Peut-on perdre la foi ? : la question de la Fédération de l'Entraide Protestante

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À partir d’une question d’actualité vécue par ses membres, la Fédération de l'Entraide Protestante offre quelques pistes de réflexion éthiques, spirituelles, ou simplement humaines, pour nourrir le sens de nos actions. La question choisie est : "Peut-on perdre la foi ?"

"Je crois ! Mais aide-moi, parce que je n’ai pas assez de foi !"  Évangile de Marc, chapitre 9, verset 24

Nom de Dieu, j’ai perdu la foi !

Perdre la foi comme on perdrait la tête ou la boussole ? Si l’on considère la foi comme un bien spirituel, acquis au travers d’un acte, l’acte de foi, et placé au centre de notre décor intérieur, il me paraît avantageux de la perdre.

Perdre la foi comme on perdrait le contrôle de sa vie me semble être le meilleur chemin pour la trouver enfin. La foi n’est plus ici un produit à posséder et à consommer, ni même une force à mettre en œuvre. Elle représente une aventure improbable et palpitante, celle de la rencontre avec Dieu.

Ce qui fait la beauté et la force de toute rencontre, n’est-ce pas son caractère inattendu et déroutant ? Dans la présence de l’Autre, je deviens un autre ; celui ou celle que je n’imaginais pas devenir.

L’homme qui affirme croire, ici, n’est pas seul dans son espace intérieur à se regarder le nombril spirituel et à se demander comment l’utiliser pour obtenir ce qu’il veut. Il est en présence du Christ. Il nomme et il est nommé. Quand j’entends le nom de Dieu, une histoire commence. Et s’il venait à prononcer le mien ?

Je ne sais si je crois, mais je sais en qui je crois. C’est ainsi que l’on passe d’une spiritualité autocentrée à la vie avec Dieu, une relation dont l’histoire reste à écrire.

Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Des fondations solides

La vie est faite de saisons. Certaines lumineuses, d’autres marquées par l’épreuve : maladie, échec, souffrance ou perte.

Dans ces moments surgissent des questions essentielles : Dieu existe-t-il vraiment ? Puis-je encore espérer en l’homme ? Le doute peut ébranler ma confiance et donner l’impression d’un effondrement intérieur.

Pourtant, je ne dois pas culpabiliser : j’ai le droit de douter, d’examiner ma foi. Cette remise en question participe à mon cheminement intérieur et à la maturation de ma foi.

Je me souviens d’une expérience vécue dans mon enfance, au Congo, qui illustre bien ce principe : après une pluie torrentielle, la clôture récemment construite autour de notre maison s’écroula, révélant ainsi des fondations fragiles. Il fallut rebâtir sur une base plus solide, et l’ouvrage résiste encore aux intempéries jusqu’aujourd’hui. De manière analogue, le doute peut faire partie de ce processus de déconstruction qui dévoile certaines fragilités de ma foi et m’offre l’occasion de la reconstruire sur des bases plus profondes et solides.

Dans la tradition chrétienne, la prière constitue l’espace où les doutes et ces remises en question peuvent être déposés sans crainte devant Dieu : Dieu ne condamne pas, il les accueille. Initiateur de la foi, il en accompagne aussi la croissance.

Dorcas Moury, pasteure de l’Église protestante baptiste Le Pain de Vie à Épinay- sur-Seine (93)

Rien n’est perdu

Peut-on perdre la foi en Dieu ? La foi dite objective, inspirée par les doctrines, ou la foi dite subjective, portée par une relation personnelle de confiance avec Dieu ? Les deux sont liées. Lors de visites auprès de personnes détenues hospitalisées, je constate que certaines, arrivées au seuil de la mort, abandonnées, démunies, s’adressent à Dieu très simplement et renouent une relation avec lui. Sans même parler d’espérance, elles y trouvent un apaisement certain. D’autres restent en colère contre la religion, contre l’Église et ne croient pas qu’un Dieu existe : pour preuves le mal, les guerres dans le monde…

Beaucoup de saints ont évoqué leurs doutes et les déserts qu'ils ont traversés : Jean de la Croix a vécu "la nuit obscure", mère Teresa "la nuit profonde", Charles Spurgeon doutait de ceux qui ne doutent jamais, Martin Luther a connu de longues périodes d’abattement… Les croyants, lors de grandes épreuves comme la maladie, la souffrance, le deuil, peuvent s’éloigner de Dieu et donc de la foi. Quand la question de l'absurdité de la vie se pose, elle peut détourner de Dieu.

La foi, don de Dieu, se reçoit comme la graine du semeur. On peut la refuser, la négliger et la perdre, ne pas l’entretenir et la laisser végéter, ou la développer en la mettant en pratique. Rien n’est perdu.

Silvie Hege, accompagnatrice spirituelle à l’Armée du Salut

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