À l’occasion de son Assemblée générale, la Fédération protestante de France a présenté, le 30 janvier, un document important sur la transidentité, fruit d’un travail collectif essentiel sur un sujet difficile.
Lors de son Assemblée générale du 30 janvier, la Fédération Protestante de France (FPF) a présenté un dossier consacré à la transidentité dans les Églises, élaboré par sa Commission Éthique et société.
Décrit comme un "outil de réflexion et de discernement", ce document ne vise pas à établir une doctrine, mais à accompagner les différentes Églises et ministères dans la compréhension des enjeux liés à cette thématique complexe et sensible.
Ce document de 80 pages, a été élaboré sur deux ans et demi. Durant cette période, les membres de la Commission ont recueilli divers points de vue, consulté une trentaine d’ouvrages, et rencontré des pasteurs, des personnes trans, ainsi que des professionnels, parmi lesquels une psychologue et un représentant d’une association dédiée à l'accueil de ce type de public.
"Ce document fait date dans l’histoire du protestantisme français", écrit le président de la FPF Christian Krieger dans le préambule, exprimant son espoir que ce texte contribue à une "meilleure compréhension d’une réalité encore trop souvent méconnue".
La vitalité du protestantisme fédératif
Au cœur de ces réflexions se pose une question essentielle pour les Églises :
"Quel regard porte le protestantisme sur la transidentité ?"
La Fédération Protestante de France rassemble des Églises, des unions d’Églises et des œuvres aux traditions, sensibilités théologiques et approches éthiques différentes. Parce que le protestantisme est pluriel par nature, il est difficile d’obtenir un consensus rapide. Pour le président, ce document démontre qu’une collaboration est possible et témoigne "de la vitalité du protestantisme fédératif et de sa capacité à persévérer dans la recherche d’une parole commune".
Cette diversité se reflète dans divers aspects du rapport, notamment sur la question des interventions hormonales ou chirurgicales pour les personnes qui aimeraient changer de sexe. Certains protestants considèrent ces démarches comme "une forme de violence" et estiment que le respect du corps "inclut la préservation de son intégrité". Pour d’autres, la transition médicale n’est pas prohibée et peut "réduire l’écart entre le corps reçu et la perception que l’on en a".
La Comission de la FPF appelle cependant à la prudence : il est essentiel que la personne concernée mesure toutes les conséquences de ces interventions et soit informée des autres options possibles.
Le croyant, n’est pas qu’un corps
Le document prend également le temps de donner la parole à des personnes trans, qui peuvent alors décrire le malaise profond ressenti avant toute transition. La Comission y définit la transidentité comme le fait d’avoir une identité de genre différente du sexe assigné à la naissance.
La cinquième et dernière partie du document est consacrée quant à elle aux réfléxions théologiques et éthiques. Comme le rappelle la Commission :
"Jésus n’a jamais rien dit concernant les personnes trans."
Mais là encore, les positions des protestants varient. Certains s’appuient sur des versets bibliques pour refuser la transidentité, tandis que d’autres, y compris au sein du mouvement LGBTQIA+ et queer, utilisent également les Écritures pour soutenir leurs convictions.
Face à ces questions, la Commission insiste sur la reconnaissance de la souffrance des personnes concernées et le respect de leur dignité. Aucune personne "ne doit être jugée, condamnée ou rejetée pour ce qu’elle est et ressent être".
"Le croyant est un corps mais il n’est pas qu’un corps, de même qu’il a un genre, mais qu’il est plus qu’un genre ! L’être humain devant Dieu ne saurait se réduire ou être réduit à quoi que ce soit. Ni à son corps, ni à son genre, ni à son statut social, ni à son travail, ni à sa couleur de peau, ni à sa sexualité, ni à rien d’autre."
"Ensemble, nous souhaitons rappeler que les Églises, les communautés, les œuvres et les mouvements de la Fédération protestante de France sont des lieux d’écoute et de soutien fraternel inconditionnels pour les personnes concernées mais aussi pour leurs proches", conclu la Commission.
La reconnaissance de la souffrance et l’acceuil dans l’Eglise fait parti des priorités de la Fédération. Elle affirme que "toute personne devrait pouvoir bénéficier d’un accueil inconditionnel de l’Église, qu’elle soit transgenre, cisgenre, non binaire, homosexuelle ou hétérosexuelle".
Les questions liées à l’engagement, aux ministères et à l’accès aux sacrements restent du ressort de chaque Église, qui est encouragée à clarifier sa position sur ces sujets.
Mélanie Boukorras