Les chrétiens palestiniens se préparent à Pâques malgré la guerre

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Une grande partie de la communauté chrétienne en Palestine a quitté le pays et ceux qui restent n’ont pas accès aux lieux saints. 

Par temps clair, en regardant vers l’est depuis son balcon à Bethléem, Usama Nicola peut apercevoir Amman, en Jordanie. Depuis que Israël et les États-Unis ont mené une attaque conjointe contre l’Iran le 28 février, ce père de trois enfants suit, en pleine journée, les traînées de fumée blanche laissées par les missiles iraniens. La nuit, des tirs traversent le ciel comme des étoiles filantes menaçantes. Chaque matin, Nicola constate que les lettres décoratives formant le mot L-O-V-E sur une étagère de son balcon ont été déplacées par les impacts des interceptions de missiles.

Dès la deuxième semaine de guerre, Nicola a supprimé l’application d’alerte israélienne de son téléphone : les sirènes installées dans les colonies autour de Bethléem suffisent à le prévenir. Lors des attaques, lui et sa famille n’ont d’autre choix que de rester à l’abri chez eux. Contrairement à de nombreux Israéliens, la plupart des Palestiniens de Cisjordanie ne disposent pas de pièces sécurisées, et l’Autorité palestinienne n’a pas mis en place d’abris publics.

"Nous sommes totalement entre les mains de Dieu", confie Nicola, catholique romain.

Aujourd’hui entrée dans son deuxième mois, la guerre a fait au moins 4 500 morts dans plus d’une douzaine de pays et provoqué une flambée des prix de l’énergie à l’échelle mondiale. Le président Donald Trump a affirmé que des discussions pour mettre fin au conflit progressaient, bien que l’Iran nie toute négociation directe. Israël et les États-Unis continuent de viser des sites militaires et nucléaires iraniens, tandis qu’Israéliens et Palestiniens subissent une moyenne de dix missiles iraniens par jour — soit une baisse de 90 % depuis le début du conflit.

Les chrétiens palestiniens vivant en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est sont moins de 47 000 et ne représentent qu’environ 1 % de la population. À l’approche de Pâques, ils subissent une pression intense : la guerre, des restrictions de circulation accrues et des violences incessantes des colons.

À cette période de l’année, Nicola guide habituellement habitants et touristes lors de randonnées dans le désert à l’est de Jérusalem et de Bethléem. Il trouve dans le silence du désert un apaisement. Les petites fleurs sauvages lui rappellent que, même dans des conditions difficiles, la vie continue. Pendant le Carême en particulier, il aime marcher dans ce désert — celui où le Christ fut tenté pendant quarante jours — pour écouter la voix de Dieu.

Cette année, alors que les 23 000 chrétiens du gouvernorat de Bethléem se préparent à célébrer Pâques, Nicola ne peut plus s’y rendre pour se ressourcer. Depuis le 7 octobre 2023, explique-t-il, le gouvernement israélien a fermé davantage de zones désertiques aux Palestiniens. De nouvelles barrières et de lourdes amendes les dissuadent d’entrer dans des secteurs auparavant accessibles — bien que ces terres fassent techniquement partie de la Cisjordanie et restent ouvertes aux Israéliens. Nicola décrit un sentiment d’enfermement. [...]

Pour beaucoup, la vie en Cisjordanie — occupée par Israël depuis 1967 — est devenue insupportable. Nicola dit entendre chaque jour parler d’un Palestinien qui se prépare à partir. En deux ans et demi, il estime que Bethléem a perdu 10 % de ses chrétiens. Des centaines de familles, présentes depuis des siècles en Terre sainte, ont émigré à la recherche de liberté, de meilleures perspectives économiques et d’un avenir pour leurs enfants.

Le départ progressif des chrétiens des territoires palestiniens n’est pas nouveau. En 1947, plus de 80 % des habitants de Bethléem étaient chrétiens. En 2017, en raison de l’émigration et d’un taux de natalité plus faible que celui des familles musulmanes, ils n’étaient plus qu’environ 10 %.

Fares Abraham a quitté Beit Sahour, à l’est de Bethléem, en 1998 pour étudier à l’Université Liberty. [...] En 2013, il a fondé Levant Ministries, une organisation internationale qui accompagne de jeunes chrétiens arabes et les encourage à partager dans leurs communautés le message de l’Évangile.

L’organisation travaille avec des jeunes de Bethléem, dont beaucoup se sentent piégés. "Quand ils ne trouvent pas d’emploi correctement rémunéré, quand ils n’ont pas de terrain pour construire, quand ils n’ont pas accès aux routes, quand ils ne peuvent pas circuler librement, cela crée un vide immense et un profond sentiment de désespoir lié à l’occupation militaire israélienne", explique Abraham.

Installé aujourd’hui à Orlando, en Floride, avec sa femme et ses trois enfants, il décrit les chrétiens palestiniens comme le "sel de la terre" et une composante vivante du corps du Christ en Terre sainte. Il estime qu’ils ont un rôle essentiel dans une région marquée par le conflit, et juge alarmante la diminution de leur présence.

[...] Depuis le 7 octobre, les violences de colons ont fortement augmenté. En 2025, 867 incidents ont été recensés, selon le Times of Israel. L'armée israélienne et le Shin Bet, les services de sécurité israéliens, estiment qu'un groupe d'environ 300 colons radicaux est responsable de la majeure partie de ces violences. Sous l'administration du ministre de la Sécurité d'extrême droite, Itamar Ben-Gvir, les colons bénéficient généralement de la protection de l'armée ou de la police israélienne, et leurs crimes restent le plus souvent impunis.

Les Palestiniens qui tentent de se défendre sont "pris pour cible, tués, arrêtés, blessés ou battus", affirme Khoury. Le mois dernier, un berger bédouin de 29 ans a été battu et agressé sexuellement. Ses enfants et ses proches et un Américain qui séjournait chez eux, ont également été attaqués et leur ont volé leurs biens et 400 moutons.

Khoury affirme vouloir vivre selon les enseignements de Jésus — aimer son prochain, aimer ses ennemis, tendre l’autre joue —, mais reconnaît que la violence constante, dont elle a été témoin ces deux dernières années et demie, nourrit un profond désir de voir l’occupation prendre fin.

"Nous ne pouvons plus supporter davantage de violence, dit-elle. Nous ne pouvons plus supporter davantage d’humiliations. Nous ne pouvons plus accepter d’être traités comme des animaux. Nous avons payé un prix très lourd au fil des années."

En attendant, elle tente de faire face en apportant un soutien matériel et moral à d’autres Palestiniens, chrétiens et musulmans, à Gaza et dans le nord de la Cisjordanie. Comme Jénine, Tulkarem et Naplouse, qui ont subi de plein fouet les incursions de Tsahal ces dernières années.

"Pour être proche du Christ, je dois être proche de tous ceux qui ont perdu des êtres chers", explique-t-elle.

Traditionnellement, à Taybeh, les chrétiens orthodoxes, catholiques et melkites se rassemblent à Pâques pour prier dans les ruines de l’église Saint-Georges, construite au Ve siècle pour commémorer le passage de Jésus dans la ville, alors appelée Éphraïm. Après le jeûne du Carême, les orthodoxes attendent de recevoir le "feu sacré" venu de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

Depuis 2019, Khoury n'a pas pu se rendre sur le lieu traditionnel de la crucifixion, de la mise au tombeau et de la résurrection de Jésus. Elle déplore de ne pouvoir obtenir de permis israélien pour aller à Jérusalem et prier dans l'église, alors que les touristes s'y rendent facilement.

Le pèlerinage de Nicola au Saint-Sépulcre le week-end de Pâques l'an dernier a viré au drame. Israël avait accordé à Nicola et à son fils Yazan, alors en quatrième, l'autorisation d'entrer à Jérusalem, mais pas à sa femme ni à ses deux autres enfants. À leur retour à Bethléem ce soir-là, Nicola a constaté que son retour avait été enregistré, contrairement à celui de son fils. En conséquence, les autorités ont interdit à Yazan de séjour à Jérusalem pendant plusieurs mois.

[...] "J’ai le sentiment que nous, chrétiens palestiniens, sommes encore sur le chemin de croix, dit Nicola. Mais nous savons qu’au bout, il y a un tombeau vide, il y a la résurrection." 

Heather M. Surls

Un article de Christianity Today. Traduit avec autorisation. Retrouvez tous les articles en français de Christianity Today.

Crédit image : Shutterstock / Teo K (intérieur du saint Sépulcre à Jérusalem)

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