Dans un contexte de fortes tensions autour de la guerre en Iran, les prises de position du pape et de Donald Trump révèlent des points de vue fondamentalement différents. Tandis que Léon XIV renforce ses appels à la paix, le président des États-Unis justifie cette guerre et multiplie les déclarations controversées.
Depuis le début de la guerre entre la coalition des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, le 28 février dernier, le pape s’est constamment opposé à la poursuite du conflit, qui a déjà fait des milliers de morts dans la région. Le 11 avril, il est allé encore plus loin dans sa prise de position en lançant un appel depuis la basilique Saint-Pierre de Rome :
"Assez de l’idolâtrie du moi et de l’argent ! Assez des démonstrations de force ! Assez de guerres ! La véritable force se manifeste en servant la vie.
Sans citer de pays ni de dirigeant, il a aussi appelé les responsables politiques à "faire la paix".
"Asseyez-vous à la table du dialogue et de la médiation, et non à celle où se planifie le réarmement et où se décident des actions meurtrières !"
Cette prise de parole intervient quelques jours après des propos controversés du président des États-Unis, Donald Trump, adressés aux dirigeants iraniens sur son réseau social. Dans un message publié en amont d’un ultimatum lancé à Téhéran, il avait écrit : "Une civilisation entière va mourir ce soir".
Dès le lendemain de l’intervention du pape, Donald Trump a déclaré ne pas être "un grand fan du pape Léon" et a publié un message critiquant le souverain pontife : "Je ne veux pas d’un pape qui pense qu’il est acceptable pour l’Iran de posséder une arme nucléaire", a-t-il écrit.
"Je ne veux pas d’un pape qui critique le président des États-Unis alors que je fais exactement ce pour quoi j’ai été élu, dans un raz-de-marée."
Le 13 avril, il a poursuivi son discours sur Truth Social en écrivant que le pape était "faible face à la criminalité" et que son jugement en matière de politique étrangère était "catastrophique".
Donald Trump en Jésus ?
Pour accompagner son message critique à l’égard du pape, Donald Trump a publié une image générée par intelligence artificielle, le montrant en toge blanche et rouge, priant pour des malades, entouré de fidèles et de divers symboles tels que le drapeau américain, des avions de chasse et la statue de la Liberté.
( @realDonaldTrump - Truth Social Post )
— Fan Donald J. Trump 🇺🇸 TRUTH POSTS (@TruthTrumpPosts) April 13, 2026
( Donald J. Trump - Apr 12 2026, 9:49 PM ET ) pic.twitter.com/x8gSTgAvH0
Sur X, de nombreux utilisateurs ont dénoncé une mise en scène jugée excessive du président des États-Unis, certains estimant qu’il se mettait en scène comme une figure christique, dont l'élue républicaine de Géorgie, Marjorie Taylor Greene qui a écrit :
"Il a posté cette photo de lui-même comme s’il remplaçait Jésus. Cela fait suite au post de la semaine dernière de sa tirade à Pâques, puis menaçant de tuer une civilisation entière. Je dénonce cela complètement et je prie contre cela !!!"
Ce n'est pas la première fois que la communication de la Maison Blanche et de Donald Trump suscite la réprobation de certains responsables chrétiens. Ainsi, le 6 mars dernier, une vidéo mêlant des extraits de films d’action populaires, tels qu’Iron Man, Gladiator ou encore Top Gun, et des images réelles des frappes menées en Iran a été publiée sur X. Dans un communiqué, l’archevêque de Chicago, Blase Joseph Cupich, avait réagi en dénonçant une instrumentalisation de "la souffrance du peuple iranien".
"Dégradation du droit international"
D’autres personnalités catholiques se sont également exprimées contre cette guerre, dont le numéro deux du Saint-Siège, le cardinal italien Pietro Parolin, qui avait dénoncé dès le 4 mars une "guerre préventive".
"Cette dégradation du droit international est profondément inquiétante : la justice a été remplacée par la force, la force du droit par la loi du plus fort, avec la conviction que la paix ne peut être atteinte qu’après l’anéantissement de l’ennemi."
À la suite de ces échanges tendus par médias interposés, le pape Léon XIV a déclaré ce matin, dans l'avion qui le conduisait vers l'Algérie, ne pas avoir "l’intention d’entrer dans un débat".
"Je ne suis pas un politicien, je n’ai pas l’intention d’entrer dans un débat avec lui. Le message reste le même : promouvoir la paix."
Dans ce contexte, la coexistence pacifique sera au cœur du message du pape dans ce pays de 47 millions d'habitants, où l'islam sunnite est la religion d'Etat.
Mélanie Boukorras