La guerre en Iran transformée en jeu vidéo ? L’archevêque de Chicago dénonce une déshumanisation

guerre_iran_transformee_jeu_video_archeveque_chicago_denonce_deshumanisation

Le 6 mars sur X, la Maison Blanche a diffusé un clip vidéo célébrant la puissance de l’armée américaine dans le contexte de la guerre en Iran. La séquence mêle des images réelles de frappes aériennes à des extraits de films d’action populaires. Une mise en scène de la violence et de la souffrance du peuple iranien dénoncée par l'archevêque de Chicago.

Depuis le 28 février, les États-Unis et Israël bombardent l’Iran. Ils justifient leurs frappes en évoquant la menace nucléaire que représente ce pays. En effet, selon certains experts, Téhéran était en passe de se doter de la bombe atomique. Des justifications contestées par certains médias, dont The New York Times, qui a rappelé que les délégations américaines et iraniennes étaient pourtant proches d’un accord sur ce programme nucléaire. 

En réaction aux bombardements, l'Iran cible Israël et des bases américaines dans plusieurs pays du Golfe dont Bahreïn, le Koweït, ainsi que l'Arabie saoudite et le Qatar. Au dixième jour de guerre, plus de 1 200 civils ont été tués dont près de 200 enfants, selon l’agence de presse américaine Human Rights Activists News Agency.

La souffrance du peuple iranien instrumentalisée

Le 6 mars, la Maison Blanche a publié sur X un clip vidéo mêlant des scènes de films d’action populaires, tels qu'Iron Man, Gladiator ou encore Top Gun, et des images réelles des frappes menées en Iran. Vu plus de 63 millions de fois, la vidéo est accompagnée de la légende : "Justice à l’américaine".

Ce post a suscité une très large majorité de critiques, accusant l'administration Trump d'immaturité. Parmi elles, celle du cardinal Blase Joseph Cupich, l’archevêque de Chicago. Dans un communiqué publié le lendemain, il a jugé "écœurant" que cette guerre soit assimilée à un jeu vidéo.

"Des centaines de personnes sont mortes, des mères et des pères, des filles et des fils, dont des dizaines d’enfants qui ont commis l’erreur fatale d’aller à l’école ce jour-là. Six soldats américains ont été tués. Ils sont également déshonorés par cette publication sur les réseaux sociaux."

Le prélat dénonce également une déshumanisation de la guerre qui est devenue "un spectacle". Ainsi, si l’humanité ne regarde pas la réalité des souffrances, elle met en péril "le don le plus précieux que Dieu nous ait fait".

"Notre gouvernement instrumentalise la souffrance du peuple iranien, la réduisant à un simple divertissement, comme s'il s'agissait d'un contenu parmi d'autres à faire défiler en attendant son tour au supermarché. [...] Et le prix de cette addiction est presque imperceptible, car nous nous insensibilisons aux véritables conséquences de la guerre. Or, plus nous restons aveugles aux terribles conséquences de la guerre, plus nous mettons en péril le don le plus précieux que Dieu nous ait fait : notre humanité."

"Je sais que le peuple américain est capable de mieux", conclut le cardinal rappelant "que l'Iran est une nation, et non un jeu vidéo auquel d'autres se livrent pour nous divertir".

L'administration Trump a de plus en plus recours à des images provocatrices pour faire passer différents messages à enjeux internationaux. Ce fut notamment le cas dans une vidéo publiée le 18 octobre dernier. Utilisant l'IA, il s'est mis en scène dans bord d'un avion de chasse larguant des excréments sur des manifestants rassemblés pour protester contre son administration. Dans le même registre, une autre vidéo publiée le 25 février 2025, faisait la promotion de la transformation de Gaza en une station balnéaire

La fin de la guerre avec l'Iran sera une décision "mutuelle" prise avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré le président Donald Trump, le 8 mars. En attendant, les bombardements se poursuivent et le monde entier se demande comment le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, nommé après la mort de l’ayatollah Khamenei, pilotera son pays face à l'une des plus graves crises de son histoire moderne.

Mélanie Boukorras 

Crédit image : Shutterstock / Ben Von Klemperer

Dans la rubrique International >



Les nouvelles récentes >