Chrétienne, elle était accro à la pornographie

La pornographie ne concerne pas uniquement les hommes. Yaëlle Frei raconte son addiction, sa libération, et ses projets d’avenir.

On pense souvent que les femmes ne peuvent pas être accros à la pornographie. Qu’en est-il ? Le sujet est souvent plus tabou chez les femmes que chez les hommes, mais un tiers des consommateurs de pornographie sur internet sont des femmes. Il n’est d’ailleurs pas rare que les femmes regardent du contenu plus violent que les hommes.

Par quoi les femmes sont-elles attirées dans la pornographie ? 

Cela commence souvent par une simple curiosité, car tout comme les hommes, les femmes ont des pulsions. L’excitation que procurent des images pornographiques les attirent et leur procurent du plaisir. Le problème, c’est que souvent ce plaisir sert uniquement de réconfort ou de palliatif dans les défis et les fragilités de la consommatrice (stress, dépression, fatigue, manque de confiance en soi, abus, etc.).

Est-il possible d’être libérée d’une addiction à la pornographie ? 

Bien sûr, mais c’est d’abord un choix. On doit être prête à avouer qu’on a un problème, se décider à en parler, utiliser des systèmes de protection pour ses appareils… et être prête à se battre. On vit dans une société hypersexualisée, les publicités, les clips, les films, les magazines, les livres… la tentation est partout. On doit être prête à se battre, à développer des habitudes et des comportements nouveaux.

Vous avez vous-même été accro à la pornographie. Comment avez-vous été libérée de cette dépendance ?

C’est lorsque qu’on a décidé de se mettre en couple avec Nico, mon mari, que j’ai eu le déclic. Je refusais d’apporter la pornographie dans notre couple, dans notre future famille. J’ai choisi de me battre dans la prière et de me battre pour notre avenir. Je lui faisais part de chaque rechute (c’est beaucoup moins tentant ainsi, croyez-moi). Dans Jac. 5, 16 il est écrit:

« Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. »

Je crois que ce verset correspond bien à ce que j’ai vécu. J’ai confessé mon péché, on a prié et Dieu nous a donné la victoire.

Certains sexologues recommandent aux couples de visionner ensemble de la pornographie. Qu’en pensez-vous ? 

De nos jours trop de personnes ont été éduquées par la pornographie et entrent dans une relation de couple avec des repères biaisés. Ce que la pornographie nous montre est réducteur et irréaliste. Une partie de jambes en l’air où la femme est réduite à une poupée qui doit jouir et faire jouir sur demande, dominée et bien souvent maltraitée. Le scénario, lui, n’en parlons même pas…

Une relation intime, c’est davantage un moment sensuel de partage, d’échange, d’amour. Un moment où on ose être complètement soi-même. Les sensations et les émotions de l’un et de l’autre y sont primordiales. Et puis, dans chaque nouveau rapport on apprend… Alors osons rire de ces fois où ce n’était peut-être pas super, osons mettre du piment dans nos rapports. Mais surtout, choisissons d’évoluer ensemble et d’être créatifs au fil des saisons de la vie.

Pourrait-on inclure la littérature érotique dans la rubrique « porno » ? Présente-t-elle des dangers ?

La signification de l’érotisme, c’est l’exaltation par la littérature de l’amour sensuel et de la sexualité. Pour moi, Cinquante nuances de Grey par exemple n’est pas de la littérature érotique; j’appellerais plutôt ça de la « pornographie romancée ». En tant qu’ancienne « porn addict », je dois être très vigilante sur ce à quoi je m’expose. Ce genre de contenu est très addictif et représente à mes yeux une pente glissante.

Ceci étant dit, les femmes sont sentimentales, elles se comparent aux personnages des histoires. Elles ont envie de ressentir dans leur propre vie et dans leur couple ce que vivent les héros de l’histoire. Se sentir aimée, se sentir estimée et mise en valeur… Jusque-là, pas de problème.

Rêver c’est bien, et pimenter la relation aussi. Mais attention à ne pas dévaloriser sa propre histoire, à mettre des attentes trop élevées ou illégitimes sur son conjoint et à vivre dans la déception.

Avec votre mari, vous avez créé le collectif Innocence. Quels sont vos objectifs ? 

On aime le sujet de la sexualité parce que lorsqu’elle est vécue dans son cadre initial, elle est un réel cadeau. A travers Innocence, on choisit de lever le tabou sur la pornographie, car son impact sur les vies est trop souvent dévastateur. Par nos témoignages, on désire donner un message d’espoir. Et voir des personnes libérées de leur dépendance et vivre une sexualité épanouie basée sur des fondements solides.

Propos recueillis par Rachel Gamper 

Cet article est publié en collaboration avec SpirituElles, le magazine qui rassemble les femmes chrétiennes de la francophonie.

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