Au Chili, des manifestants saccagent une église pour exprimer leur « rage »

« Ils étaient une centaine, peut-être deux cents, maximum. […] Ils ont défoncé la porte de l’église, ils ont tout sorti et tout brûlé dans la rue. »

Depuis 4 semaines, la colère gronde dans les rues chiliennes. Sur fond de crise sociale, la foule réclame la démission du président Pinera. Vendredi dernier, alors qu’ils s’étaient donné rendez-vous sur la place adjacente, la « rage » d’une centaine de manifestants s’est déferlée sur l’église la Parroquia de la Asuncion, à Santiago.

Ramon était avec deux autres fidèles dans les bureaux de la paroisse. Il raconte :

« Ils étaient une centaine, peut-être deux cents, maximum. Bien organisés, ils avaient même de quoi se nourrir. On était trois dans les bureaux de la paroisse, le temps qu’on comprenne d’où venaient les bruits qu’on entendait, ils étaient déjà à l’intérieur. Ils ont défoncé la porte de l’église, ils ont tout sorti et tout brûlé dans la rue. »

Pour le père Pedro Narbona, ce n’est autre que « l’expression d’une rage », face à laquelle il convient de faire un « examen de conscience ».

« Mais c’est l’expression d’une rage, de ceux qui ont été rendus invisibles par le gouvernement, qui n’ont plus aucune confiance en l’avenir. L’hédonisme, le culte de la méritocratie, de l’économie, nous ont menés là. C’est l’occasion de faire un examen de conscience. Il faut partager, c’est la base de la religion chrétienne : ‘J’ai eu faim et tu m’as donné à manger’. Les pauvres sont les enfants de Dieu, comme tout le monde, ils méritent le respect. »

Le mobilier a été entassé dans la rue en guise de barricade à laquelle les manifestants ont mis le feu. Les statues et autres tableaux ont été vandalisés. Mais ce sont les murs tagués qui révèlent la racine de la colère. « Église complice, pédophile », « porcs », « curés violeurs », peut-on désormais lire sur les murs de l’église. Sur les barrières de protection placées devant l’église, la « rage » continue de s’exprimer, « pédophiles dégénérés, nous n’oublierons jamais ».

Devant les bénévoles venus pour restaurer le bâtiment, Pedro Narbona rappelait que l’église n’est pas faite seulement de pierres.

« L’église est construite avec des pierres vivantes, que nous sommes tous. »

Au Chili de nombreuses enquêtent révèlent des cas de plus en plus nombreux d’agressions sexuelles présumées de mineurs et d’adultes depuis les années 60. En août 2018, il était question de 119 enquêtes en cours. Elles concerneraient 167 membres de l’église catholique, parmi lesquelles 7 évêques et 96 prêtres. En mars dernier, par une décision historique, la justice chilienne avait condamné l’Église à indemniser 3 victimes, agressées sexuellement par un même prêtre dans les années 80 et 90.

M.C.

Crédit Image : Antillanca / Shutterstock.com

 

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