Les chrétiens de plus en plus minoritaires dans un Liban autrefois majoritairement chrétien

Les chrétiens de plus en plus minoritaires dans un Liban autrefois majoritairement chrétien

Auparavant surnommée “la Suisse du Moyen-Orient” et pays de refuge pour des chrétiens de la région, le Liban a été ruiné par les conflits. Parallèlement à cette dégradation, la particularité de ce pays aux multiples confessions jusque dans la répartition du pouvoir est de plus en plus menacée avec la diminution constante du nombre de chrétiens.

Au Pays du Cèdre, les fonctions exécutives sont partagées entre les confessions depuis le Pacte national de 1943. La présidence de la République revient à un chrétien maronite, celle du Conseil à un sunnite, les postes de vice-premier ministre et de vice-président du Parlement aux grecs orthodoxes. Au niveau législatif, le président du Parlement est un musulman chiite.

Cette originalité par rapport au reste du monde arabe est due à l’importance numérique des diverses communautés religieuses. Lors du dernier recensement effectué par les autorités libanaises, les chrétiens constituaient 53 % de la population. Mais leur nombre n’a cessé de décliner. La guerre civile de 1975 à 1990 qui a fait 90 000 morts a vu une forte émigration des chrétiens vers les pays occidentaux.

Déclin démographique et augmentation du danger

Aujourd’hui, les chrétiens sont minoritaires au Liban et pourraient être confrontés à la persécution, selon l’Algemeiner Journal. La mutation démographique s’est aussi jouée sur la natalité et l’immigration avec l’arrivée d’abord des réfugiés palestiniens, puis celle des Syriens fuyant la guerre civile qui a commencé en 2011.

L’économie dévastée désespère de nombreux jeunes chrétiens qui préfèrent s’exiler. Par ailleurs, nombre d’entre eux “se sentent malheureusement comme des étrangers dans leur propre pays”, selon Jad Chlouk, un prêtre maronite, qui ajoute :

 “cela affecte négativement toute la communauté chrétienne, parce qu’elle perd la plupart de ses éléments les plus brillants et les meilleurs, et surtout ses jeunes, qui sont censés être l’avenir des chrétiens ici.”

Aujourd’hui, les chrétiens ne représentent plus que 32,4 % de la population (pour 67,8 % de musulmans et 4,5 % de druzes), estime le World Factbook de la CIA. Il y a encore 13 ans, ils étaient 45 % selon la Statistics Lebanon (pour 48 % de musulmans et 5,2 % de druzes). Ces chiffres ne concernent que la population libanaise et n’incluent pas les réfugiés palestiniens et syriens qui sont surtout musulmans.

Si les changements continuent à ce rythme, le pays pourrait se retrouver avec proportionnellement deux fois moins de chrétiens qu’en 2010.

“Les chrétiens libanais perçoivent leur situation dans le pays comme une bataille existentielle. Entourés de populations islamiques, ils ont eux-mêmes adopté une mentalité de siège. Si les tendances actuelles de l’émigration et la baisse des taux de natalité se poursuivent, leur pourcentage pourrait diminuer à 20-25 pour cent et le Liban perdra son caractère historique”, a déclaré déclaré un diplomate grec au Projet d’enquête sur le terrorisme, souligne l’Algemeiner Journal.

Plus encore, se poserait davantage la question de la sécurité religieuse des chrétiens, comme le relève le père Jad :

“Le nombre de chrétiens dans le pays diminue de jour en jour, ce qui affecte gravement la situation et crée encore plus de pression pour ceux qui restent, dans une situation où ils pourraient bientôt souffrir de persécution.”

Les chrétiens sont de plus en plus menacés par le Hezbollah, comme lorsque le mouvement terroriste pro-iranien a tiré sur le siège d’un parti politique chrétien à Beyrouth en 2018 ou quand ses militants ont attaqué un quartier chrétien en novembre 2019 pour effrayer les manifestants qui protestaient contre les dirigeants du pays largement tenus par ledit Hezbollah. Il y a également eu des attentats comme ceux dans le village chrétien d’al-Qaa commis par l’État islamique en 2016.

Robert Rabil, professeur de sciences politiques à la Florida Atlantic University et spécialiste de l’islam politique et de la politique libanaise, a expliqué à l’Algemeiner Journal que les menaces sont multiples :

“Les chrétiens au Liban sont confrontés à de multiples défis externes et internes : l’influence extérieure de la Syrie, les réseaux salafistes locaux et les autorités étatiques incompétentes.”

Jean Sarpédon

Crédit image : Shutterstock / Andrei Antipov

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