L’art comme langage spirituel et prophétique : le témoignage de Joëlle Westphal

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Pendant de nombreuses années, Joëlle Westphal a consacré sa vie au service, en tant qu’officière de l’Armée du Salut, aux côtés de son époux. Après une période éprouvante de fatigue intérieure et de remise en question, elle vit un profond renouveau grâce à l'art. Le Conseil National des Évangéliques de France l’a rencontré afin de mieux comprendre son engagement et l'importance de l’art comme langage spirituel.

Qui êtes-vous ?

Je m’appelle Joëlle Westphal, j’ai 65 ans. Je suis née dans une famille salutiste depuis plusieurs générations : nous étions huit enfants, et j’ai grandi dans l’Armée du Salut, que j’ai toujours connue. Avec mon mari, nous avons servi une vingtaine d’années au sein de cette organisation. Nous avons trois enfants, tous mariés, et huit petits-enfants.

Quel a été votre parcours au sein de l’Armée du Salut ?

Avec mon mari, nous avons répondu ensemble à un appel à servir Dieu à plein temps, alors que nous vivions au Canada. Nous avons suivi une formation de deux ans à Toronto, très intense, avant d’être nommés officiers, l’équivalent de pasteurs dans le cadre salutiste. Par la suite, nous avons été envoyés dans différents endroits : dans une réserve amérindienne au Canada, puis en France, auprès de publics très variés comme des personnes sans domicile fixe à Dunkerque, des lycéens à Nîmes, puis dans un quartier prioritaire à Metz.

Comment la foi structurait-elle votre vie à cette période, et à quel moment avez-vous traversé ce que vous appelez un désert spirituel ?

À cette époque, la foi occupait toute la place. Toute notre vie était organisée autour du service : servir Dieu, servir les autres. Avec le recul, nous avons réalisé que nous nous étions entièrement donnés, parfois jusqu’à nous oublier nous-mêmes. C’est dans ce contexte qu’est survenue, autour de la quarantaine, une période de désert spirituel, notamment lors de notre temps à Nîmes. Il ne s’agissait pas d’un abandon de la foi, mais plutôt d’une saison de fatigue profonde, de découragement intérieur, où quelque chose s’est essoufflé.

En 2008, nous avons été invités à une conférence à Bordeaux, destinée aux pasteurs et à leurs épouses. Nous y sommes allés simplement pour être bénis, sans attente particulière. Mais ce fut un véritable rendez-vous avec Dieu. Nous criions intérieurement : "Il y a forcément plus que ça." Et là, nous avons vécu une visitation profonde du Saint-Esprit. Il y a eu un avant et un après. Ce moment a profondément renouvelé notre foi et notre manière de servir.

Comment vous êtes-vous retrouvés en Angleterre après cela ?

Après ce renouveau, nous avons quitté l’Armée du Salut en 2009. Ce départ ne s’est pas fait sur un coup de tête. Nous avons pris le temps de "boucler la boucle", de partir en paix. Ensuite, nous avons ressenti le besoin de changer d’air, de prendre du recul. L’Angleterre n’était pas un projet précis. Nous y sommes allés sans objectif de formation ou de ministère, simplement pour vivre un temps de transition.

Quelques mois après notre arrivée, les responsables de l’Église que nous fréquentions ont annoncé leur désir de lancer une école de formation au surnaturel. C’est à ce moment-là que nous avons compris pourquoi Dieu nous avait conduits là. Ce temps en Angleterre a été décisif pour moi, c’est le lieu où j’ai pleinement réalisé que Dieu pouvait utiliser l’art comme un langage spirituel.

Comment l’art est-il entré dans votre parcours ?

J’ai toujours peint, par intermittence, depuis que je suis jeune maman. Mais jusqu’alors, l’art restait quelque chose de personnel. À la suite de ce renouveau spirituel, j’ai compris que Dieu pouvait utiliser l’art comme un moyen de communication, comme un langage prophétique. Cette prise de conscience a été une véritable révélation, mes tableaux pouvaient devenir un outil pour bénir les autres.

Que diriez-vous à ceux qui traversent aujourd’hui un désert spirituel ?

Je crois profondément que se reconnecter à sa créativité peut être une clé. Nous sommes créés à l’image d’un Dieu créateur. La créativité peut s’exprimer de mille façons : art, musique, écriture, cuisine, photographie… Peu importe la forme. Pour moi, cette redécouverte a été une source de vie et d’oxygène spirituel. Je voudrais dire à ceux qui traversent un désert que Dieu ne les a pas oubliés.

Il y a un chemin, même s’il n’est pas encore visible. Que dit votre parcours de la fidélité de Dieu ? Il dit que Dieu est profondément fidèle. Avec le recul, je vois combien Il a toujours été présent, jusque dans les détails. Il a pourvu à nos besoins, Il nous a relevés, Il ne nous a jamais laissés sombrer. Souvent, Il a utilisé d’autres personnes pour prendre soin de nous. Aujourd’hui encore, quand je repense à notre histoire, je suis profondément émue. Dieu est fidèle, et Il est bon.

 

Un article du Conseil National des Evangéliques de France. Publié avec autorisation. Au travers de la série "Témoignages de terrain", le CNEF souhaite mettre en lumière des initiatives locales qui font vivre l’Évangile au cœur des territoires, afin d'inspirer et encourager chacun à s’engager, là où Dieu l’a placé.

Crédit image : Shutterstock / sqofield (image d'illustration)

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