Ukraine : mort de Filaret, figure de l'Église orthodoxe indépendante

ukraine_mort_filaret_figure_eglise_orthodoxe_independante

L'ancien chef d'une Église orthodoxe ukrainienne, Filaret, qui avait été excommunié par le patriarcat de Moscou pour avoir autoproclamé une nouvelle Église indépendante de celle de Russie, est mort vendredi à l'âge de 97 ans, ont annoncé les autorités religieuses ukrainiennes.

"Le Primat et la Métropole de Kiev de l'Église orthodoxe d'Ukraine annoncent avec grande tristesse (...) que sa sainteté le patriarche Filaret de Kiev et de toute l'Ukraine repose en Dieu", a indiqué le service de presse de l'Eglise ukrainienne indépendante.

En 1997, Mgr Filaret, aussi orthographié Philarète, avait été excommunié par le Patriarcat de Moscou pour avoir autoproclamé un nouveau Patriarcat de Kiev en 1992 après la chute de l'URSS.

Fin 2018, ce patriarcat crée par Filaret avait fusionné avec une autre Église orthodoxe dissidente, donnant naissance à une Église orthodoxe ukrainienne indépendante et unifiée reconnue par le Patriarcat oecuménique de Constantinople, figure d'autorité dans le monde orthodoxe.

Cette décision avait provoqué l'ire du Patriarcat de Moscou qui avait rompu ses liens avec celui de Constantinople, l'accusant d'empiéter sur un territoire qui était sous sa tutelle depuis plus de 300 ans.

Pressenti au poste de primat de cette nouvelle Église ukrainienne, Filaret avait finalement accepté de ne pas présenter sa candidature et avait soutenu celle de son ancien secrétaire, le métropolite Iepifani, actuel chef de l'Église orthodoxe ukrainienne indépendante.

Filaret avait ensuite accusé Iepifani, en mai 2019, de l'avoir trompé et de chercher à l'évincer du pouvoir et avait voulu restaurer son Patriarcat. En novembre 2025, signe d'un certain apaisement, les deux hommes s'étaient rencontrés à Kiev et avaient prié ensemble pour "la victoire" face à "l'agression russe".

L'Ukraine a entrepris activement de s'émanciper, sur le plan religieux, de la Russie après l'invasion de la Crimée et le début de la guerre, en 2014, entre Kiev et des séparatistes soutenus par le Kremlin.

La tutelle spirituelle de Kiev avait été transférée en 1686 au Patriarcat de Moscou, qui, à la fin des années 2010, jouissait encore d'une influence considérable dans le pays qui compte des millions de croyants orthodoxes.

Il existe toujours en Ukraine une Église orthodoxe liée au Patriarcat de Moscou. Mais l'invasion russe à grande échelle lancée en 2022 avec le soutien ardent du Patriarcat de Moscou a encore fortement ébranlé sa popularité.

Kiev accuse cette Église et ses milliers de paroisses d'être des agents d'influence russe.

En 2024, les autorités ont adopté une loi la forçant à couper ses liens avec le patriarcat de Moscou, ce qu'elle affirme avoir fait. En 2024, 56% de la population ukrainienne se disaient des fidèles de l'Église indépendante et 6% de celle relevant du Patriarcat de Moscou, contre respectivement 34% et 15% en 2020, selon l'Institut international de sociologie de Kiev.

La Rédaction (avec AFP)

Crédit image : Shutterstock / Jose HERNANDEZ Camera 51 (Donbass, Ukraine, le 13 août 2025. Image d'illustration)

Dans la rubrique International >



Les nouvelles récentes >