La Journée du SEL invite les Églises à repenser le travail face à la pauvreté

journee_du_sel_2026

Le 22 mars 2026 se tiendra la Journée du SEL. L’occasion pour les Églises de réfléchir au lien entre travail et pauvreté, en s’appuyant sur la Bible et sur des initiatives concrètes de solidarité.

Travailler ? Contribuer, construire, subvenir. Ou bien souffrir, s’épuiser, être exploité. Ces mots qui s’affichent dans la vidéo de présentation de la Journée du SEL 2026 résument l’ambivalence du monde du travail à l’échelle mondiale. Le travail peut en effet être un lieu de dignité et de participation à la vie collective. Il peut aussi devenir un espace de violence et d’injustice.

Les chiffres sont éloquents. Selon de nouvelles estimations de l’Organisation internationale du Travail et de l’UNICEF, près de 138 millions d’enfants ont travaillé en 2024, dont 54 millions dans des conditions dangereuses mettant en péril leur santé, leur sécurité et leur développement. On sait aussi que 27 millions de personnes sont aujourd’hui piégées dans l’esclavage moderne. Par ailleurs, près de 9 travailleurs sur 10 exercent dans le secteur informel, souvent pour moins de 1,90 dollar par jour, dans des conditions précaires et difficiles. Cette situation concerne principalement l’Afrique (89,2 %) et l’Asie (88,5 %). Le travail forcé revêt enfin des formes particulièrement violentes. 27 % des personnes qui y sont soumises sont exploitées sexuellement, une exploitation qui génère à elle seule 73 % des profits illégaux.

Chaque année, le Service d’Entraide de Liaison (SEL) organise la Journée du SEL afin de mobiliser les Églises autour d’une action chrétienne dans un monde en détresse. Pensée comme un temps de réflexion, de prière et de mobilisation, cette journée propose d’éclairer une grande question de société à la lumière de l’Évangile.

En 2026, le SEL a choisi de mettre l’accent sur le thème "Un travail. Un avenir. Une espérance", lors d’une journée qui aura lieu le dimanche 22 mars. Chaque communauté reste néanmoins libre de l’organiser à un autre moment, sous la forme de son choix.

Afin d’accompagner concrètement les Églises, l’inscription gratuite à cette Journée donne accès à un kit "clé en main". Celui-ci comprend une proposition de prédication, un parcours de méditations bibliques pour les groupes de maison, des activités pour les enfants, ainsi que des supports pédagogiques (PDF, vidéos, présentations) permettant d’animer facilement un culte ou un temps communautaire.

Travail et pauvreté à la lumière de la Bible

La pauvreté se manifeste par des carences très concrètes : manque de nourriture, d’eau potable, de logement ou de vêtements. L’aide matérielle est parfois indispensable, notamment dans l’urgence, mais ne suffit pas sur le long terme. L’enjeu est de permettre à chacun de se procurer par lui-même ce dont il a besoin pour vivre, pour lui et sa famille. C’est là que le travail apparaît comme un levier décisif dans la lutte contre la pauvreté, à condition qu’il permette réellement de vivre dignement.

Et que nous dit la Bible à ce sujet ? Contrairement à une idée répandue, le travail n’y est pas présenté comme une conséquence du péché. Dès la création, l’être humain reçoit la mission de cultiver et de garder la terre (Genèse 2,15). Ce qui relève véritablement d’une conséquence du péché, ce n’est pas l’existence du travail, mais le fait qu’il soit devenu difficile (Genèse 3,19). Tous ceux qui exercent une activité professionnelle en font l’expérience : le travail n’apporte pas toujours les résultats espérés et peut devenir un lieu de frustration, voire d’exploitation.

C’est par ailleurs une réalité que la Bible n’élude pas. Le livre de Job dresse, par exemple, un constat lucide sur les injustices liées au travail. Il décrit des individus privés du fruit de leur labeur, exploités dans des conditions indignes. Le travail, qui devrait permettre de vivre, devient alors un lieu d’oppression et de dépossession.

"Ils sont tout nus, sans vêtement, et affamés, ils portent les gerbes ; dans les enclos ils font de l’huile, ils foulent le pressoir et pourtant ils ont soif" (Job 24,10-11).

Pour les chrétiens, cette réflexion est également éclairée par l’exemple de Jésus, qui a exercé un métier, et par l’appel de l’apôtre Paul à travailler "comme pour le Seigneur" (Colossiens 3,23). Le travail peut alors devenir un lieu de service du prochain, un véritable "ministère", dont les fruits servent à vivre dignement et à partager avec ceux qui manquent. Orienté vers le Christ, il cesse d’être dominé par la seule recherche du profit pour s’inscrire dans une espérance plus large.

Association protestante de solidarité internationale, le SEL agit depuis de nombreuses années aux côtés de partenaires chrétiens locaux pour améliorer les conditions de vie de populations en situation de pauvreté. Elle accompagne notamment des initiatives locales qui redonnent au travail sa vocation première, c’est-à-dire permettre de vivre dignement.

Avec cette Journée, l’organisation invite les Églises à s’emparer de ce sujet. Sans nier la réalité du terrain ni la violence que subissent de nombreux travailleurs à travers le monde, elle propose de voir dans le travail non seulement une nécessité économique, mais aussi un chemin d’avenir et d’espérance pour les plus vulnérables.

Camille Westphal


dans la rubrique climat >



Les nouvelles récentes >