Castro, dictateur athéiste, en quête spirituelle sur le tard, est décédé

Le Lider maximo est décédé vendredi, laissant derrière lui l’image d’un homme vénéré ou haï. L’ancien dictateur cubain avait régné d’une main de fer pendant 47 ans sur son peuple, jusqu’en 2006 où il s’était mis en retrait tout en restant encore officiellement pendant deux années le chef de l’État. Celui qui fut le grand ennemi des États-Unis dans la région des Amériques, avant de céder la main au dirigeant vénézuélien Hugo Chavez, vit passer dix présidents à Washington lorsqu’il commandait le pays, et n’a fermé les yeux qu’après un début de normalisation diplomatique avec la Maison-Blanche. Et après avoir entamé une recherche spirituelle, lui qui fut hostile à la liberté religieuse et avait instauré l’athéisme en religion d’État.

Enfant adultérin, comme son frère Raul qui dirige Cuba depuis dix ans, Fidel Castro était né d’un immigré espagnol, analphabète et cependant économiquement prospère, et de la cuisinière de ce dernier. Il ne fut reconnu que dans sa dix-septième année lorsque son père épousa sa mère après qu’il eut divorcé. Envoyé chez les jésuites pour ses études, Fidel fut rapidement détectée comme étant d’une intelligence exceptionnelle, et ses biographes disent que, s’il ne s’était occupé de politique, il aurait pu devenir un brillant écrivain, un excellent acteur ou un grand athlète. Mais Castro, peut-être bien pétri par un sentiment d’injustice né de sa première situation filiale, avait fait son choix ; et, avant d’avoir fini ses études de droit, il prenait déjà part à la tentative de renversement du dictateur dominicain Rafael Trujillo. Son diplôme de droit en poche, il dénonça le coup d’État du général Fulgencio Batista, et, agita en plus de son sésame universitaire, les armes en attaquant une caserne en 1953. Le jeune homme préféra assurer sa défense pour transformer son procès en tribune politique annonçant les réformes nécessaires une fois le pouvoir repris à Batista. Amnistié deux ans plus tard, il gagne le Mexique pour préparer la révolution avant de revenir un an et demi plus tard à bord du Granma, un bateau acheté pour transporter les 82 hommes qui allaient constituer les premiers guérilleros contre le pouvoir, et qui donna son nom à l’organe de presse du Parti. Le récit mythologique révolutionnaire dit qu’il organisa ses troupes de paysans et d’étudiants sur les hauteurs de la Sierra Maestra. Treize mois après son retour, à un jour près, le dictateur Batista fuit le pays, et Castro entre en vainqueur à La Havane le 8 janvier. Commencent alors cinq décennies de pouvoir absolu, dont la liberté religieuse fera les frais au même titre que les autres libertés, politiques et économiques, et les droits de l’homme en général avec 30 000 exécutions d’opposants, sans compter les morts sous la torture en prison.

De la lutte pour la liberté à la répression des libertés

La domination de Castro sur Cuba, encouragé à davantage de brutalité par le marxiste argentin Che Guevara à ses débuts, sera alors marquée par le conflit avec Washington qui soutient le dictateur déchu Batista et tente de renverser le nouveau pouvoir. C’est l’échec du débarquement de la baie des cochons où les exilés, soutenus par les Américains, sont mis en déroute en 1961, notamment en raison de l’inconstance du Président Kennedy dans l’opération. Et l’année suivante, c’est la crise des missiles quand ce petit pays devient le centre d’attention du monde qui se pense au bord du désastre nucléaire lorsque Kennedy, qui y découvre la présence de missiles à capacité nucléaire soviétiques, capables de frapper de grandes villes américaines, bluffe en menaçant Moscou d’une guerre totale. Pendant ce temps, les libertés deviennent caduques, les exécutions d’opposants continuent, les églises et d’autres biens, notamment américains, sont nationalisés et l’athéisme est officieusement érigé en principe constitutionnel. Les communautés chrétiennes sont considérées comme alliées de Washington qui vient d’instaurer un embargo contre le pays suite à la confiscation des entreprises américaines. Devant cette persécution et l’athéisme affiché, le Pape Jean XXIII excommunie el comandante en 1962. L’article 10 de la Loi fondamentale adoptée en 1959 reconnaissait officiellement la liberté religieuse, les faits différaient de la norme.

En 1976, la Constitution est modifiée, et son article 54 admet la liberté religieuse, garantie par « l’État socialiste, qui fonde son activité et éduque le peuple dans la conception scientifique matérialiste de l’univers », tout en la conditionnant par la soumission à la Révolution et à la patrie : « Opposer la foi religieuse à la Révolution, à l’éducation ou à l’exécution de ses devoirs de travailler, défendre la patrie par les armes, respecter ses symboles et aux autres devoirs établis par la Constitution est illégal et punissable. » En 1991, les croyants sont autorisés à adhérer au Parti communiste ; six ans auparavant, Castro avait reconnu sa responsabilité dans l’interdiction d’adhérer au Parti sans être athée, mais avait expliqué cela par une incompatibilité entre la foi et la nécessité de faire totalement siens les principes marxistes-léninistes. En 1998, le Pape Jean Paul II visite le pays, quatorze mois après le détour de Castro par le Vatican pour obtenir son soutien contre l’embargo, puis Benoît XVI se rend sur l’île en 2012, et François deux fois en cinq mois l’an dernier et en février dernier ; la seconde pour rencontrer le Patriarche de l’Église orthodoxe russe, Cyril, qui visite alors l’Amérique latine, tout un symbole. Le régime utilise ces visites pour marquer des points en diplomatie, mais, ce faisant, il doit de plus en plus considérer la nécessaire liberté de croyance et de culte.

La répression religieuse continue, mais minorée. Fidel Castro se retire du pouvoir en 2006, officiellement en 2008. A l’occasion de la visite de Benoît XVI, la fille naturelle du Lider maximo, Alina, américano-cubaine et opposante en exil à son père, déclarait : « Ces derniers temps, Fidel Castro s’est rapproché de la religion, il a redécouvert Jésus au seuil de la mort. Cela ne me surprend pas, parce que papa a été élevé chez les jésuites. » Castro est passé en ayant vu le dégel diplomatique, mais la liberté religieuse n’est toujours pas pleinement rendue au peuple.

Hans-Søren Dag

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