Aujourd’hui, les catholiques du monde entier célèbrent le Mercredi des Cendres, jour de pénitence qui marque le début du Carême. Cette période de quarante jours prépare les croyants à célébrer la fête de Pâques, prévue le dimanche 5 avril. À cette occasion, nous avons rencontré le prêtre Daniel Le, curé à l’église Les Mureaux dans le diocèse de Versailles.
- InfoChrétienne : Comment définiriez-vous le Carême ?
Daniel Le : Le Carême, ce sont quarante jours à vivre comme un temps de préparation et de conversion. Nous nous préparons à célébrer Pâques, la fête la plus importante pour les chrétiens. C’est le passage du Christ de la mort à la résurrection. Par sa Pâque, nous sommes sauvés du péché et de la mort. Le Carême est donc un temps pour nous associer à ce passage : mourir à notre péché pour renaître à une vie nouvelle.
C’est également un temps de conversion concrète, où je prends des moyens précis pour me détacher du péché et de ce qui me rend esclave, afin de me tourner vers Dieu, source de toute liberté.
- InfoChrétienne : La manière de vivre ces quarantes jours a-t-elle évolué au fil des siècles ?
Daniel Le : Au départ, le Carême était vécu comme un temps de pénitence communautaire, avec des prescriptions de jeûne strictes : du pain et des fruits secs entre le IVᵉ et le VIIᵉ siècle, puis un seul repas le soir du VIIᵉ au XIIIᵉ siècle.
Depuis, l’Église propose ce que nous vivons aujourd’hui : le jeûne et l’abstinence le mercredi des Cendres et le Vendredi saint, avec l’abstention de viande et de poisson et un repas frugal accompagné de deux collations.
À cela s’est ajoutée une dimension plus personnelle de conversion. Chacun est appelé à discerner des points précis sur lesquels faire un effort : si je passe trop de temps devant les écrans, je réduis leur usage ; si j’ai tendance à critiquer, je m’exerce à retenir ma langue ; si je ne vais pas assez vers les autres, je m’efforce de m’ouvrir davantage. Le but est qu’à la fin du Carême, je sois plus libre sur un point précis. Le Carême est moins l’observance de prescriptions extérieures qu’un chemin vers une plus grande liberté et humilité.
- InfoChrétienne : Le Carême débute avec le mercredi des Cendres. Quelle est la signification de cette journée ?
Daniel Le : Commencer le Carême par le mercredi des Cendres nous place dans une attitude d’humilité : "Tu es poussière et tu retourneras à la poussière." Nous sommes de petites créatures face à la grandeur du Créateur du ciel et de la terre. Nous sommes invités à nous souvenir de notre condition mortelle devant Dieu, qui seul est immortel.
Sans lui, nous ne pouvons rien faire. C’est en nous convertissant que nous pouvons, nous aussi, entrer dans la vie éternelle avec lui. Être petit et humble, dans un esprit d’adoration : voilà l’esprit du Carême et du mercredi des Cendres.
- InfoChrétienne : Le Carême est parfois perçu comme un temps de privation. Est-ce seulement cela ?
Daniel Le : Le Carême est un temps où je suis invité à m’alléger du superflu, mais c’est bien plus que cela : c’est un temps pour me remplir de l’essentiel. La nature a horreur du vide. Si le Carême n’était qu’un temps de privation, sans être rempli de Dieu ou d’activités saines, il ne serait qu’un temps de frustration.
Lorsque je me prive de quelque chose pour m’en libérer, il est important de savoir par quoi je vais le remplacer : par des choses bonnes et saines, qui me tirent vers le haut.
- InfoChrétienne : Le Carême s’articule autour de trois piliers : le jeûne, la prière et le partage. Pouvez-vous les expliquer ?
Daniel Le : Ces trois piliers sont représentés par Jésus lui-même.
Le jeûne me permet de comprendre que tout ne tourne pas autour du rassasiement de mon corps et de mes sens, j’ai aussi une âme et un esprit à nourrir. "L’homme ne vit pas seulement de pain", nous dit Jésus. Par le jeûne, je m’efforce de remettre les choses à leur juste place dans mon rapport à moi-même et au monde. Je ne suis pas esclave de mes passions : je suis un être spirituel, capable d’aimer et de me déployer.
La prière, elle, nous met en contact avec la source de l’amour qu’est Dieu. En ce sens, c’est le pilier fondamental du chrétien. Sans la prière, je peux devenir volontariste ou, au contraire, laxiste. Elle apporte lumière et discernement sur ce qui est bon et juste, ainsi que la force de l’accomplir. C’est sans doute ce qui me paraît le plus essentiel, car elle nous relie à une source intarissable : l’amour de Dieu.
L’aumône et le partage sont aussi importants. Je suis appelé à être miséricordieux, à aimer mon prochain comme Dieu m’a aimé le premier. Le partage permet le rayonnement de l’amour reçu. Il peut être matériel, comme un don de nourriture, ou spirituel, par des conseils et du réconfort. Un chrétien qui prie mais n’agit pas selon l’amour reste incomplet.
- InfoChrétienne : Cette période spirituelle se termine avec le Jeudi Saint. En quoi cette journée consiste ?
Daniel Le : Le Jeudi saint marque l’entrée dans le Triduum pascal qui, avec le Vendredi et le Samedi saints, nous conduit à Pâques.Ce jour-là, Il manifeste le don total de lui-même à Dieu son Père, par amour pour nous, afin que nous soyons sauvés.
Ce jeudi comporte également le don de l’Eucharistie. Lors de son dernier repas Jésus institue la messe. C’est aussi le jour où Il lave les pieds de ses disciples. Il nous exhorte à faire de même, pour nous rappeler qu’être chrétien, c’est être serviteur de ses frères.
Enfin, c’est la nuit au jardin de Gethsémani, où Jésus vit son agonie et s’abandonne totalement à la volonté du Père : "Non pas ma volonté, mais la tienne." Avant d’être livré par Judas et d’entrer dans sa Passion, Il scelle sa décision de se donner entièrement par amour pour nous. Nous sommes, nous aussi, appelés à veiller en sa présence.
Propos recueillis par Mélanie Boukorras