"Donner la mort n’est pas un soin" : un médecin chrétien alerte

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Alors que l'examen en deuxième lecture de la réforme de la fin de vie par le Sénat, initialement prévu début avril, va être reporté en mai, InfoChrétienne a interrogé le docteur Michel Cambrelin, vice-président du CPDH. Pour lui, le texte élargit l’accès à l’euthanasie, fragilise la clause de conscience des soignants et fait passer à côté de l’urgence réelle : l’accès universel aux soins palliatifs. Dans cet entretien, il partage ses inquiétudes et appelle à la mobilisation des chrétiens.

  • InfoChrétienne : En tant que médecin, quelle est votre lecture de ce texte ?

Michel Cambrelin : L’Assemblée nationale a repris son texte initial sans tenir compte du rejet du Sénat. On ne perçoit pas de réelle volonté d’écoute. Le critère d’accès — une “affection grave et incurable” engageant le pronostic vital — ne se limite pas à la fin de vie. Cela ouvre l’accès à des situations très larges. La notion de souffrance, jugée "insupportable selon la personne", est également problématique car très subjective. Pourtant, des réponses existent déjà, notamment en soins palliatifs ou via la sédation profonde prévue par la loi actuelle.

Les délais interrogent aussi : 15 jours pour l’avis médical, mais seulement 2 jours de réflexion pour le patient. C’est extrêmement court pour une décision aussi grave. Quant à la procédure dite collégiale, elle reste en réalité entre les mains d’un seul médecin. Sur le plan éthique, ce texte heurte profondément ma conscience. La vocation du soignant est d’accompagner la vie, pas de donner la mort.

C’est un principe fondamental de notre déontologie. Enfin, la véritable urgence est ailleurs : aujourd’hui, près d’un Français sur deux n’a pas accès aux soins palliatifs. Le risque est de voir l’aide à mourir se développer plus vite, car plus simple à mettre en œuvre.

  • InfoChrétienne : Existe-t-il un danger pour la clause de conscience des soignants ?

Michel Cambrelin : Oui, clairement. La clause prévue n’est pas totale : le soignant doit orienter vers un confrère, ce qui peut être vécu comme une participation indirecte.

De plus, le délit d’entrave à l’aide à mourir pose question. Il pourrait freiner la liberté d’expression des soignants ou entrer en contradiction avec les actions de prévention du suicide. On peut aussi s’inquiéter pour l’avenir. L’histoire des lois sociétales montre que les garde-fous évoluent. Cette clause pourrait être remise en cause. Par ailleurs, les pharmaciens n’en bénéficient pas, et les établissements ne pourront pas refuser ces pratiques pour des raisons éthiques ou religieuses.

  • InfoChrétienne : Quelles actions le CPDH envisage-t-il ?

Michel Cambrelin : Le CPDH agit selon trois axes : informer, prier et agir. Il propose des ressources accessibles en ligne, intervient dans les églises et organise des temps de prière et des webinaires. L’organisation encourage aussi les chrétiens à interpeller leurs élus et participe à des actions publiques avec d’autres associations. Cette mobilisation se poursuivra tout au long du parcours parlementaire.

La Rédaction

Crédit image : Shutterstock / Gorodenkoff

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