Cet été, à quelles plantes faire attention pour éviter les intoxications ?

On l’oublie souvent, mais toutes les parties de plantes peuvent être toxiques : feuilles, bulbes, fruits ou baies, graines, fleurs, racines, tiges, sève ou latex… Si bien que, tout au long de l’année, les Centres antipoison reçoivent jusqu’à 10 000 appels du fait d’exposition à des plantes ornementales ou sauvages.

Il s’agit dans trois quarts des cas de jeunes enfants ou de personnes ayant de troubles cognitifs, qui ont attrapé des feuilles, fleurs ou baies et les ont portées à la bouche par méconnaissance du risque ou goût de l’exploration.

Dans 10 % d’autres cas, des adultes ont consommé des plantes cueillies ou ramassées dans la nature ou leur potager ; ils peuvent avoir partagé leur repas avec de jeunes enfants.

Les appels restants concernent des expositions le plus souvent par contact oculaire ou cutané à la sève ou au latex de feuilles ou de la tige, pendant des le jardinage, l’entretien des plantes d’intérieur ou lors d’autres circonstances accidentelles.

Un tiers des personnes exposées à des plantes rapportent des symptômes (voir la figure ci-dessous). 20 % des jeunes enfants (de moins de 6 ans) qui ont porté à la bouche une partie de la plante présentent des symptômes. Souvent le goût désagréable ou piquant de la plante en limite l’ingestion, comme la vigilance des adultes. Les adultes, eux, sont symptomatiques dans un cas sur deux que ce soit après consommation ou autre.

Depuis 2012, le nombre d’appels (pour exposition avec ou sans symptômes) est passé de 7000 à près de 10 000
Nombre d’appels par an associé à des expositions par des plantes, enregistré par les Centres antipoison entre 2012 et 2021.
SICAP, Author provided

Des expositions plus fréquentes l’été

Les risques liés aux expositions aux plantes dépendent du cycle de développement et germination de chaque végétal. Si les confusions les plus fréquentes concernent les bulbes toxiques (narcisse, jonquille, iris, glaïeul, tulipe, jacinthe, amaryllis, crocus…) et comestibles (oignon, ail, échalote…), qui surviennent toute l’année, la période estivale est particulièrement propice aux confusions de baies, petits fruits et feuilles ou racines.

Ainsi, la moitié des appels aux Centres antipoison pour ce type de raison sont enregistrés l’été, entre juin et septembre (voir la figure ci-dessous) – un tiers des confusions enregistrées se font à cette saison, et le mois d’août est le plus chargé (avec 15 % des appels annuels pour des expositions à des plantes).

Sur une année, c’est pendant les mois d’été que les appels sont les plus fréquents
Nombre d’appels cumulés par mois associés à des expositions par des plantes, enregistré par les Centres antipoison entre 2012 et 2021.
SICAP, Author provided

Dans une étude sur les confusions de plantes toxiques et comestibles enregistrées par les Centres antipoison entre 2012 et 2018, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et les Centres antipoison avaient établi les confusions les plus fréquentes et/ou les plus graves en fonction des saisons.

À la suite, l’Anses avait diffusé un aide-mémoire sur les risques de confusions alimentaires de plantes toxiques et comestibles en fonction des saisons.

Ces travaux permettent de pointer les plantes auxquelles nous devons faire particulièrement attention cet été.

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Attention aux ingestions de baies toxiques !

Les baies sont de petits fruits charnus (contenant une ou plusieurs graines, les pépins) qui arrivent à maturité l’été, ce qui les rend attractives. Souvent à la portée des enfants qui explorent leur environnement, elles sont aussi cueillies pour être consommées, préparées en confiture, en gelée ou en sirop.

En général de couleur rouge ou noire lorsqu’elles arrivent à maturité, les baies toxiques et comestibles peuvent se ressembler. Les fruits non mûrs, non comestibles, sont de couleur verte. Les baies noires peuvent être vertes puis rouges avant d’arriver à maturité, ce qui peut favoriser les erreurs.

Selon les substances qu’elles renferment, les baies toxiques peuvent provoquer (le plus souvent) des troubles digestifs, mais aussi des troubles cardiaques, respiratoires et neurologiques. Les effets peuvent être graves dès l’ingestion de quelques baies. Voici celles dont ils se faut se méfier en priorité.

  • La belladone (Atropa belladona)

Il faut être particulièrement vigilant face aux baies de ces plantes de la famille des Solanacées comme la belladone, qui pousse facilement dans les clairières ou sur des décombres.

Ses baies, noires et luisantes, ressemblent à des petites cerises et présentent une saveur douce et sucrée trompeuse car loin d’être inoffensives. Elles contiennent en effet des alcaloïdes tropaniques (atropine, hyoscyamine, scopolamine), véritable paralysants du système nerveux, qui provoque entre autres une dilatation de la pupille, une accélération du rythme cardiaque, des maux de tête, des bourdonnements d’oreilles, des hallucinations…

Si toutes les parties de la plante sont toxiques, l’ingestion de quelques baies suffit à provoquer des troubles de la conscience, voire des convulsions et un coma pouvant conduire au décès.

  • Les morelles

D’autres baies toxiques, renfermant des alcaloïdes, peuvent porter à confusion avec des baies comestibles comme la morelle noire (Solanum nigrum), modérément toxique, ou la morelle douce-amère (Solanum dulcamara), à baies rouges, parfois surnommée  « tue chien ». Toutes sont toxiques chez les humains comme chez les animaux domestiques.

  • Les chèvrefeuilles

La famille des caprifoliacées comprend des membres inoffensifs, comme le Chèvrefeuille bleu (Lonicera caerulea kamtschatica), et d’autres dangereux, dont le chèvrefeuille à baies noires (L. nigra).

Les baies noires de L. nigra sont soudées par deux. Elles contiennent des saponosides (ou saponines), également présentes dans les autres parties de la plante, qui ont des propriétés irritantes pour les muqueuses.

Leur consommation peut être responsable de troubles digestifs sévères : vomissements, douleurs abdominales mais aussi diarrhées sanglantes, etc.

Ses baies peuvent éventuellement aussi être confondues avec des myrtilles sauvages (Vaccinium myrtillus), qui partagent le même environnement mais dont les baies sont bleuâtres et isolées.

Son « cousin » , le Chèvrefeuille bleu, ou Baie de mai ou Camérisier bleu, est, lui, arbustif et produit dès le printemps des baies comestibles au goût acidulé caractéristique, allongées et bleutées, couvertes de pruine (couche cireuse et légèrement poudreuse qui recouvre la surface comme chez les myrtilles).

  • Les sureaux (Sambucus sp.)

Certains sureaux, arbustes et plantes herbacées de la famille des caprifoliacées, peuvent également être toxiques ou comestibles. Leurs baies apparaissent, encore vertes, à partir de fin juin et parviennent à maturité entre août et septembre. Les fruits mûrs sont laxatifs consommés crus.

Contrairement aux baies de sureau noir (Sambucus nigra), comestibles et cuites en confiture ou gelée, les baies de sureau hièble ou yèble (Sambucus ebulus) sont toxiques et peuvent être responsables de troubles digestifs sévères (douleurs abdominales, diarrhées vomissements…).

Comment les distinguer ? S’ils ont les mêmes fruits noirs, les dangereux fruits du sureau hièble sont dressés vers le haut, tandis que ceux du sureau noir sont pendants. De plus, contrairement au sureau noir, le sureau hièble est une plante herbacée et ne fait donc pas de bois.

Les autres risques d’intoxications estivales graves

  • Par les feuilles

L’été, certaines plantes, notamment de montagne, fleurissent tardivement (entre juin et septembre), et des plantes comestibles et toxiques peuvent être confondues lors de la recherche de leurs feuilles – consommées en salade, tisane ou décoction. La confusion s’explique par leur morphologie voisine avant la floraison et le partage du même habitat.

La digitale pourpre (Digitalis purpurea), toxique voire mortelle, peut ainsi être confondue avec de la consoude officinale (Symphytum officinalis), qui est un comestible occasionnel (une consommation quotidienne prolongée peut être toxique pour le foie). Toutes les parties de la digitale sont toxiques. En cas d’ingestion, des nausées, des vomissements, une diarrhée, une somnolence ou une agitation, des maux de tête, des troubles visuels peuvent être observés. Dans les cas les plus graves, un ralentissement du rythme cardiaque, allant jusqu’à l’arrêt cardiaque, peut survenir.

Attention, des confusions entre feuilles de laurier toxiques et comestibles, consommées en décoction, préparation culinaire ou infusion, sont décrites tout au long de l’année. Si le laurier sauce (Laurus nobilis) est comestible, le laurier rose (Nerium oleander) est, lui, hautement toxique. Dans une moindre mesure, les feuilles de laurier cerise (Prunus laurocerasus) sont également toxiques.

  • Par les racines

La gentiane jaune (Gentiana lutea) est recherchée l’été pour ses racines afin de préparer des apéritifs, vins ou liqueurs. Cette plante, comestible, peut être confondue avec le vératre blanc (Veratrum album), hautement toxique du fait des alcaloïdes contenus essentiellement dans ses racines.

Le cas des plantes phytophototoxiques

Enfin, il est à noter qu’au cours des activités de loisirs des beaux jours (pique-nique, jardinage, promenade en forêt ou dans les parcs…), un risque particulier concerne l’exposition aux plantes dites « photosensibilisantes » : celles-ci renferment des substances (furocoumarines) qui deviennent toxiques sous l’effet des rayons ultraviolets.

C’est le cas par exemple de plantes aromatiques comme le persil (Petroselinium crispum), du fenouil commun (Foeniculum officinale), de l’aneth (Anethum graveolens), de l’angélique (Angelica archangelica) mais aussi d’arbres fruitiers comme le figuier (Ficus carica) ou le citronnier (Citrus limon) et d’autres agrumes.

Une brûlure cutanée, parfois intense avec une rougeur, une douleur, voire des cloques, peut être observée sur les zones découvertes (mains, avant-bras…) sous l’effet du soleil, plusieurs heures après avoir été en contact avec la plante.

Les bons gestes pour prévenir les intoxications

Pour éviter les risques d’intoxication, notamment l’été, l’Anses et les Centres antipoison préconisent de :

  • Tenir les enfants éloignés des plantes à risques et sensibiliser les plus petits aux dangers liés à la cueillette ;
  • Ne pas consommer la plante ramassée en cas de doute sur son identification, y compris celles cueillies dans le verger ou le potager ;
  • Être vigilant quant à la période de récolte (floraison, fructification…), en regard du cycle de vie de la plante ;
  • Photographier sa cueillette pour en faciliter l’identification en cas d’intoxication ;
  • Cesser immédiatement de manger si la plante a un goût inhabituel ou désagréable ;
  • Ne pas cueillir par brassées (feuilles essentiellement), pour éviter de mélanger espèces toxiques et comestibles ;
  • Bien laver et trier les plantes avant leur consommation ;
  • Éviter le contact cutané direct avec les plantes photosensibilisantes : si nécessaire porter gants et vêtements longs et couvrants permettant de protéger la peau du soleil.

Enfin, si les applications de reconnaissance en ligne de plantes (type PlantNet) peuvent être utilisées pour donner des premières informations, elles ne doivent pas être l’unique moyen d’identification. Le risque d’erreur de ces applications n’est pas connu. En cas de doute, n’hésitez pas à faire appel à un pharmacien ou à un botaniste d’une association locale.

En cas d’intoxication :

  • En cas de troubles sévères ou de signes de détresse vitale (difficultés pour respirer, perte de conscience…), appeler sans délai le 15 ou le 112 ou le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes ;
  • Si un enfant a mis des feuilles ou des baies à la bouche, lui rincer l’intérieur de la bouche avec un linge humide, lui laver les mains, et appeler un centre antipoison ou consulter un médecin en cas de symptôme ou au moindre doute sur l’identification de la plante ;
  • Ne pas attendre que des symptômes surviennent pour prendre l’avis d’un Centre antipoison en cas d’ingestion d’une plante toxique ;
  • Ces plantes sont également toxiques pour les animaux. En cas d’ingestion, contacter sans délai un centre antipoison vétérinaire.

L’autrice remercie Gaël Le Roux, pharmacien toxicologue clinicien au Centre antipoison et Toxicovigilance Grand Ouest au CHU d’Angers, pour sa relecture avisée de l’article.

Sandra Sinno-Tellier, Médecin de santé publique, spécialisée en épidémiologie et en toxicologie, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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