Au Pakistan, chrétiens et musulmans s’associent pour protéger les femmes des conversions forcées

Le père James Channan, prêtre dominicain pakistanais, a récemment rencontré le clerc islamique Hafiz Tahir Mehmood Ashrafi pour évoquer la protection des minorités religieuses, notamment des femmes issues des minorités qui sont régulièrement victimes de conversions forcées dans ce pays à majorité musulmane. 

Le 13 octobre dernier, la Commission parlementaire sur les conversions forcées a rejeté un projet de loi anti-conversion qui visait à protéger les minorités religieuses, sous prétexte qu’il va à l’encontre de l’islam.

À la suite de cette décision, une manifestation pacifique a été organisée à Islamabad le 13 novembre par Rwadari Tehreek, un mouvement social qui promeut la tolérance religieuse au Pakistan. Lors de ce rassemblement, le président de du mouvement, Samson Salamat, a affirmé que l’échec de l’adoption de cette loi prouve « une fois de plus que les cris des communautés minoritaires sont ignorés ».

Au Pakistan, les jeunes filles appartenant aux minorités religieuses sont régulièrement enlevées, mariées et converties de force à l’islam.

Selon les rapports sur les droits des femmes repris par l’Agence Fides, dans la seule province pakistanaise du Pendjab, 6 754 femmes ont été enlevées au cours du premier semestre 2021. Ashiknaz Khokhar, chrétienne engagée dans la protection des droits de l’homme, dénonce une « culture de l’impunité ».

C’est dans ce contexte que le père James Channan, prêtre dominicain et directeur du  » Centre pour la Paix  » de Lahore a récemment rencontré le clerc islamique Hafiz Tahir Mehmood Ashrafi et d’autres religieux islamiques.

Grâce à cette rencontre, il espère que  » les choses s’amélioreront à l’avenir » et surtout que cela aura permis de sensibiliser « les responsables gouvernementaux et les clercs islamiques » sur « la question de la conversion et des mariages forcés ».

« Je les ai exhortés à jouer un rôle plus actif et plus efficace et à faire davantage pour la protection des minorités religieuses et notamment des femmes minoritaires », a ajouté le religieux.

Dans une déclaration transmise à l’Agence Fides, le prêtre dominicain a affirmé que « quelques résultats positifs ont commencé à arriver au cours de la nouvelle année sur la question très sensible des conversions et des mariages forcés ».

« Nous espérons que les plaintes seront prises au sérieux et qu’une loi sera promulguée pour interdire les conversions et les mariages forcés », a-t-il déclaré, affirmant poursuivre la « lutte contre cette violation flagrante des droits de l’homme et des droits de l’enfant ».

Le père James Channan a souligné les efforts faits par les clercs islamiques, « en particulier Hafiz Tahir Mehmood Ashrafi, président du Conseil des Ulémas du Pakistan et représentant spécial du Premier ministre Imran Khan pour le Moyen-Orient et l’harmonie interconfessionnelle ». Il rappelle qu’ils agissent pour protéger les « minorités religieuses » et particulièrement « les femmes converties de force à l’Islam et mariées de force à un homme musulman ».

Selon Hafiz Tahir Mehmood Ashrafi, « il n’existe aucun concept de conversion et de mariage forcés dans l’islam ; notre position est très claire à cet égard. Pour aborder les questions des conversions et des mariages forcés, nous avons formé une équipe ad hoc de 20 clercs islamiques ».

« Nous sommes là pour vous soutenir », a-t-il affirmé avant d’ajouter que l’islam est « une religion de paix » qui « enseigne à respecter toutes les religions ». « Utiliser la religion pour son bénéfice ou son gain personnel n’est pas correct », a-t-il conclu.

Camille Westphal Perrier

Crédit image : Shutterstock / Shahzad Riaz / Mosquée Badshahi, Lahore, Pakistan

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