L'exécution en direct de Nidal Malik Hasan suscite la controverse chez les chrétiens

exécution_direct_Nidal_Malik_Hasan_suscite_controverse_chrétiens

Le 3 décembre prochain, Nidal Malik Hasan, auteur d'une fusillade sur la base militaire américaine de Fort Hood en 2009, sera exécuté. L'administration Trump prévoit de diffuser en direct les images, une annonce qui suscite la controverse dans le pays. Plusieurs personnalités chrétiennes ont notamment pris la parole, certaines pour dénoncer cette diffusion, d'autres pour l'encourager.

Une première depuis 1961. Nidal Malik Hasan, un ancien psychiatre de l'armée américaine qui a tué treize personnes non armées, dont douze soldats, à Fort Hood en 2009 et blessé des dizaines d'autres, a été condamné à mort par peloton d'exécution de l'armée. L'annonce du verdict a été faite le 6 octobre par Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, dans un post publié sur X. Cette exécution a été recommandée par le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, et approuvée par le président des États-Unis, Donald Trump.

La date de l'exécution a été fixée au 3 décembre prochain sur les lieux de la tuerie. La dernière exécution militaire a eu lieu il y a 65 ans, en 1961. Le condamné, John Bennett, avait été pendu après avoir été reconnu coupable de viol et de tentative de meurtre envers une fille de onze ans.

Une exécution diffusée en direct

La condamnation de Nidal Malik Hasan a suscité des controverses lorsque le secrétaire à la Défense a déclaré le 8 octobre que l'exécution serait diffusée en direct.

"Nous veillerons à ce que le sgens puissent la regarder."

Selon les experts contactés par Reuters, il s'agirait de la "première diffusion ou diffusion en direct connue d'une exécution légale". La dernière exécution publique aux États-Unis date de 1936 à Owensboro, dans le Kentucky : il s'agissait de Rainey Bethea qui avait été exécuté par pendaison après avoir été reconnu coupable de viol. Entre 10 000 et 20 000 personnes étaient présentes. Au XIXe siècle, les exécutions publiques sont devenues rares, celles-ci ayant plutôt lieu à l'abri des regards. Les exécutions publiques enregistrées ces dernières années ont eu lieu en majorité en Iran et en Afghanistan.

L’annonce de cette diffusion en direct a suscité une vague de critiques aux États-Unis, aussi bien chez les démocrates que chez les républicains. Certains, pourtant favorables à la condamnation à mort, s’opposent à sa retransmission publique.

"Répréhensible à l'extrême"

En réaction, de nombreuses personnalités chrétiennes se sont exprimées, certaines exprimant leur indignation, d'autres se réjouissant de cette annonce.

Président de la Billy Graham Evangelistic Association et de Samaritan's Purse, Franklin Graham a jugé "ironiques" les réactions de ceux qui s'opposent à cette diffusion, évoquant "la culture de la mort" présente partout dans la culture hollywoodienne. Il a également questionné la société américaine sur son rapport à la mort dans un post publié le 11 octobre sur Facebook.

"J'ai trouvé ironique que beaucoup de ceux qui embrassent Hollywood et sa culture de la mort, qui dépeint constamment des meurtres, des violences et toutes sortes de violence, - tout cela au nom de l'entertainment - disent qu'ils sont tellement dégoûtés par cela. Sommes-nous devenus insensibles à la mort ?"

"Les actions de Hasan ne peuvent en aucun cas être tolérées, mais cette décision est une promotion barbare d'une culture de la mort et doit être reconsidérée", a déclaré de son côté le président de la conférence des évêques catholiques, Paul S. Coakley, dans une déclaration publiée le 9 octobre.

"Notre Dieu est le Dieu de la vie (...) La parole de Dieu nous exhorte : 'ne remboursez à personne de mal pour le mal' (Romains 12:17). L'exécution publique, même de celui qui a fait de graves dommages, ne fera que saper davantage le tissu moral de notre nation et sera un fléau sur la conscience de son peuple."

Au lendemain de cette déclaration, le pape Léon XIV a écrit que la peine de mort est "inadmissible", car elle "porte atteinte à l’inviolabilité et à la dignité de la personne", dans une publication sur X le 10 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort.

"Il est possible de préserver le bien commun et de répondre aux exigences de la justice sans recourir à la peine capitale : des systèmes de détention efficaces ont été mis en place, qui protègent les citoyens tout en ne privant pas totalement les coupables de la possibilité d'une rédemption."

Certains ministres du culte américains ont salué cette volonté de diffuser en direct l'exécution de Nidal Malik Hasan. C'est notamment le cas de Robert Jeffress, pasteur principal de First Baptist Dallas, qui a affirmé que "la peine capitale est ordonnée par Dieu". Dans un post publié sur X le 9 octobre, ce pasteur, qui a longtemps soutenu la peine de mort et qui a déclaré qu'il regarderait cette exécution publique, a cité le passage de Genèse 9 au verset 6 et a écrit :

"Plus il y a de personnes qui peuvent voir cette vérité illustrée par une exécution publique, mieux c'est."

Enfin, le président de l'Église épiscopale, le Révérend Sean Rowe, a estimé que cette diffusion "est répréhensible à l'extrême et causera des dommages moraux à tous ceux qui y sont impliqués", dans une publication sur Facebook.

"Nous devons nous demander qui nous sommes devenus en tant que nation lorsque des responsables supérieurs décident de faire un spectacle de la violence sponsorisée par l'État."

Au moment des faits, Nidal Malik Hasan aurait crié "Allahu Akbar" avant d'ouvrir le feu dans un centre médical de la base militaire, selon des témoins présents. D'origine palestinienne et né aux États-Unis, il souhaitait empêcher les soldats de participer à la guerre en Afghanistan et en Irak. Âgé de 56 ans, il se trouve dans le couloir de la mort à Fort Leavenworth, au Kansas, depuis sa condamnation.

La peine de mort est légale dans 27 des 50 États des États-Unis, ainsi qu'au niveau fédéral et militaire.

Mélanie Boukorras

Crédit image : Shutterstock / Joshua Sukoff (Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth)

Dans la Rubrique International >



Les nouvelles récentes >