Cloches, lapins, œufs… D’où viennent les symboles de Pâques ?

Cloches, lapins, œufs… D’où viennent les symboles de Pâques

Le temps de Pâques est commun aux religions juives et chrétiennes, et s’accompagne de rites et de traditions festives, dont subsistent aujourd’hui des versions religieuses et païennes, émaillées de nombreux symboles.

La première Pâque, Pessah, citée dans l’Ancien Testament, au livre de l’Exode.

Pâques, la fête des fêtes pour les chrétiens

Le Christ Jésus est mort à Jérusalem, lors de la Pâque juive, le 14 Nissan (premier mois du printemps du calendrier juif – ce qui correspond au 7 avril de l’an 30 dans nos calendriers). Si le calendrier chrétien de Pâques s’est édifié sur la liturgie juive, à partir du IVe siècle, il s’est constitué de façon autonome.

Le temps de Carnaval-carême, qui dure 40 jours, s’achève par le temps de Pâques, une fête de printemps, dont le nom s’écrit au pluriel car elle correspond à plusieurs temps. Elle est célébrée du dimanche des Rameaux (ou "Pâques fleuries" – une semaine avant Pâques) à celui de la Quasimodo (une semaine après Pâques – le sonneur de cloches de "Notre-Dame de Paris", de Victor Hugo doit son nom au fait qu’il fut recueilli un dimanche de Quasimodo).

Au cours du triduum pascal (les trois jours Saints), les chrétiens célèbrent la Cène (le jeudi), la crucifixion (le vendredi) et la résurrection du Christ (dans la nuit du samedi au dimanche). Au cours des siècles, différentes fêtes populaires ont étoffé ce temps rituel.

Un calendrier visuel des fêtes chrétiennes

Le combat de Carnaval et de Careme, Pieter Brueghel l’Ancien, 1559. Wikimedia

Ce tableau de Pieter Brueghel l’Ancien, intitulé Le Combat de Carnaval contre Carême, peut être lu comme un calendrier commémoratif des coutumes festives de Noël à Pâques. Au centre du tableau, une maison domine la place du village.

Le Combat de Carnaval contre Carême, Pieter Brueghel l’Ancien (1526/1530-1569), Kunsthistorisches Museum, Vienne. Detail de la partie centrale. Dessin SB/Wikimedia, CC BY

Juché devant la croisée de la fenêtre haute, un personnage semblable à un mannequin de paille au visage blanchi observe la scène du point de vue le plus élevé de cette place. Claude Gaignebet voit en lui le Christ, le "Fou de Pâques" selon l’apôtre Paul, pour qui "la croix est une folie", car il semble impensable pour les chrétiens que le salut puisse venir d’un messie crucifié comme un esclave. A gauche de cette maison, un enfant tend un pain (du temps de Pâques) à un lépreux.

Enfant et lépreux, détail du tableau de Brueghel l’Ancien. Wikimedia

En des cercles successifs, Brueghel nous conte les rites et festivités qui, en cette fin du XVIe siècle occupaient les villes et les campagnes tout au long de l’année. Il dépeint un christianisme populaire qui s’est folklorisé, selon les mots de l’historien Robert Muchembled, mais qui conservera jusqu’aux premières décennies du XXe siècle son substrat médiéval.

Au centre, en-dessous de la maison, des femmes préparent des poissons, petits et grands. (détail du tableau de Brueghel. Wikimedia

Au commencement… le poisson

Le "poisson d’eau vive" est le premier être vivant béni par Dieu. Cette "nourriture délicieuse", figure sur la table du Chabbat (ou Shabbat) ce temps de retrait et de repos qui clôt la semaine en monde juif.

La tradition remontant à l’époque paléochrétienne désigne le poisson comme symbole christique et eucharistique. Tertullien, dans son Traité sur le Baptême (De Baptismo 1, 3), parle des chrétiens comme des petits poissons, pisciculi, parce que "à l’exemple de l’ἰχθύς, notre Seigneur Jésus Christ, ils sont nés dans l’eau."

D’après saint Augustin, citant un acrostiche des Oracles sybilins, les lettres composant en grec le mot poisson, ἰχθύς (ichthus), pouvaient être un acronyme pour Ἰησοῦς Χριστὸς Θεοῦ Υἱός, Σωτήρ/Iēsoûs Khristòs Theoû Uiós Sōtḗr (Jésus le Christ (ou l’oint) de Dieu le fils, sauveur). Ce résumé de la foi chrétienne est un signe omniprésent dans l’art funéraire paléochrétien (IVe siècle).

« Poisson des vivants », épitaphe de Licinia (dét.), fin du IIIᵉ siècle, Musée National des Thermes de Dioclétien, Rome. Sylvie Bethmont, Fourni par l'auteur

Mais il était également présent dans la vie de tous les jours, Clément d’Alexandrie (vers 150-220), cite dans Le Pédagogue les bagues à intaille servant de sceaux qui portent l’image d’un poisson ou les lettres ἰχθύς – Ichthus ou Ichtys, du grec ancien ichthús, "poisson", l’un des symboles majeurs qu’utilisaient les premiers chrétiens.

Célébrer l’Eucharistie pour les chrétiens, c’est faire mémoire des paroles du Christ : "Mon corps est une vraie nourriture, mon sang une vraie boisson" (Évangile selon Jean 6, 51-58). Selon Dominique Rigaux le poisson "qualifie le repas du Seigneur, dans les images de la Cène ou de repas monastiques" (A la table du Seigneur, Cerf, 1989). Nourriture "maigre" il est consommé par tous le vendredi et les mercredi et vendredi saints.

La Cène, mosaïque de la nef centrale, Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne (Italie), avant 540. Wikimedia

Bestiaire de Pâques

Le Nouveau Testament nomme le Christ "l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde" et considère qu’il est immolé comme l’agneau de la Pâque juive.

Pâques met fin au carême. C’est le temps de tout un bestiaire sucré. En Alsace, on mange au matin de Pâques, l’osterlämmele ou Lamala de Pâques, un gâteau cuit dans un moule en forme d’agneau et recouvert de sucre glace. Parmi les douceurs sucrées des traditions festives de Pâques, la poule et les œufs ont une place de choix.

Ce groupe en argent doré, composé d’une poule et de ses sept poussins, reprend une riche tradition iconographique, remontant aux premières images chrétiennes. Cette "poule signifie l’Eglise" un lieu de protection, d’après l’historien de l’art Nouredine Mezoughi.

La poule et ses poussins, Trésor de la cathédrale de Monza, provenant d’une tombe royale lombarde. Fourni par l'auteur

La même symbolique est présente dans une enluminure d’une Bible hébraïque du XIVe siècle. La poule nourrissant ses poussins représentant alors la Synagogue.

De la poule à l’œuf…

Le judaïsme considère l’œuf comme un symbole du cycle de la mort et de la vie et l’œuf dur fait partie du repas de deuil, ainsi que du Séder.

En monde chrétien, durant le Moyen Âge et jusqu’au XVIIe siècle, la consommation d’œufs, comme celle de la viande, était proscrite pendant les quarante jours du carême. Les œufs non consommés durant ce temps étaient décorés et offerts le dimanche de Pâques. Chez les chrétiens orthodoxes, le premier œuf décoré est peint en rouge, il doit avoir été pondu le Jeudi Saint. A Pâques, on brise la coquille de son œuf (dur) contre l’œuf de son voisin de table en échangeant ces paroles : "Christ est ressuscité ! En vérité Il est ressuscité !"

Dans les cours d’Europe à la Renaissance, les fragiles œufs de poule ont été remplacés par des œufs en or, décorés de pierres précieuses. Chacun connaît les œufs qu’ à la fin du XIXe siècle le joailler Fabergé conçut pour le tsar Alexandre III, offrait chaque année pour Pâques à son épouse et à sa mère. Comme une poupée russe, L’œuf à la poule, le premier créé en 1885 par Fabergé, s’ouvre pour révéler un jaune d’or mat qui contient une petite poule.

L’Œuf à la poule, Fabergé, 1885. Wikimedia, CC BY

Quand les cloches et les lapins pondent des œufs

En signe de deuil, l’Église catholique interdit que les cloches sonnent les jeudi et vendredi saints. On raconte parfois encore aux enfants, que les cloches, parties en pèlerinage à Rome, reviennent le dimanche de Pâques pour célébrer la Résurrection du Christ, en rapportant toutes sortes de friandises. C’est le moment de la chasse aux œufs !

En Allemagne et en Alsace, ce sont des lapins nommés "lièvres de Pâques" (Osterhase), qui viennent déposer dans les jardins les friandises en forme d’œufs pour les enfants sages.

Le lapin blanc, symbole ambivalent qui nous vient du Moyen Âge, peut tour à tour être associé à la pureté virginale qu’à la sexualité débridée qui s’exprime dans le règne animal à la belle saison.

La Vierge au Lapin, le Titien, 1585. Wikimedia

Quant au chocolat, apparu à la cour de Louis XIV, il fut longtemps un mets de luxe. Au XVIIe siècle, on commença par couler du chocolat dans une coquille d’œuf vide. Puis au XIXe siècle, se développèrent des moules en fer de différentes formes. Nos modernes friandises (le plus souvent industrielles) de Pâques étaient nées !

Sylvie Bethmont, Enseignante en iconographie biblique, Collège des Bernardins

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles d'InfoChrétienne.

Crédit image : Shutterstock/ PHOTOCREO Michal Bednarek

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