Le 26 mars, la mort par euthanasie de Noelia Castillo, 25 ans, a bouleversé l’opinion publique. L’Alliance Évangélique Espagnole a dénoncé une dérive éthique et a plaidé pour des soins palliatifs complets, plutôt qu’une mort assistée présentée comme un progrès moral.
Après deux ans de bataille judiciaire, la jeune Noelia Castillo, âgée de 25 ans, a obtenu l’autorisation de recourir à l’euthanasie le 26 mars dernier. Paraplégique, elle souffrait de graves problèmes de santé physique et psychologique à la suite d’un suicide raté en 2022, après plusieurs épreuves traumatisantes dont des agressions sexuelles.
Après cet événement tragique qui a choqué et ému l’opinion publique, l’Alliance Évangélique Espagnole (AEE) a publié une déclaration, rédigée par le Groupe de travail sur la bioéthique et la santé.
Dans ce document intitulé "Un appel à la conscience morale de notre société", l’organisation a exprimé sa profonde inquiétude face à la normalisation de l’euthanasie et de ses conséquences, qu'elle considère comme une dérive éthique.
L'AEE insiste sur le fait que la mesure introduite ne représente pas un progrès, mais plutôt le signe d'un "échec collectif à soutenir les personnes vulnérables".
"Nous considérons que l’euthanasie n’est pas une véritable victoire légale ou morale, mais plutôt l’expression tragique de l’échec collectif à soutenir pleinement les personnes vulnérables."
L’organisation dénonce également la "flexibilité des catégories légales", comme celle de la "souffrance intolérable", qui élargit l’accès à l’euthanasie au-delà des cas exceptionnels. Ce développement contraste fortement avec le "manque persistant de soins palliatifs en Espagne", montrant que le suicide assisté progresse rapidement là où les alternatives de soins demeurent insuffisantes.
L’AEE exhorte ainsi les autorités à veiller à ce que personne ne se sente obligé de mourir pour des raisons étrangères à son état clinique.
"Nous les appelons à prioriser les ressources nécessaires afin que personne ne se sente contraint de choisir la mort par négligence, solitude, désespoir ou manque de soutien."
Elle souligne qu’il est essentiel de renforcer les garanties éthiques et sanitaires qui assurent qu’aucune décision irréversible n’est prise sans avoir exploré toutes les alternatives de soins, de soutien psychologique, de soutien social et de soins palliatifs.
Entre prolonger "l’acharnement thérapeutique et l’élimination délibérée", les chrétiens évangéliques proposent une troisième voie, humaine, fondée sur l’héritage de la Réforme et la vision biblique : l’effort thérapeutique approprié, les soins palliatifs complets, l’accompagnement spirituel et la présence fidèle jusqu’au bout.
En France, cette affaire a également suscité des inquiétudes alors que le projet de loi sur la fin de vie est encore en débat. L'examen en deuxième lecture de cette réforme par le Sénat, initialement prévu début avril, a été reporté au mois de mai. Le député de Charente-Maritime et rapporteur général du texte, Olivier Falorni, a précisé que les conditions appliquées dans le cas de Noelia ne correspondaient pas au cadre envisagé en France. Selon lui, il s’agit uniquement d’une loi destinée aux personnes en fin de vie, dont le pronostic vital est engagé à un stade avancé ou terminal.
Elormise Pierre