L'artiste Sébastien Corn dénonce l’instrumentalisation de la Bible par l’administration Trump

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Récemment, le département de la Sécurité Intérieure américaine a justifié sa politique de lutte contre l’immigration en s’appuyant sur le verset "Heureux ceux qui procurent la paix". En réaction, l’artiste chrétien Sébastien Corn a dénoncé ce qu’il considère comme une instrumentalisation de la Bible par l’administration Trump, dans un post sur Instagram publié le 26 janvier. InfoChrétienne l’a rencontré afin de revenir sur sa prise de position qui a suscité de nombreuses réactions.

InfoChrétienne : Le 24 janvier dernier, Alex Pretti, un infirmier américain de 37 ans, a été abattu par un agent de l’ICE à Minneapolis alors qu’il était venu pour filmer leurs opérations jugées brutales. Sa mort intervient quelques jours après celle de Renée Nicole Good, une mère de famille américaine de 37 ans également. Quel a été l’élément déclencheur qui vous a amené à parler personnellement de cette situation, vous qui vivez au Canada ?

Sébastien Corn : Je suis depuis un certain temps ce qu’il se passe à Minneapolis. Je me considère à la fois comme un chrétien et comme un citoyen attentif à l’actualité mondiale.

L’élément déclencheur de ma prise de parole a été la lecture d’un article du quotidien canadien La Presse, écrit par Richard Hétu et intitulé "L’ICE, Jésus et 1984". C’est à ce moment-là que j’ai vu la vidéo publiée par le département de la Sécurité intérieure. Elle m’a mis profondément en colère.

InfoChrétienne : Dans votre post, vous évoquez justement cette vidéo diffusée sur X le 13 janvier, montrant des agents armés forcer des portes et interpeller des civils, accompagnée du verset "Heureux ceux qui procurent la paix". Vous répondez alors : "Non, ce n’est pas la paix". Estimez-vous que la Bible est utilisée à des fins politiques par l’administration Trump ?

Sébastien Corn : Selon moi, une ligne a été franchie avec l’utilisation de ce verset. J’ai ressenti que je ne pouvais pas rester silencieux, d’autant plus que trop peu de personnes élèvent leur voix. En tant que chrétien, je me suis dit que je devais parler.

Ce n’est pas une réaction politique, mais humaine et spirituelle. Associer ces images à un verset biblique est, selon moi, une confusion extrêmement grave, et je suis en profond désaccord théologique. Nous pouvons débattre de l’immigration, mais le véritable problème survient lorsque le nom de Jésus sert de caution morale à la brutalité, et que l’Évangile est instrumentalisé. C’est ce que décrit le journaliste Richard Hétu en parlant d’"inversion" : des images de violence sont accompagnées de versets bibliques, utilisant ainsi le langage de l’Évangile pour rendre acceptable ce qu’il dénonce.

Je repense également aux grands leaders évangéliques venus prier pour Donald Trump. Je ne remets pas en cause la prière pour les autorités mais ce qui m’interpelle c’est lorsque cette prière glisse vers une forme de validation morale. Cela envoie à leurs fidèles le message que c’est la personne pour laquelle ils doivent voter.

InfoChrétienne : Un sondage du Pew Research Center, publié le 9 septembre 2024, indiquait que 82 % des évangéliques blancs américains étaient prêts à voter pour Donald Trump. A cela tu as ajouté "le problème n’est pas juste politique, il est spirituel", qu’entends-tu par là ?

Sébastien Corn : Pour moi, il s’agit de décrire une tendance sociologique, je n’en parle pas dans un sens moral mais je reprends seulement une catégorie d’analyse. À travers l’histoire, lorsque l’Évangile a servi le pouvoir, il y a eu des avancées positives, comme dans les domaines de l’éducation ou de l’action sociale, mais aussi de nombreux abus tels que les croisades, l’Inquisition ou encore les compromissions politiques.

La foi inspire quand elle reste libre mais elle se déforme quand elle sert le trône. Je parle d’un problème spirituel parce que cela touche à l’intégrité de l’Évangile dans l’espace public. Dans cette population, il existe un sentiment fort selon lequel la Bible devrait directement influencer la politique américaine. Or, nous oublions parfois que Jésus a renoncé à toute forme de toute-puissance.

InfoChrétienne : Vous écrivez également : "À force de vouloir un roi, on finit par perdre Jésus… et notre humanité". Pouvez-vous expliquer cette phrase ?

Sébastien Corn : Je me suis appuyé sur le passage dans 1 Samuel lorsque le peuple a demandé un roi. Je pense qu’aujourd’hui, beaucoup de personnes sont tentées par le côté tout puissant de l’Évangile qui s’incarne dans un vote pour des partis populistes. Perdre notre humanité, c’est perdre notre compassion, notre devoir d’aimer notre prochain.

InfoChrétienne : Votre post a suscité de nombreuses réactions, dont beaucoup de messages de soutien, comme : "Enfin un chrétien qui en parle". Quelle réalité ce genre de message traduit-il dans le monde chrétien actuel ?

Sébastien Corn : Elles traduisent un malaise profond. Beaucoup de chrétiens aiment Jésus, mais ne se reconnaissent plus dans certaines prises de position faites en son nom. Ils ne souhaitent ni une parole partisane, ni une parole silencieuse. Critiquer une politique n’est pas une attaque contre l’Évangile. On peut débattre des lois, mais pas utiliser l’Évangile pour justifier la cruauté.

Mon post ne défend aucun camp politique : il vise à poser une limite spirituelle claire, à rappeler que notre rôle est de prier pour les autorités, mais aussi de ne pas nous taire face à l’injustice, surtout lorsque l’Évangile est utilisé pour rendre acceptable ce qui est brutal.

Propos recueillis par Mélanie Boukorras


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