Le Sommet international sur la liberté religieuse s'est tenu du 2 au 3 février dernier à Washington. Sur place, les représentants arméniens ont plaidé pour la préservation de l'identité chrétienne de leur nation menacée par l'Azerbaïdjan et ont alerté sur la repression du gouvernement contre l'Église apostolique.
Protéger les églises, établir la responsabilité de l’Azerbaïdjan, permettre un retour en Artsakh des réfugiés arménien, libérer les otages détenus à Baouko et les évêques et laïcs emprisonné à Erevan : voici les revendications avancées par le Comité national arménien d'Amérique lors du Sommet international sur la liberté religieuse, les 2 et 3 février dernier à Washington.
Ces demandes font suite à l’offensive éclair de l’armée azerbaïdjanaise après un blocus de neuf mois contre les séparatistes arméniens de l'Artsakh. L'enclave s'est alors vidée de sa population, contrainte de fuir en Arménie. Selon un rapport de l’organisation International Christian Concern (ICC), plus de 120 000 chrétiens figureraient parmi les déplacés.
"La première nation chrétienne"
Depuis cette offensive, plusieurs églises ont été vandalisées, certaines complétement détruites et d’autres transformées en mosquées par l’Azerbaïdjan.
Lors d’une table ronde co-organisée par l'Association du barreau arménien et le diocèse de l'Église apostolique arménienne de l'est des États-Unis, une jeune fille a partagé son témoignage :
"Nous avons tout perdu : nos maisons, nos églises, nos monuments culturels, notre patrimoine religieux, tout ce qui constituait le fondement de notre identité et de nos vies."
Un constat partagé par l'avocat arménien Aram Vardevanyan qui alerte sur l'urgence de préserver l’identité chrétienne du pays. "Je tiens à rappeler qu'en 301, l'Arménie a adopté le christianisme comme religion d'État, devenant ainsi la première nation chrétienne", a-t-il souligné, rappelant également le rôle central de l’Église apostolique arménienne dans la préservation de l’identité religieuse, culturelle et nationale à travers les siècles.
"Une menace existentielle"
Actuellement, quatre évêques sont emprisonnés par l’État arménien. Il s’agit de Mgr Mikael Ajapajyan, Mgr Arshak Khachatryan, Mgr Mkrtich Proshyan et enfin Mgr Bagrat Galstanyan. Depuis sa cellule de prison, ce dernier a adressé une lettre à l’organisation Christian Solidarity International, lue devant les participants du Sommet.
“Nous avons été esprionnés, arrêtés, interrogés, diffamés dans des campagnes médiatiques commanditées par l’Etat et emprisonnés sur la base de fausses accusations”, a-t-il écrit. L’évêque dénonce également des menaces et des mauvais traitements visant d’autres responsables religieux, dont le Catholicos Karékine II, qualifié par le Premier ministre Nikol Pachinian de "menace pour la sécurité nationale".
"Il fait face à une campagne anticonstitutionnelle orchestrées par l’Etat pour le forcer à quitter ses fonctions et le remplacer par un religieux politiquement docile."
Dans sa lettre, le religieux accuse l’Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie, de vouloir réduire l’Arménie au statut d'"état vassal”, en affaiblissant l'Eglise et en réduisant sa "capacité à s’exprimer" afin qu’elle ne puisse plus remplir son rôle historique d’unification nationale.
"La nation arménienne chrétienne est confrontée à une menace existentielle."
Alors que le vice-président américain JD Vance doit se rendre en Arménie et en Azerbaïdjan le 9 février, Bagrat Galstanyan appelle le Sommet à interpeller le responsable politique afin de rappeler aux dirigeants des deux pays que les États-Unis "n’accepteront pas la persécution continue de l’Église apostolique arménienne".
De son côté, Knox Thames, ancien conseiller spécial pour les minorités religieuses au département d'État américain, a exhorté Washington à faire usage de son influence auprès de l'Azerbaïdjan. "Si nous ne voulons pas que de tels incidents se reproduisent, il faut des conséquences", a-t-il évoqué.
Mélanie Boukorras