjour la France", avait lancé le souverain pontife quelques heures plus tôt, en ouverture de la messe, devant près de 60.000 fidèles, en présence du chef de l'Etat et de son épouse Brigitte, au milieu d'un dispositif de sécurité "hors norme", selon les autorités.

Sous un grand soleil, le chef de l'Eglise catholique a été acclamé en faisant en papamobile le tour de la pelouse de l'antre de l'Olympique de Marseille, emblématique club de football de la ville, accueilli par des "tifos" (messages dessinés par la foule) et notamment un immense "Merci".

Dans son homélie, il a dénoncé le "tragique rejet de la vie humaine, qui est aujourd'hui refusée à nombre de personnes qui émigrent", martelant une dernière fois ce message d'accueil des migrants qui a scandé son séjour de moins de 48 heures dans ce grand port de la Méditerranée, à l'histoire et à la population façonnées par les migrations.

Dans la matinée, il avait clôturé par un long discours les "Rencontres méditerranéennes" qui ont rassemblé pendant une semaine 70 évêques et jeunes du pourtour de cette mer marquée par la présence des trois grandes religions monothéistes.

"Ceux qui risquent leur vie en mer n'envahissent pas, ils cherchent hospitalité", a-t-il lancé, estimant que ce processus doit être géré "avec une responsabilité européenne capable de faire face aux dificultés objectives".

Le pape est arrivé à 20H40 à Rome.

Dans l'avion du retour, à une journaliste lui demandant s’il avait échoué sur la question migratoire, il a répondu "non", disant avoir constaté une lente émergence d’une prise de conscience du phénomène migratoire.

"Je dirais que la croissance est allée lentement : aujourd’hui il y a une conscience du problème migratoire", a-t-il estimé.

Peur et indiférence

Vendredi, il avait fustigé dès son arrivée à Marseille la "peur" et "l'indiférence" face au sort de ceux qui cherchent à traverser la Méditerranée.

Des propos forts dans un contexte d'hostilité croissante en Europe envers les candidats à l'exil et alors même qu'une nouvelle vague d'arrivées sur l'île italienne de Lampedusa a mis à l'épreuve la solidarité de l'Union européenne.

Le pape s'exprimait devant de nombreux responsables français et des institutions européennes, dont le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui avait afirmé mardi que son pays n'accueillerait pas de migrants venus de Lampedusa, tandis que la droite et l'extrême droite fustigeaient une "submersion migratoire".

Le souverain pontife a aussi plaidé pour une "intégration" des migrants plutôt qu'une "assimilation", qui "compromet l'avenir" en "provoquant hostilité et intolérance".

Après avoir loué vendredi ceux qui secourent les migrants en mer, lors d'une cérémonie à l'emblématique basilique Notre-Dame-de-la-Garde, il a reçu samedi en audience des responsables de l'ONG SOS Méditerranée, basée à Marseille, qui afrète un bateau de secours.

En fin de matinée, le pape s'est entretenu pendant une demi-heure avec Emmanuel Macron, dont le gouvernement doit prochainement présenter une nouvelle loi sur l'immigration, où la question de la régularisation des travailleurs sans-papiers fait débat.

Le pape a aussi évoqué indirectement la loi attendue en France sur la fin de vie, mettant en garde contre la "perspective faussement digne d'une mort douce".

A ce sujet, il a répété son hostilité lors de la conférence de presse de fin de voyage dans l'avion.

"On ne joue pas avec la vie! On ne joue pas avec la vie, ni au début ni à la fin", a répété le souverain pontife. "Aujourd'hui, soyons attentifs aux colonisations idéologiques qui (...) vont à l'encontre de la vie humaine".

Sur l'avortement, le pape avait une nouvelle fois déploré à Marseille le sort de ces "enfants à naître, rejetés au nom d'un faux droit au progrès, qui est au contraire une régression de l'individu".

Calme et paix 

Ce voyage, le premier d'un souverain pontife à Marseille en près de 500 ans, a attiré des dizaines de milliers de personnes, notamment sur le parcours en papamobile en route pour la messe, le long d'une des principales avenues de Marseille.

"Le pape me remplit de calme, de paix. Quand il parle, il me fait ressentir quelque chose d'énorme", témoignait Sandra Vélez, Colombienne de 53 ans installée en France, accompagnée par sa fille et son fils.

Ovationné par une foule debout, le pape a conclu la messe en la cathédrale du Vélodrome en appelant, en français, à lui apporter du soutien: "N'oubliez pas de prier pour moi, c'est un travail pas facile", a-t-il lancé, après avoir évoqué, en italien, les 86 victimes de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice.

La Rédaction (avec AFP)

Crédit image : Shutterstock / Riccardo De Luca - Update (Vatican 2019)

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