Au Cameroun, les chrétiens sont pris entre deux fronts, comme « mis en cage »

« Aucun quartier n’est en sécurité et je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai rendu visite à mes amis. C’est comme si nous avions été mis en cage. »

La situation du Cameroun est tragique. La BBC parle de « descente dans la guerre civile ». Selon Mission Network News, « les enjeux sont élevés et les croyants sont à court de ressources, le Cameroun faisant la guerre sur deux fronts. » Deux fronts qui enferment les civils et les chrétiens camerounais : les opérations de Boko Haram au Nord et le conflit entre les séparatistes anglophones et les forces gouvernementales à l’ouest.

L’influence de Boko Haram

Un rapport de l’UNICEF révèle qu’en 2017, Boko Haram a forcé au moins 135 enfants à devenir des kamikazes au Cameroun et dans le Nord-Est du Nigéria. 5 fois plus que l’année précédente. Récemment, 57 écolières de Chibok détenues par Boko Haram, ont été aperçues dans des villages du nord du pays. Après avoir été enlevées, elles ont été mariées de force à des combattants de Boko Haram.

Boko Haram, qui signifie « l’éducation occidentale est interdite« , prône un État islamique. Le média Jeune Afrique s’interroge sur la guerre contre Boko Haram au Cameroun et dresse un bilan tragique. En 2018, 135 civils ont été tués, 238 000 camerounais ont été déplacés et 410 otages ont été libérés depuis 2017, dont 230 enfants.

Selon la Banque Mondiale, Boko Haram a volé aux éleveurs de la région de l’extrême nord du Cameroun près de 6 millions de dollars de bétail depuis 2013. Et selon les autorités camerounaises, ce chiffre serait largement sous-évalué, eu égard aux pertes consécutives « aux vols, rapts, tueries d’animaux, etc, aux maladies animales et à la baisse de la valeur commerciale des animaux ».

À l’ouest, un conflit qui plonge le pays dans le chaos

Dès son indépendance, le Cameroun doit gérer la problématique entre les zones francophones et les zones anglophones. Depuis 2017, un conflit entre les séparatistes anglophones et le gouvernement sème le chaos. Le déclencheur des violences n’est autre que la hausse de l’utilisation du français dans les tribunaux et les écoles du Cameroun anglophone. Le bilan actuel est lourd : des centaines de personnes tuées, 436 000 déplacés, et des civils contraints à prendre la fuite dans la brousse.

Peter Tah, journaliste, témoigne de ce qui se passe à Bamenda :

« Maintenant, le son des coups de feu est devenu familier, même pour les enfants de deux ans, de même que la vue de cadavres abandonnés dans les rues de Bamenda, la ville comptant le plus grand nombre d’anglophones au Cameroun. »

En plus des combattants séparatistes et des forces gouvernementales, des gangs criminels exploitent l’instabilité.

« On ne sait pas toujours qui est derrière les attaques, mais il y a beaucoup d’enlèvements d’écoliers, de politiciens et d’autres personnalités bien connues qui, dans la plupart des cas, sont relâchés après le paiement d’une rançon. »

Au début du mois, 76 élèves d’une école chrétienne ont été enlevés. Les enfants dont les parents travaillaient au gouvernement ont été arrêtés, séparés et interrogés. L’annonce de leur libération a été faite deux jours plus tard.

« Aucun quartier n’est en sécurité et je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai rendu visite à mes amis. C’est comme si nous avions été mis en cage. Parfois, nous sommes obligés de rester chez nous pendant des jours à cause des batailles dans les rues. »

Fin octobre, un missionnaire américain, Charles Wesco, a été victime d’un tir croisé au sein de ce conflit. Ilia Dadji, chef du bureau Afrique à World Watch Monitor, raconte :

« Nous avons entendu un certain nombre d’histoires de responsables d’église assassinés par Boko Haram. Attaqués et tués. […] Ce missionnaire américain est devenu [la] victime d’un problème… mais avant lui, d’autres responsables de l’église, des dirigeants, ont également été assassinés. »

Les villages sont pillés, attaqués. Dans une vidéo, la BBC dévoile les images satellites des villages détruits par ce conflit, dévastés par les combats et les flammes. Ilia Dadji explique que les chrétiens « ont dû courir pour leur propre vie, pour leur propre sécurité et pour celle de leurs enfants et de leurs familles ».

Mission Network News appelle à la prière, pour les responsables d’églises, afin qu’ils puissent gérer leur ministère en paix, pour les chrétiens camerounais qui doivent faire des choix difficiles, afin que Dieu leur accorde de la sagesse, et pour les autorités camerounaises.

La rédaction

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