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Aude Mirkovic répond aux questions d’Info Chrétienne au sujet de la PMA pour toutes

“Le gouvernement n’a pu débloquer que 750 millions d’euros, et sur 3 ans encore, pour les services d’urgence : où va-t-on trouver les millions pour payer ces nouvelles PMA ? Quelle maladie va encore être déremboursée ?”

Aude Mirkovic est Maître de conférences en droit privé et porte-parole de l’association Juristes pour l’enfance. Auteur de La PMA : un enjeu de société paru aux éditions Artège en 2018 et du roman En Rouge et Noir (Scholae 2017), elle est engagée contre la PMA pour toutes.

Alors que la loi de bioéthique est en cours de révision à l’Assemblée Nationale, Aude Mirkovic nous propose son analyse en répondant aux questions d’Info Chrétienne.

Quel a été le déclic de votre engagement sur les questions de bioéthique en général, et plus particulièrement concernant la PMA pour toutes ?

Je ne pouvais pas rester les bras ballants à regarder notre société perdre le contact avec la réalité et sombrer dans l’illusion du désir roi : j’exige de me marier avec qui je veux, les moyens de faire un enfant comme je veux, être un homme ou une femme si je le veux etc. Ce n’est pas dans cette société que je veux vivre, ce n’est pas ce monde que je veux laisser à mes enfants. En tant que juriste, j’essaie de donner aux gens des clés pour réaliser l’impasse dans laquelle les lois délirantes nous entrainent, afin que notre monde retrouve la raison, et la joie.

Prendre publiquement position contre le PMA sans père est un engagement fort, vous ne craignez pas d’être cataloguée de rétrograde et de conservatrice ?

Au contraire, c’est la PMA sans père qui est rétrograde : on revient à la situation des enfants nés hors mariage au 19ème siècle qui n’avaient pas d’action en recherche de paternité. Ils dépendaient du bon vouloir des adultes, à l’époque le père, pour être reconnus. Aujourd’hui, ils dépendent à nouveau du bon vouloir des adultes, cette fois-ci la mère, pour avoir leur père.
Quant à être conservateur, tout dépend de ce qu’on entend conserver : faire évoluer ce qui peut être amélioré est compatible avec le fait de conserver ce qui mérite de l’être ! Certains préfèrent nous cataloguer comme rétrogrades parce qu’en réalité leurs projets sont indéfendables. Plutôt que de répondre à nos arguments, ils tentent de nous disqualifier, mais cela marche de moins en moins. Quant à nous, n’ayons pas peur !

Dites non à la PMA pour toutes en signant la pétition “Non à la PMA sans père”.
Découvrir, signer et partager la pétition en cliquant ici.

L’évolution de la PMA entre son adoption en 1994 et la proposition de révision actuelle dans le cadre des lois de bioéthique était-elle logique et prévisible ?

Oui, car le principe de la PMA, c’est la dissociation entre la procréation et l’union des personnes (la sexualité) : la procréation devient un processus technique, technologique. Cette dissociation interroge en termes de compatibilité avec la dignité humaine car on passe à la production de l’humain. En pratique, elle est à l’origine de toutes les difficultés car la technique offre des possibilités toujours plus larges qui nous fascinent et occultent les conséquences.
Pourtant, l’expérience de 30 années de PMA devrait nous mettre en garde : il y a aujourd’hui 220 000 embryons humains dans les congélateurs des hôpitaux français, à l’origine de drames existentiels pour de nombreux parents. Des jeunes issus des dons de sperme commencent à exprimer leur mal-être, etc. Pourtant, au lieu de ralentir, le projet de loi va vers toujours plus de PMA : PMA pour les femmes seules, PMA pour les couples de femmes mais aussi pour tous, les couples homme/femme fertiles qui sont les plus nombreux et la cible réelle du marché. Au passage, on ouvre le double don de gamètes, pour faire des enfants issus de donneurs dans les deux branches. Alors que les difficultés et souffrances liées au don de gamètes sont maintenant connues, la loi envisage de généraliser et multiplier le recours aux donneurs : c’est absurde, en plus d’être injuste.

Face à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, on peut craindre un déficit en gamètes et donc la nécessité de se tourner vers le commerce de gamètes. Cette contrainte peut-elle faire craindre un eugénisme chronique ?

En effet, les dons de gamètes sont insuffisants et ne suffisent pas actuellement à satisfaire les demandes des couples infertiles. Serait-ce que les Français ne sont pas généreux ? N’est-ce pas plutôt que le don de gamètes aboutit à la conception d’un enfant, et que l’engendrement d’un enfant s’accompagne d’une responsabilité à son égard ? Le désengagement du donneur est contre nature vis-à-vis de l’enfant et c’est pourquoi les dons de sperme ne décolleront pas. Il va donc falloir rémunérer les fournisseurs de sperme, pour les motiver : si on n’achète pas en France, ce sera à l’étranger, au Danemark par exemple où les vendeurs sont proposés sur catalogue avec des prix variables pour une dose de sperme, en fonction des études, du physique, du QI etc. La PMA est intrinsèquement liée à l’eugénisme car elle conduit à choisir : choisir un donneur (vendeur), choisir des embryons, et choisir c’est sélectionner.

De nombreux médecins se lèvent contre la PMA pour toutes au nom du rôle de la médecine. En quoi peut-on dire que la PMA ne s’accorde pas au serment d’Hippocrate ?

La PMA pour des personnes fertiles, c’est non seulement une transformation de la médecine mais ce n’est même plus de la médecine du tout : inséminer une femme fertile avec le sperme d’un donneur fertile, cela ne requiert pas de compétence médicale, nous sommes tous capable de le faire. La blouse blanche ne change pas la réalité que la PMA est un business, aux frais de l’assurance maladie alors que ces personnes ne souffrent pas d’infertilité.

Justement, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, annonçait qu’elle souhaitait voir inscrit dans la loi le remboursement de la PMA pour toutes les femmes. Dès lors qu’il ne relève pas d’une pathologie, cet acte de convenance relève-t-il de la Sécurité Sociale ?

Même dans les cas d’infertilité médicale, le remboursement actuel de la PMA à 100% par l’assurance maladie est déjà une injustice à l’égard des malades, qui subissent déjà le recul généralisé de la prise en charge pour de nombreux soins. Mais la prise en charge des PMA pour des personnes qui ne souffrent pas d’infertilité serait proprement scandaleuse, entrainant le déremboursement d’autres catégories de soins et suscitant de nouvelles inégalités. Le gouvernement n’a pu débloquer que 750 millions d’euros, et sur 3 ans encore, pour les services d’urgence : où va-t-on trouver les millions pour payer ces nouvelles PMA ? Quelle maladie va encore être déremboursée ?

Nicole Belloubet, ministre de la Justice, a précisé l’énoncé de la transcription de la filiation sur les actes de naissance. La mention “mère” et “mère” inscrite sur l’acte de naissance des enfants est-elle anodine ?

La filiation qu’est-ce que c’est ? C’est le lien qui relie chacun à ses père et mère, ceux dont il est “né”. C’est pourquoi la filiation figure sur l’acte de “naissance”. Certes, la filiation n’est pas seulement un donné biologique et cette naissance peut aussi être symbolique : c’est le cas de l’enfant adopté ou reconnu par un homme qui ne l’a pas engendré. Mais, comme deux femmes ne peuvent pas engendrer un enfant, elles ne peuvent dire à l’enfant de qui il est né, pas même symboliquement. On emploie le mot filiation comme si de rien n’était mais son sens change : la filiation ne désigne plus ceux dont l’enfant est né, elle désigne des responsables légaux pour l’enfant, comme elle désignerait un tuteur.
Le projet de loi veut fonder la maternité de deux femmes sur leur intention d’être mères : c’est l’intention, le projet qui fait le parent, et la biologie n’aurait plus rien à voir. Mais on ne touche pas sans conséquence à la filiation et cela impacte tout le monde : par exemple, lorsqu’un homme ne voudra pas assumer sa paternité, que faire ? Puisqu’il n’a pas l’intention d’être père, puisque ce n’est pas son projet, finie l’action en recherche de paternité, finie la pension alimentaire : la mère et l’enfant n’ont qu’à se débrouiller seuls puisque le géniteur n’a pas de projet parental. Fonder la parenté sur la seule intention, sans tenir compte des liens charnels, c’est soumettre l’enfant à la dictature des désirs des adultes.

La problématique du père absent au moment où l’enfant grandit et construit son identité fait débat. La levée de l’anonymat du donneur prévue dans le projet de loi suffirait-elle pour répondre à ce dilemme ?

La levée de l’anonymat est un progrès car, enfin, on prend en considération l’enfant, ses besoins et ses droits. Pour autant, comment croire que le nom et le prénom du géniteur, à la majorité du jeune, puisse compenser une enfance, une adolescence et toute une vie sans lignée paternelle ? En outre, le jeune, que fera-t-il de l’identité du donneur : voudra-t-il le rencontrer, le connaître, lui demander de payer ses études, connaitre ses frères et sœurs si le donneur a des enfants ? Les fournisseurs de sperme sont-ils prêts à voir débarquer chez eux une dizaine de gamins qui leur ressemblent, et se ressemblent entre eux ? De telles rencontres ne peuvent être sans impact sur la vie familiale des intéressés. Lever l’anonymat n’est pas la solution miracle car c’est le don de sperme qui est contraire aux droits de l’enfant, anonyme ou pas : faire un enfant d’un donneur, c’est l’amputer délibérément d’une partie de sa généalogie, cela ne peut pas être considéré comme anodin.

Nous remercions Aude Mirkovic d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

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M.C.

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