Chantage, violences physiques, abus financiers et psychologiques... Un rapport publié le 14 janvier détaille un système d'"emprise" frôlant la dérive sectaire qui a régné pendant quarante ans au sein des Bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre (BSCM).
Une commission, mandatée en 2024 par la congrégation, décrit sur 142 pages le système mis en place par l'ancienne supérieure, mère Marie Agnès, à l'"autorité excessive et inappropriée" avec "une dérive manifeste dans tous les domaines".
Les soeurs de cette congrégation catholique avaient déjà reconnu en 2023 qu'un "système d'emprise, aux conséquences graves et durables" avait existé pendant plusieurs décennies.
Au total, après avoir rencontré les 86 sœurs actuellement membres des BSCM et 28 ayant quitté la communauté, la commission fait état de 1.489 faits sur la période "de 1969 à 2012", allant de l'abus d'autorité au culte de la personnalité en passant par le pouvoir financier et la maltraitance physique ou psychologique.
Recrutées très jeunes, coupées de leur famille, les soeurs devaient ainsi accepter que leurs parloirs soient écoutés et leur courrier lu. "L'espionnage, l'incitation à la délation et le chantage sont présents dans tous les prieurés et sanctuaires", ajoute le rapport qui parle de "contexte clairement marqué par une dérive sectaire".
Le rapport détaille une "suractivité" imposée aux soeurs pour "empêcher toute prise de recul", et même une "soumission médicamenteuse pour les plus récalcitrantes".
La mère supérieure, décédée en 2016, aidée de deux acolytes, repérait les zones de vulnérabilité des soeurs qu'elle soumettait à surveillance, harcèlement et manipulation : la commission présidée par l'ancien haut fonctionnaire Hervé Giaume évoque "une structure de type pervers narcissique". S'il n'y a pas ici de violences sexuelles, la maltraitance passe notamment par la nourriture avec des "repas forcés et déséquilibrés" et des "gavages allant jusqu'aux vomissements".
Sur le plan financier la congrégation "prenait en main les biens des sœurs dès le postulat", avec parfois des "comptes bancaires et livrets vidés, héritages captés" par le trio dirigeant, au "train de vie fastueux" (vacances sur la Côte d'Azur, investissements immobiliers autour de Vernon...)
La commission, qui émet 58 préconisations, appelle à plusieurs mesures de réparation (indemnisations et remboursements), ainsi qu'à une reconnaissance officielle par l'Eglise, alors que le diocèse de Paris "n’a pas exercé pleinement son rôle de vigilance".
Elle souligne qu'avec des "changements importants" engagés depuis 2014, la congrégation "a retrouvé aujourd’hui un fonctionnement normal mais encore fragile".
La Rédaction (avec AFP)