Journée du SEL : le travail peut-il encore être un chemin d’espérance ?

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Alors que des millions de personnes travaillent sans pouvoir vivre dignement, la Journée du SEL 2026 invite les chrétiens à réfléchir au lien entre travail, pauvreté et espérance. À travers une vidéo mêlant témoignages, réflexion biblique et récits de terrain, le Service d’Entraide de Liaison propose de redécouvrir le sens du travail à la lumière de l’Évangile.

"On est au XXIᵉ siècle. Certains vont dans l’espace… et ailleurs des enfants sont encore exploités."

Le constat du pasteur Luc Saint-Louis, directeur de l’Institut biblique afro-caribéen et originaire d’Haïti, résume un paradoxe de notre temps. Jamais les sociétés n’ont produit autant de richesses. Pourtant, pour des millions de personnes, le travail reste synonyme de précarité, d’injustice ou d’exploitation.

C’est à partir de ces réalités contrastées que le SEL (Service d’Entraide de Liaison) a choisi de réfléchir cette année à la place du travail dans nos sociétés et dans la lutte contre la pauvreté.

Quand travailler ne suffit pas

Ingénieur en économie sociale et solidaire, Luc Maroni connaît ces tensions de près. Il raconte avoir grandi dans une famille qui "aujourd’hui serait au RSA". Son père travaillait, sa mère élevait les enfants. Les fins de mois restaient incertaines. "On n’avait pas toujours ce qu’il fallait pour répondre aux besoins du quotidien." 

Une situation loin d’être exceptionnelle qui montre que le travail ne protège pas toujours de la précarité.

À cela peuvent s’ajouter des jugements hâtifs. "On entend souvent que si tu ne travailles pas, c’est que tu es feignant, ou que si tu as un travail mal payé, c’est que tu n’as pas assez travaillé à l’école", souligne Maroni.

Selon lui, les chrétiens ont une responsabilité face à ces stéréotypes qui doivent être combattus.

Quand le travail devient dangereux

Dans d’autres contextes, la question ne se pose même plus en termes de reconnaissance sociale. Le travail peut devenir un lieu de violence.

Au Tchad, Berthe, chargée administrative du CESA, une organisation partenaire du SEL, évoque la situation de femmes qui vendent des fagots de bois pour survivre. Lors de ces transactions, explique-t-elle, certaines risquent d’être enfermées ou battues. Le travail, qui devrait permettre de vivre, devient alors un espace d’insécurité.

Ces témoignages rappellent combien les réalités du travail diffèrent selon les contextes économiques et sociaux.

Une vocation humaine

Face à ces réalités, que dit la Bible ? La théologienne Lydia Jaeger, professeure à l’Institut biblique de Nogent et directrice académique du CERIE, est formelle, le travail n’est pas une malédiction.

"Le péché n’introduit pas le travail." 

Dans le récit de la création, l’être humain reçoit la mission de cultiver et de garder la terre. Le travail apparaît ainsi comme une manière d’habiter le monde et d’en prendre soin.

"L’homme travaille déjà avant la chute, mais le péché introduit la pénibilité du travail."

Fatigue, injustices, déséquilibres des rapports de force. Dans un monde marqué par le péché, le travail peut devenir source de souffrance. Pourtant, il reste aussi une manière de participer à la vie collective.

Servir les autres

Selon Luc Maroni, cette dimension de service est essentielle. Travailler ne consiste pas seulement à gagner sa vie. C’est aussi une manière de prendre soin des autres, en particulier des plus fragiles.

La Bible évoque d’ailleurs des pratiques destinées à protéger les plus pauvres. Dans le livre de Ruth, la jeune veuve étrangère survit en glanant derrière les moissonneurs dans les champs de Boaz. La loi d’Israël demandait de ne pas tout récolter afin de laisser une part accessible aux personnes les plus vulnérables.

Luc Maroni reprend cet exemple. "Dans l’Ancien Testament, il y a cette partie du champ qu’on laisse pour les plus fragiles. Si je passe la faux et qu’un coup de vent couche le blé, je ne repasse pas dessus."

Une image qu’il applique aujourd’hui. "Quels que soient mes revenus, je peux en consacrer une part pour aider quelqu’un à retrouver sa dignité."

Une espérance plus large

La réflexion chrétienne sur le travail ne s’arrête pas au présent. Elle s’inscrit dans une espérance qui va bien au-delà. Lydia Jaeger rappelle que l’Apocalypse évoque une nouvelle Jérusalem où "les richesses des nations" sont apportées dans la ville. Une image qui suggère que le fruit du travail humain ne disparaît pas.

" Tout ce qui est fait par amour pour Dieu et pour le prochain trouvera sa place dans la nouvelle création."

Dans un monde où le travail peut parfois broyer, exclure ou décourager, cette perspective invite à changer de regard. Elle rappelle qu’aucun geste accompli dans la justice et la solidarité n’est perdu.

Et que le travail peut encore être un lieu de dignité. Peut-être même, pour certains, un chemin d’espérance.

La Journée du SEL

Chaque année, le Service d’Entraide de Liaison (SEL) propose aux Églises de se mobiliser à l’occasion de la Journée du SEL. (La date indicative était en mars mais il est toujours possible de l’organiser à une autre date).

Pour l’édition 2026, le thème choisi est "Un travail. Un avenir. Une espérance."

À travers une vidéo documentaire, des témoignages et des ressources pour les Églises, l’objectif est d’aider les chrétiens à réfléchir au lien entre travail et pauvreté et à redécouvrir comment le travail peut devenir un lieu de service, de justice et de transformation.

Camille Westphal


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