Plus de 160 fidèles ont été enlevés le 18 janvier dans l'attaque de deux églises du nord du Nigeria, dans un contexte de résurgence des kidnappings au moment où Washington clame que les chrétiens sont "persécutés" dans ce gigantesque pays d'Afrique de l'Ouest.
En pleine messe dominicale, des gangs armés ont attaqué deux églises et enlevé plus de 160 fidèles dans un village isolé de l'État de Kaduna, ont indiqué le 18 janvier un membre du clergé chrétien et un rapport de sécurité de l'ONU consulté par l'AFP.
"Les assaillants sont arrivés en nombre, ont bloqué l'entrée des églises et ont forcé les fidèles à sortir dans la brousse", a déclaré à l'AFP le révérend Joseph Hayab, président de l'Association chrétienne du Nigeria pour le nord du pays.
"Ils en ont enlevé 172, mais neuf se sont échappés, donc 163 sont toujours avec eux", a affirmé à l'AFP M. Hayab, précisant que les attaques ont eu lieu dans le village de Kurmin Wali, situé dans le district à majorité chrétienne de Kajuru.
ItIshaku Dan'azumi, un chef traditionnel, a de son côté affirmé que 166 personnes avaient été enlevées dans trois églises du village pendant la messe.
Les attaques ont été confirmées par un rapport de l'ONU consulté lundi par l'AFP, qui mentionne "plus de 100 fidèles" enlevés par des "bandits armés".
La police de l'Etat de Kaduna n'a pas confirmé l'attaque. Mais son chef a déclaré à des journalistes que des agents avaient répondu à l'alerte et s'étaient rendus "sur le lieu présumé du crime" dimanche.
"Aucune preuve"
"Jusqu'à présent, il n'y a aucune information faisant état d'une attaque ou d'un enlèvement", a déclaré le commissaire de police Muhammad Rabiu, dans des propos diffusés sur une chaîne de télévision locale.
Le commissaire d'Etat à la sécurité intérieure, Sule Shauibu, a rejeté le "récit" d'un enlèvement, le jugeant "totalement faux". "Nous n'avons aucune preuve en ce sens", a-t-il assuré.
"Seuls les politiciens nient l'enlèvement de nos gens", a rétorqué le chef local de Kurmin Wali, interrogé par l'AFP.
"Nous avons désormais 166 personnes entre les mains des ravisseurs", a-t-il assuré, regrettant que son village vive sous la menace d'hommes armés.
"Cela a affecté nos activités agricoles, car nous produisons moins de nourriture qu'avant. (...) Nous ne nous sommes jamais plaints aux autorités des enlèvements dans notre région, car nous avons contribué à payer pour la liberté des personnes enlevées. Parfois, jusqu'à 20 personnes sont kidnappées et nous ne nous sommes jamais plaints, nous avons géré le problème nous-mêmes".
"Cette fois, nous nous sommes adressés aux autorités parce que le nombre de personnes enlevées dépasse notre capacité à faire face", a ajouté ItIshaku Dan'azumi.
"Industrie lucrative"
Les enlèvements de masse sont fréquents au Nigeria, la plupart perpétrés par des gangs criminels, désignés localement sous le terme de "bandits", en quête de rançons.
Même si le paiement de rançons est interdit par la loi, les kidnappings sont devenus "une industrie structurée et lucrative" qui a rapporté quelque 1,66 million de dollars entre juillet 2024 et juin 2025, selon un rapport de SBM Intelligence, un cabinet de conseil basé à Lagos.
Cette nouvelle vague d'enlèvements, dont celui de plus 300 élèves et professeurs d’une école catholique du centre du pays en novembre qui ont depuis été libérés, a profondément ébranlé le pays presque également divisé entre un nord majoritairement musulman et un sud principalement chrétien.
En réaction, le président nigérian Bola Tinubu a déclaré fin novembre l'état d'urgence et lancé le recrutement de militaires et de policiers pour lutter contre l'insécurité qui mine le pays.
Cette situation a poussé le gouvernement américain à mener des frappes militaires le jour de Noël dans l'Etat de Sokoto, Donald Trump accusant des groupes armés nigérians de persécuter les chrétiens, victimes selon lui d'un "génocide".
Le gouvernement nigérian et des analystes indépendants refusent de parler de persécution religieuse, un argument longtemps utilisé par la droite chrétienne aux Etats-Unis, en Europe et par des séparatistes nigérians qui conservent une certaine influence à Washington.
La Rédaction avec (AFP)