"Mon engagement politique vient de là", "je ne me renie pas"... Au Sénat, le sensible débat sur la fin de vie interpelle profondément les élus croyants : quand certains assument un vote guidé par leur foi, d'autres tentent de prendre du recul par "l'introspection".
La chambre haute examine à partir de mardi 20 janvier deux propositions de loi sur la fin de vie, l'une d'entre elles créant un droit à l'aide à mourir par une procédure encadrée de suicide assisté voire d'euthanasie.
Une réforme vivement critiquée par les responsables français des principaux cultes catholique, protestant, orthodoxe, juif, musulman et bouddhiste, qui alertent de longue date sur les "graves dérives" d'une telle loi... Avec un écho non négligeable au Parlement.
"Il est assez mal vu d'avancer ses convictions religieuses aujourd'hui en politique", assure le sénateur Les Républicains du Rhône Etienne Blanc. Mais "cela influe évidemment sur mon vote".
Pour cet élu catholique, l'aide à mourir acte un "changement de civilisation" et fait disparaître le "geste d'amour" que la religion prône dans l'accompagnement des malades en fin de vie.
Le centriste Loïc Hervé considère de son côté que tout croyant a "un rapport particulier à la mort", ce qui lui permet, en tant que parlementaire, d'avoir "une approche différente" face à une telle loi.
"Je suis un humaniste d'inspiration chrétienne. Je reste sénateur dans une République laïque dès lors que je suis dans l'hémicycle mais je ne me renie pas", poursuit l'élu de Haute-Savoie, qui émet de "très grandes réserves" vis-à-vis de cette proposition de loi.
"Jamais simple"
A gauche, où la très grande majorité des parlementaires soutient le texte, de telles voix se font plus rares ou discrètes mais elles existent.
Pour le sénateur socialiste de Moselle Michaël Weber, ce sujet sensible "suppose une introspection". "Les cathos de gauche, c'est aussi ce qui m'a amené à la politique. Mon engagement vient notamment de là", dit cet élu qui ne participera pas au vote.
"Quand on est élu, on ne peut pas se contenter de revendiquer uniquement ses propres convictions", concède-t-il. "J'ai essayé de trouver un positionnement qui ne mettrait mal à l'aise ni mes électeurs ni moi-même. Ce n'est jamais simple", ajoute-t-il, s'attachant à ne pas être "instrumentalisé".
Tous les sénateurs précédemment cités assurent néanmoins s'être appuyés sur d'autres arguments notamment juridiques pour arrêter leur position.
A l'Assemblée nationale aussi, plusieurs députés avaient concédé que leurs convictions religieuses avaient pu influer sur leur vote lors des débats du printemps dernier.
Les représentants des cultes n'avaient d'ailleurs pas hésité, à l'époque, à interpeller les députés par écrit pour les appeler à s'opposer au texte. La démarche se répète ces derniers jours au Sénat, même si la chambre haute, jugée plus conservatrice, devrait nettement remanier le texte pour atténuer la portée du dispositif d'aide à mourir.
"J'écoute mon évêque"
Un lobbying qui connaît plus ou moins de succès. "J'écoute la position de mon évêque, j'écoute celle du Pape", reconnaît Etienne Blanc, membre du "groupe des parlementaires chrétiens", instance informelle qui se réunit régulièrement pour débattre de sujets relatifs à la foi et sollicite l'avis des représentants de l'Eglise.
Quelques amendements déposés au Sénat vont même jusqu'à inclure le motif religieux dans leurs justifications.
C'est notamment le cas d'une proposition visant à permettre aux "établissements confessionnels" de transférer les patients concernés par l'aide à mourir vers un autre lieu, arguant d'une "atteinte grave et disproportionnée à la liberté de conscience et de religion" de ces établissements privés.
"Les Eglises n'ont pas de lien avec les parlementaires qui assument plus ou moins leur foi religieuse", balaye pour sa part Loïc Hervé: "On n'adhère par à l'Eglise catholique comme on adhère à un parti politique".
Dans le camp des opposants au texte, ils sont d'ailleurs nombreux, même croyants, à refuser d'avancer l'argument religieux pour expliquer leur vote, dans un hémicycle parfois taxé de réactionnaire.
"Il faut élever ce débat", s'agace la sénatrice LR Christine Bonfanti-Dossat, rapporteure sur le texte. "Je respecte les choix de chacun mais je ne mettrai pas ma foi en avant. On en a assez de passer pour de vieux réac'."
La Rédaction avec (AFP)