En Allemagne, le gouvernement et les chrétiens tentent de contrer la montée de l’antisémitisme

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Alors que les chancelleries européennes ont généralement appelé Israël à faire des pauses dans ses frappes à Gaza, le gouvernement allemand n’a cessé de clamer que l’État hébreu est fondé à maintenir sa riposte. Par ailleurs, Berlin a décidé de prendre à bras-le-corps le problème de l’antisémitisme, rejoint en cela par des chrétiens.

Choqué par le pogrom commis en Israël par les terroristes du Hamas, le chancelier allemand Olaf Scholz ne s’en est pas tenu à l’émotion qui a saisi l’Europe avant qu’elle n’exige un cessez-le-feu durant la riposte israélienne. Berlin a même donné la priorité à Israël en matière d’exportation de matériel militaire, et Scholz a dit craindre, le 12 novembre, qu’une trêve n’ait pour effet que de favoriser le Hamas :

"J'admets volontiers que je ne pense pas que les appels à un cessez-le-feu immédiat ou à une longue pause - ce qui reviendrait quasiment au même - soient justes, car cela signifierait au bout du compte qu'Israël laisse au Hamas la possibilité de récupérer et de se procurer de nouveaux missiles."

À l’occasion de sa visite en Israël le 17 octobre, Scholz, qui est le premier chef de gouvernement à s’être rendu dans le pays après les attaques du Hamas, a rappelé la responsabilité de l’Allemagne dans la mort de six millions de Juifs. Berlin affirme depuis 2008 que la raison d’être de la République fédérale d’Allemagne est la garantie de l’existence de l’État d’Israël. Tout en disant que l’Allemagne "n’est pas indifférente à la situation humanitaire à Gaza", Scholz a insisté sur le fait que la seule place à laquelle doit se tenir son pays dans l’épreuve que connaît l’État hébreu, "c’est aux côtés d’Israël" :

"Il est très important de le dire aujourd’hui, en ces temps difficiles pour Israël : l’histoire de l’Allemagne et sa responsabilité dans la Shoah nous obligent à contribuer au maintien de la sécurité et de l’existence d’Israël."

Lutte politique contre l’antisémitisme en Allemagne

À côté de sa position de principe sur le plan diplomatique, le gouvernement d’Olaf Scholz entend combattre l’antisémitisme qui fait rage en Allemagne au sein des partisans du Hamas.

Lors des manifestations interdites à Berlin et dans d’autres villes européennes, des militants pro-palestiniens ont scandé des slogans en arabe tels que "Nos vie, notre sang, nous les nous les sacrifierons pour toi, Al Aqsa" (Al Aqsa est la plus grande mosquée de Jérusalem située sur l’esplanade des mosquées qui est également un lieu saint pour les Juifs sous le nom de Mont du Temple). À Berlin, des manifestants ont même célébré les attentats du Hamas.

Des individus ont lancé des cocktails molotov sur une synagogue de Berlin dans la nuit du 17 au 18 octobre, sans faire de blessés. Une dizaine de jours après les attaques du Hamas, les services fédéraux d’enquête et d’information sur l’antisémitisme ont recensé 202 actes antijuifs, dont 90 % sont liés à l’actualité en Israël. Cela représente une hausse de 240 % par rapport à la même période en 2022. Début novembre, le nombre d’actes antisémites recensés est passé à plus de 2 000, ce qui a conduit le directeur du renseignement intérieur vient même de mettre en garde contre le retour des "heures les plus sombres de l’histoire" nationale.

Inquiet de ce nouvel antisémitisme, le gouvernement allemand a appelé le 21 novembre les musulmans sur son sol à condamner les crimes du Hamas. La police a mené, le 16 novembre, des raids dans sept Länder où se trouvent des locaux du Centre islamique de Hambourg, une organisation pro-Hezbollah libanais, et le ministre de l’Intérieur, Nancy Faeser, entend expulser tous les partisans du Hamas.

Les chrétiens mobilisés contre l’antisémitisme

La lutte contre l’antisémitisme se fait aussi par de petites actions, et la Confédération des Églises protestantes de Basse-Saxe, ainsi que la Fondation scolaire du diocèse d’Osnabrück, ont récompensé pour la première fois six écoles confessionnelles dans le Land du nord-ouest en leur attribuant le label œcuménique "Ensemble contre l’antisémitisme".

Les écoles devaient remplir plusieurs critères : offrir des formations à leurs employés sur l’antisémitisme, établir des règles d’intervention concernant les incidents antisémites, commémorer la Shoah et aborder la situation politique au Proche-Orient.

De son côté, la présidente du Conseil de l’Église protestante (EKD), Annette Kurschus, a dénoncé les restes d’antisémitisme au sein du protestantisme allemand lors du synode annuel, le 12 novembre, semblant faire allusion à l’héritage antijudaïque de Luther :

"[L’antisémitisme] vient de notre histoire chrétienne, il germe aussi parmi nous, parmi les membres de notre Église."

Début novembre, environ 150 chrétiens de différentes églises ont participé à une chaîne humaine et ont prié devant la synagogue de Pforzheim, à l’appel de l’Alliance évangélique de cette ville du Bade-Wurtemberg. Leur but était d’exprimer leur solidarité avec les Juifs de la cité :

"Il est pour nous difficile de supporter que la communauté juive de Pforzheim doive à nouveau avoir peur de célébrer son culte, se réunir pour prier ou simplement être en communauté. Les Juifs n'ont plus d'endroit sûr dans ce monde. Ni dans l'État d'Israël, ni, une fois de plus, en Allemagne."

Les chrétiens entendaient ainsi dire aux Juifs locaux qui ont peur de se rendre à la synagogue qu’ils avaient des amis : "Vous n’êtes pas seuls. Nous souffrons avec vous. Et autant que nous le puissions, nous voulons être là pour vous."

Jean Sarpédon

Crédit image : Shutterstock / Maren Winter (église Saint-Salvator Duisburg, Allemagne)

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