Au Soudan, les chefs religieux réclament l’instauration de la charia et l’établissement d’un califat islamique

« Faites attention [de ne pas nuire] à la religion d’Allah. […] La charia est le plus noble des objectifs. […] Nous, qui prêchons pour la religion d’Allah, nous invoquons les musulmans de ce pays. Nous descendrons dans les rues et nous nous rassemblerons sur les places publiques afin de réfuter la vie du peuple [laïque] qui prétend représenter ce peuple et exprimer ses désirs. »

Au Soudan, près d’un mois après la destitution du président Omar Al-Bachir, et alors qu’un Conseil militaire de transition dirige le pays, des responsables religieux musulmans se sont levés pour réclamer l’instauration de la charia et l’établissement d’un califat.Le MEMRI vient de mettre en ligne la traduction de plusieurs de leurs discours.

C’est ainsi que l’on entend le cheikh Nasser Ridha s’exprimer au sujet du « devoir et de l’obligation » d’instaurer la charia. Ce dernier refuse l’établissement d’un gouvernement laïc. Propos qui s’accordent à ceux du cheikh Muhammad Mustafa Abdel Qader, qui s’insurge contre les « sales », les « laïcs », les « infidèles » et les « apostats ».

Le docteur Abd Hay Yousef est le doyen des études islamiques à l’université internationale d’Afrique. Il appelle à descendre dans la rue pour « réfuter le mensonge ». Pour lui, « tout système politique autre que l’islam est inacceptable ». Il s’adresse ainsi au Conseil militaire

« Faites attention [de ne pas nuire] à la religion d’Allah. […] La charia est le plus noble des objectifs. […] Nous, qui prêchons pour la religion d’Allah, nous invoquons les musulmans de ce pays. Nous descendrons dans les rues et nous nous rassemblerons sur les places publiques afin de réfuter la vie du peuple [laïque] qui prétend représenter ce peuple et exprimer ses désirs. »

C’est à l’issue d’un mouvement populaire que le président Omar Al-Bachir, accusé de crimes contre l’humanité, a été destitué le 11 avril dernier, après 30 années de pouvoir dictatorial. Des mois de manifestations populaires avaient été déclenchés par la décision de tripler le prix du pain dans un contexte d’appauvrissement généralisé. Mais depuis cette destitution, la foule reste dans la rue, car si le chef d’État est tombé, son régime est toujours présent, comme l’indique un communiqué de l’Alliance pour la Liberté et le Changement (ALC) :

« Le régime a mené un coup d’Etat militaire en présentant encore les mêmes visages (…) contre lesquels notre peuple s’est élevé. »

Dès le 11 avril, Roland Marchal, chargé de recherche au CNRS et spécialiste du Soudan, affirmait au Monde que cette issue ne saurait être satisfaisante pour le mouvement populaire :

« Les manifestants espéraient un appel aux forces vives de la nation pour intégrer un nouveau gouvernement de transition, à même d’enclencher un dialogue national. Au lieu de cela, ce sont des personnalités qui étaient au cœur du régime, et même très proches d’Omar Al-Bachir, qui arrivent sur le devant de la scène. »

C’est un gouvernement civil que les manifestants réclament. À Khartoum, l’esplanade du quartier général des forces armées est occupée jours et nuits depuis près d’un mois. Chaque jour, les bus amènent davantage de civils, venus de tout le pays. Ils attendent la chute « définitive » du régime. Mais à ce jour, aucun accord n’a été trouvé entre les militaires et la coalition civile. Le 25 avril et le 2 mai, se sont tenues des « marches du million« , pour faire pression sur les autorités militaires et accélérer le processus de transition démocratique.

L’ALC menace d’appeler à la « désobéissance civile ». Rashid Saheed Yacoub, un de leurs porte-paroles, s’exprimait ainsi :

« Les points soulevés par les militaires ne sont pas pertinents. La charia n’a rien à faire dans le document, par exemple, ce n’est pas une Constitution ! Tout cela ne présage pas d’une volonté sincère de leur part de passer la main. »

À Khartoum, les tambours de la jeunesse soudanaise n’en ont pas fini de marquer le tempo de la révolution soudanaise, entre l’espoir et la crainte.

M.C.

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