Au moins 18 chrétiens tués lors de la répression des manifestations en Iran

au_moins_18_chretiens_tues_lors_repression_manifestants_iran

Les Iraniens espèrent une intervention des États-Unis après que le régime de Téhéran a tué des milliers, peut-être des dizaines de milliers de personnes le mois dernier.

Lorsque Mohsen Rashidi, 42 ans, a vu les forces de sécurité iraniennes abattre son ami, double champion national d’haltérophilie, il n’a pas hésité. Il s’est précipité à ses côtés. Les forces du régime sont arrivées elles aussi — puis ont battu Rashidi, le contraignant à se mettre à l’abri.

Selon certains témoins, des millions de personnes sont descendues dans les rues les 8 et 9 janvier, dans 4 000 localités à travers l’Iran, notamment dans la province d’Ispahan, où Rashidi — converti au christianisme et père de trois filles — participait aux manifestations. Dans le même temps, le gouvernement a coupé l’accès à Internet, isolant le pays du reste du monde.

Après le retrait temporaire des forces de sécurité le 9 janvier, Rashidi est retourné auprès de son ami, qui gisait sans vie dans la rue. "Il a alors tenté d’emporter le corps", explique Mansour Borji, directeur de l’organisation Article 18, basée à Londres et spécialisée dans la liberté religieuse en Iran. Selon lui, des familles ont rapporté que les autorités refusaient de restituer les corps tant que d’importantes sommes d’argent n’étaient pas versées.

Alors que Rashidi tentait de récupérer le corps de son ami, les forces de sécurité lui ont tiré dans la jambe. Des manifestants l’ont transporté à l’hôpital, mais des agents du régime lui ont refusé l’entrée. Il est mort des suites de son hémorragie, indique Borji.

Rashidi fait partie des 11 chrétiens iraniens dont Article 18 a confirmé la mort à la suite de la répression sanglante des manifestations le mois dernier, qui aurait fait plus de 6 000 morts selon des organisations de défense des droits humains. Borji a également eu connaissance du décès d’au moins sept chrétiens issus de la communauté arménienne d’Iran. La coupure d’Internet, qui a duré plusieurs semaines, a empêché de nombreux Iraniens de partager les atrocités dont ils ont été témoins. Mais avec le rétablissement partiel des connexions, des images et des détails particulièrement violents ont émergé. Deux responsables du ministère iranien de la Santé ont confié au magazine Time que le bilan réel pourrait dépasser 30 000 morts, un chiffre que les journalistes n’ont toutefois pas pu vérifier de manière indépendante.

Si ce chiffre s’avère exact, il s’agirait de l’un des massacres les plus graves "non seulement dans l’histoire de l’Iran, mais peut-être dans l’histoire moderne, en seulement deux jours", estime Borji. Les autorités iraniennes, elles, avancent un bilan d’environ 3 100 morts.

Ce qui avait commencé le 28 décembre comme de vastes manifestations contre l’effondrement économique du pays s’est rapidement transformé en un mouvement national appelant à la chute du régime. Reza Pahlavi, fils de l’ancien shah, exilé aux États-Unis depuis l’âge adulte, a exhorté les Iraniens à descendre dans la rue "pour se battre pour leur liberté et submerger les forces de sécurité par leur nombre".

Le 8 janvier, le président américain Donald Trump déclarait à l’animateur radio Hugh Hewitt que si les forces de l’État commençaient à tuer des manifestants comme par le passé, "nous les frapperions très durement". Le 13 janvier, quelques jours seulement après le massacre des manifestants à Téhéran, il écrivait sur les réseaux sociaux : "Patriotes iraniens, CONTINUEZ À MANIFESTER. (…) J’ai annulé toutes les réunions avec les responsables iraniens jusqu’à ce que les meurtres insensés de manifestants CESSENT. DE L’AIDE EST EN ROUTE." Le président a affirmé que les "tueurs et abuseurs" du régime "paieraient un lourd tribut".

Les Iraniens attendent toujours cette aide. "C’est probablement l’un des aspects les plus frustrants de toute la situation actuelle", confie Shahrokh Afshar, fondateur de Fellowship of Iranian Christians. Il dirige aujourd’hui une assemblée en ligne réunissant des fidèles persanophones de six pays, dont quatre chrétiens en Iran. Selon lui, beaucoup ont pris les propos de Trump au pied de la lettre et s’attendaient à une frappe imminente contre les intérêts du régime.

"Tout le monde espérait qu’il ferait quelque chose", dit-il. Certains analystes estiment que l’administration Trump retarde une attaque afin de renforcer les défenses aériennes en Israël et sur les bases américaines dans la région. Le porte-avions USS Abraham Lincoln et trois navires de guerre sont arrivés au Moyen-Orient la semaine dernière dans un contexte de fortes tensions. Le 3 février, un avion de chasse américain a abattu un drone iranien qui s’approchait du porte-avions.

L’administration Trump semble toutefois désormais privilégier la voie des négociations, en engageant des discussions avec des responsables iraniens sur la fin de l’enrichissement de l’uranium par Téhéran. "Quel type d’accord peut-on conclure avec un gouvernement aussi sanguinaire ?" interroge Borji. Les deux pays ont peu progressé, mais ont convenu de se revoir à une date ultérieure.

Le secrétaire d’État Marco Rubio a indiqué que les discussions devraient également porter sur le programme iranien de missiles balistiques, son soutien à des groupes terroristes dans la région et les violences exercées contre sa propre population.

Pendant ce temps, les Iraniens tentent de retrouver leurs proches et de communiquer avec l’extérieur. Des témoignages locaux évoquent des corps entassés, des disparitions, la possibilité de fosses communes et des blessés abattus dans les hôpitaux par les forces de sécurité.

Selon l’agence américaine Human Rights Activists News Agency, le régime aurait arrêté plus de 50 000 personnes et grièvement blessé au moins 11 000 autres. Une membre de l’Église d’Afshar, en Turquie, s’inquiétait pour son neveu, détenu pendant plus de deux semaines. Libéré la semaine dernière, il a été conduit chez un médecin par son père, qui craignait qu’il n’ait été empoisonné en détention. Des informations non vérifiées affirment que les forces de sécurité auraient déjà empoisonné des manifestants avant de les relâcher.

Borji rapporte également l’arrestation de médecins soignant des blessés et d’avocats défendant des manifestants.

Afshar est resté sans nouvelles de ses quatre membres en Iran pendant près d’un mois. La semaine dernière, ils ont finalement pu communiquer entre eux par téléphone, et deux d’entre eux lui ont laissé des messages vocaux sur Telegram pour l’assurer que tous étaient sains et saufs. "C’était le maximum qu’ils pouvaient faire", précise-t-il, soulignant que l’accès à Internet reste fortement restreint à Téhéran. L’un des membres lui a confié que le régime arrêtait des chrétiens en les accusant d’espionnage au profit d’Israël ou des États-Unis.

Selon Borji, les chrétiens sont doublement vulnérables lorsqu’ils participent aux manifestations. Les autorités iraniennes les ciblent déjà régulièrement, condamnant certains à dix ans de prison ou plus pour leur participation à des Églises de maison. En 2025, 254 chrétiens ont été arrêtés — presque le double de l’année précédente. La majorité des arrestations ont eu lieu après la guerre de douze jours avec Israël en juin, lorsque le régime cherchait des boucs émissaires.

Parmi les personnes arrêtées l’an dernier, 57 chrétiens ont été condamnés à des peines de prison, d’exil ou de travaux forcés, et 43 étaient toujours détenus à la fin de 2025, ajoute Borji. D’autres restent en détention provisoire.

Les arrestations se poursuivent en 2026. "Ce qui est choquant, c’est que même en ce moment, le ministère du Renseignement continue d’arrêter et de condamner certains de ces chrétiens", souligne-t-il.

Borji estime que les Iraniens sont aujourd’hui plus unis que par le passé dans leurs appels à une intervention américaine, en raison de la brutalité croissante du régime. Cette situation suscite un débat théologique parmi les chrétiens iraniens sur la désobéissance civile et la légitimité de la contestation. Beaucoup se montrent désormais plus audibles, et des pasteurs comme des prêtres auraient participé aux manifestations pour exprimer leur solidarité avec les victimes.

Les risques demeurent toutefois considérables. Afshar indique que les membres de son Église en Iran sont naturellement inquiets face aux récentes violences et aux arrestations continues, mais leur foi reste ferme. L’un d’eux lui a confié :

"Je descends dans la rue et je partage l’amour de Dieu avec tous ceux que je rencontre, parce que les gens sont désespérés. C’est le mieux que je puisse faire. C’est la seule chose que je puisse leur offrir."

Jill Nelson

Un article de Christianity Today. Traduit avec autorisation. Retrouvez tous les articles en français de Christianity Today.

Crédit image : Shutterstock / Donovan Elmes

Dans la rubrique International >



Les nouvelles récentes >