À l’approche de Pâques, la Rédaction vous propose chaque mercredi un contenu consacré à cette thématique. Nous avons déjà donné la parole à un prêtre le premier jour du Carême et avons interrogé un pasteur évangélique sur la symbolique spirituelle de la mort et de la résurrection de Jésus. Aujourd'hui, nous évoquons la fête de Pessa'h avec Josué Turnil, le dirigeant de l'association "Juifs pour Jésus".
- InfoChrétienne : De quelle histoire biblique la fête de Pessa’h tire-t-elle ses origines ?
Josué Turnil : Alors qu’il était encore jeune, Moïse s’enfuit d’Égypte pour échapper à la peine de mort. Plus tard, lorsque Dieu l’appela à conduire Israël hors de la servitude, c’est par lui que le Seigneur parla à Pharaon pour lui dire : "Laisse aller mon peuple !". Mais Pharaon refusa. Le Seigneur manifesta alors sa puissance en faisant tomber le jugement sur les faux dieux de l’Égypte.
Tandis que le Seigneur envoyait plaie après plaie sur le pays, le cœur de Pharaon demeurait endurci. Par l’intermédiaire de Moïse, Dieu lui déclara :
"Ainsi parle l’Éternel : Israël est le premier-né de mes fils. Je t’avais dit : laisse partir mon fils pour qu’il me serve ; mais tu as refusé de le laisser partir. Eh bien, je ferai mourir ton fils premier-né" (Exode 4.22-23 ; cf. 11.4-8).
Le Seigneur décida ainsi de briser la volonté de fer de l’Égypte par une dernière plaie.
"Le dixième jour de ce mois, on prendra un agneau pour chaque famille, un agneau pour chaque maison…Vous le garderez jusqu'au quatorzième jour de ce mois; et toute l'assemblée d'Israël l'immolera entre les deux soirs. On prendra de son sang, et on en mettra sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte des maisons où on le mangera….Cette nuit-là, je passerai dans le pays d'Égypte, et je frapperai tous les premiers-nés…Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n'y aura point de plaie qui vous détruise, quand je frapperai le pays d'Égypte » (Exode 12.3, 6-7, 12-13).
Dans la tradition juive, à chaque célébration de Pessa’h, le plus jeune enfant pose aux adultes la question : "Ma nichtanah halayla hazé mikol haleyloth ?", ce qui signifie : "Pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres nuits ?". Ceux qui connaissent l’histoire de la Pâque répondent alors : "C’est à cause de ce que le Seigneur a fait pour moi lorsqu’il m’a fait sortir d’Égypte, de la maison d’esclavage, lorsqu’il m’a racheté par sa main puissante et son bras étendu…"
Ainsi, lorsque l’Ange de la mort vit le sang sur les portes, il passa "par-dessus". En hébreu, la Pâque se dit Pessa’h, ce qui signifie justement "passer par-dessus". Cette fête commémore le moment où la mort passa au-dessus des maisons des enfants d’Israël grâce au sang de l’Agneau pascal.
- InfoChrétienne : Quelle place Jésus a-t-il accordé à cette célébration pendant sa jeunesse ?
Josué Turnil : La Pâque, ou Pessa’h, est une fête juive. Et Jésus lui-même était juif. Non seulement il célébrait chaque année la Pessa’h lorsqu’il vivait parmi nous, mais je crois que tous les symboles de la Pâque juive, et l’histoire même de cette fête, pointent vers lui. Le message de la Pâque est en effet une promesse de rédemption et le récit de notre libération de l’esclavage.
Ce n’est pas un hasard si Jean-Baptiste déclare : "Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde". Jésus lui-même reprend cette symbolique dans l’Apocalypse :
"Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi" (Apocalypse 3.20).
- InfoChrétienne : Quelle similarité avec la Pâque chrétienne ?
Josué Turnil : Dans la Pâque juive se trouve déjà le symbole d’une grande rédemption à venir, une rédemption qui libérerait du péché tous ceux qui crieraient vers Dieu. Elle concerne tous les hommes, Juifs comme non-Juifs, afin de les conduire à une relation nouvelle et éternelle avec leur Créateur et les uns avec les autres par le Messie-Roi.
Les premiers chrétiens étaient presque tous juifs. Ils célébraient la résurrection de Jésus au moment de la Pâque juive et ont continué ainsi pendant le ministère des quinze évêques de Jérusalem, eux-mêmes d’origine juive. Chaque année, ces évêques envoyaient des lettres pascales pour indiquer aux chrétiens la date de la Pâque selon le calendrier lunaire.
En l’an 325, cependant, le paganisme et l’antisémitisme avaient pénétré l’Église. L’empereur Constantin, qui présidait le concile de Nicée, interdit aux chrétiens de célébrer la résurrection exactement au même moment que la Pâque juive. Néanmoins, encore aujourd’hui, les deux fêtes sont célébrées à peu près à la même période, leurs dates étant fixées en fonction du calendrier lunaire.
La mort et la résurrection de Jésus le Messie restent ainsi intimement liées à la Pâque juive et à son symbolisme. L’agneau annonçait l’Agneau de Dieu à venir. La délivrance de l’esclavage en Égypte préfigurait la rédemption suprême apportée par Jésus. Ne pas reconnaître ces vérités enseignées par l’Écriture, c’est non seulement se priver d’un riche héritage, mais aussi se couper de Dieu. Celui qui le ferait sciemment serait semblable à quelqu’un qui scie la branche sur laquelle il est assis.
- InfoChrétienne : Pendant cette célébration, les juifs vont participer au seder, le repas rituel qui représente le cœur des célébrations de la Pâque juive. Quel lien faites-vous entre ce repas et la Sainte Cène que Jésus a intnroduit lors de la Pâques ?
Chaque élément du Seder évoque la rédemption et ce que Jésus a accompli pour nous. Il ne s’agit pas seulement d’un repas commémoratif, mais d’une véritable illustration de la vie et de la mission de l’Agneau de Dieu venu ôter le péché du monde. On y discerne sa mort, sa résurrection et la promesse de son retour.
Propos recueillis par Mélanie Boukorras