L'enquête sur l'assassinat d'un chrétien d'Irak en septembre 2025 à Lyon se poursuit, avec notamment un témoignage sur des "positions très radicales" autour des "questions religieuses" du ressortissant algérien poursuivi dans ce dossier.
Remis en octobre à la France par l'Italie où il avait fui avant d'être interpellé, Sabri B., 28 ans, est notamment, depuis cette époque, mis en examen pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste" et placé en détention provisoire conformément aux réquisitions du Parquet national antiterroriste (Pnat) de Paris.
Ashur Sarnaya, un réfugié politique handicapé, avait été attaqué au pied de son immeuble dans la soirée du 10 septembre alors qu'il se trouvait dans son fauteuil roulant en train de faire un direct de plus de cinq heures sur TikTok.
Sabri B. est accusé de l'avoir frappé d'un profond coup de couteau, avant de s'enfuir à pied.
L'Assyro-Chaldéen de 45 ans, qui a succombé à ses blessures, était très présent sur les réseaux sociaux où il postait des vidéos évoquant sa foi.
Les enquêteurs italiens, comme l'avait révélé récemment le journal Le Figaro, ont versé au dossier le témoignage d'une personne qui a fréquenté le suspect à l'adresse où il avait trouvé refuge dans le sud de l'Italie.
Ce témoin a remarqué qu'il avait des "positions très radicales" sur les "questions religieuses".
"Pas l'intention" de tuer
Selon ces dires, Sabri B reprenait couramment les personnes se trouvant à ce domicile lorsque que des "grossièretés" étaient proférées ou lorsque ceux l'entourant fumaient ou buvaient de l'alcool. Il "priait fréquemment", selon ce témoignage dont l'AFP a eu écho mercredi.
Des éléments qui s'opposent à la défense du mis en cause. Dans de récents interrogatoires en France, dont l'AFP a eu connaissance, le suspect martèle qu'il n'avait "pas l'intention" de tuer la victime, évoquant un état de confusion entre alcool et drogues (cocaïne, cannabis) ce soir là.
Sabri B. assure qu'il voulait juste faire une "petite entaille à la joue" d'Ashur Sarnaya. Mais ce dernier aurait alors "soulevé la tête" au moment où le suspect a "cliqué sur le bouton" de son arme blanche, ce qui suggère un cran d'arrêt.
Sabri B. ne répond toutefois pas lors de ces interrogatoires quand ses déclarations sont mises en miroir avec une plaie de plus de 12 cm de profondeur, selon des éléments de l'enquête dont l'AFP a eu connaissance.
Pourquoi le mis en cause voulait-il, comme il l'assure, "menacer au moins" sa victime ? Le suspect dit lui reprocher une "insulte" lancée au sujet de sa mère, un mois auparavant, lors d'un accrochage entre son vélo et la victime dans son fauteuil roulant à Lyon.
Un incident qui se serait passé "la nuit", sans témoin aux alentours. Sabri B. l'aurait alors suivi jusque chez lui à ce moment, avant de vouloir l'intimider un mois après, sous le coup d'un mélange d'alcool et de drogues.
Idéologie structurée
Et c'est "par hasard" qu'il serait tombé sur le flux TikTok de la victime, dont il suivait le live avant de s'en prendre à lui. Une version questionnée par les enquêteurs, alors qu'il est reproché à Sabri B., notamment, de consulter sur les réseaux la propagande de l'Etat islamique et de partager des identifiants numériques avec des personnes liées à de telles organisations terroristes.
"Ces éléments tendent à confirmer que nous ne sommes pas face à une dérive individuelle isolée, mais bien face à l'expression d'une idéologie structurée, organisée et violente qui progresse depuis des années sur le sol européen : le terrorisme jihadiste", commente auprès de l'AFP Me David Andic, avocat de la famille de la victime et du Conseil de coordination des Assyro-chaldéens de France.
L'avocat du mis en cause, Me Thibault Bailly, n'a pas donné suite aux sollicitations de l'AFP.
La Rédaction avec (AFP)