Compassion pour les plus pauvres de la Terre, entretien avec Guillaume Anjou

Perdue dans l’Océan Indien, Madagascar est l’île carte postale que tout le monde connaît mais dont nul, avant de l’avoir touchée du doigt, ne peut imaginer la profondeur de la pauvreté. Guillaume Anjou s’est rendu sur place pour renforcer les partenariats locaux de sa toute jeune organisation : IC Compassion. Entretien.

Guillaume, après un an de vie à Maurice, penses-tu toujours que les îles c’est le « paradis » ?

Tu sais Nicolas, je n’aime pas la chaleur, ni le soleil, ni la mer. Alors je n’ai jamais pensé qu’une île tropicale pouvait être le paradis ! Je suis de nature plutôt fragile. La perspective des moustiques, des infections, de l’eau non potable et des maladies en tout genre me faisait plutôt considérer ces îles comme un enfer. Ce n’est en fait ni un paradis ni un enfer. La vie ici a comme dans beaucoup de pays, des avantages et des inconvénients. Nous sommes venus nous installer à Maurice avec nos 4 enfants car nous y avons été invités dans le cadre d’un vaste projet chrétien autour des médias. Nous avons mis cela devant le Seigneur avec mon épouse et nos enfants, et nous avons considéré qu’il s’agissait du plan du Seigneur pour nous.

Tu reviens juste de Madagascar. Pourquoi penser que cette île a besoin de nous ? N’y a-t-il pas un gouvernement local ? N’est-ce pas un peu paternaliste de penser que l’Occidental peut agir ?

Les besoins dans notre monde sont immenses et aucune organisation n’est assez grande ou assez puissante pour y répondre. Les raisons pour lesquelles Madagascar est le 5ème pays le plus pauvre du monde sont complexes, et de ce fait les solutions le sont également. Dans ce sens là, je ne pense pas que Madagascar en tant que pays ait besoin de moi ou de nous, si ce n’est dans la prière. Pendant que nous « pensons » nos grandes théories, des enfants meurent Je ne juge pas le gouvernement local et il n’y a pas dans mon cœur de paternalisme ou de colonialisme humanitaire. De nombreuses personnes se trouvent dans une grande détresse à Madagascar, et de nombreuses organisations locales essayent de les aider. J’ai une approche très simple. Si nous pouvons aider nos frères et sœurs à Madagascar (75% de la population est chrétienne), et aussi témoigner l’amour de Jésus à ceux qui ne le sont pas, alors faisons-le.
Ta question est intéressante : « Pourquoi penser… ?». Pendant que nous pensons nos théories, réfléchissons au caractère paternaliste ou pas de nos éventuelles actions, cogitons pour savoir si en tant qu’occidentaux nous sommes bien placés pour aider, des enfants meurent de faim au milieu des ordures. J’apprécie la simplicité et l’efficacité de ces versets de la Bible :
«  Celui donc qui sait faire ce qui est bien, et qui ne le fait pas, commet un péché. » (Jc 4 :17)
« Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le. » (Ecc 9 :10)
« Si quelqu’un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » (1 Jn 3 :17)
« Petits enfants, n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité. » (1 Jn 3 :18)

Alors sur le fond justement, veux-tu apprendre aux malgaches à pécher ou viens-tu seulement leur donner des poissons ?

C’est certainement une distinction possible à faire entre aider et assister, si assister est perçu comme une aide permanente qui ne permettrait pas à une personne aidée d’apprendre progressivement à subvenir à ses propres besoins. Ne voyons pas cela de notre point de vue, comme si nous dépensions plus d’argent ou de temps en donnant des poissons qu’en apprenant à pêcher, en assistant plutôt qu’en aidant.

Notre amour ne peut s’évaluer ou s’exercer dans une perspective productiviste, comme si aider serait plus « rentable » qu’assister. Il faut considérer cela depuis la position de nos frères et sœurs, nous voulons qu’ils se sentent respectés et soient restaurés dans leur dignité. Les aider en leur apprenant à subvenir eux-même à leurs propres besoins est la meilleure manière de respecter leur dignité.

Aider est un long processus qui commence par assister« Apprendre à pêcher » suppose plusieurs choses : être en capacité d’apprentissage, posséder une canne à pêche, être à proximité d’un lieu avec du poisson et disposer des moyens pour nettoyer, stocker, consommer, vendre le résultat de la pêche… Aider est un long processus qui commence généralement par assister. Donner un poisson à celui qui a faim, est la première étape d’un long processus qui l’amènera à pêcher plus tard lui-même le poisson qui le nourrira.

En fait il n’y a pas de contradiction entre les deux, il est bien de donner des poissons et aussi d’apprendre à pêcher. Ce sont deux choses différentes qui interviennent à des moments différents et dans des perspectives différentes.

Une nouvelle fois, j’aime la simplicité et l’efficacité de cet autre verset : « Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez recueilli, j’étais nu et et vous m’avez vêtu, j’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus vers moi. » (Mt 25:35-40)

Je suis content de voir que tu rentres dans le « dur ». Tu t’interrogeais sur la forte audience de ton service « Info Chrétienne », mais tu n’étais pas satisfait. Il y manquait quelque chose. Que s’est-il passé ? Tu as eu une révélation en te brossant les dents un matin ?

Depuis 4 ans nous avons relayé avec Info Chrétienne des milliers d’informations, plus de 2000 articles sont en ligne sur plus de 7000 qui ont été publiées. Informer sur les personnes en détresse pour sensibiliser l’opinion, et mobiliser dans la prière a toujours été au cœur de la ligne éditoriale d’Info Chrétienne et le restera.

En 2016 est né dans mon cœur le désir de faire davantage pour ces personnes en situation de détresse. Quoi, comment, quand, avec qui ? Tout cela était un peu flou et s’est précisé au fil des mois. C’est le passage du cyclone Enawo sur Madagascar le 7 mars qui a été le déclencheur. D’autres projets ont suivi en Colombie et au Pakistan.

Avec le Père Pedro devant la maison où vivent 6 personnes, en partie détruite par le cyclone Enawo

 

L’idée, si j’ai bien compris, c’est de faire de l’humanitaire chrétien ? D’être une force réactive au cœur des désastres, et de valider toi-même la pertinence des besoins et le sérieux des équipiers sur place ?

L’idée c’est de manifester matériellement l’amour de Jésus à des personnes en situation de détresse. Des centaines de millions de personnes se trouvent en situation de détresse dans le monde pour de nombreuses raisons différentes : guerre, climat, catastrophe naturelle, politique…

Qui aider, quand, comment ?

Je suis conscient que l’aide que nous apportons est une goutte d’eau dans cet océan de malheur mais cette aide est déterminante pour les gens qui la reçoivent. Nous ne pouvons certainement pas changer le monde entier, mais nous pouvons changer le monde pour les gens que nous aidons. Nous sommes un réseau de missionnaires solides et de locauxJe pense à cette famille, que j’ai rencontrée pendant mon séjour à Madagascar. Les parents vivent avec leurs 4 enfants dans une maison en terre de 8 à 10 mètres carré. Cette maison a été en partie détruite lors du passage du cyclone Enawo, et grâce à l’aide d’IC Compassion une maison en brique plus grande et plus solide est reconstruite. Ensemble nous pouvons changer le monde, une personne à la fois.
IC Compassion a un comité composé de personnes qui ont une expérience solide dans la mission et l’humanitaire. Nous bénéficions également d’un réseau de « personnes ressources » qui peuvent être consultées pour apporter un éclairage ou un complément d’informations. C’est ce comité qui se prononce sur la pertinence et la priorité des besoins, ainsi que sur la qualité de nos éventuels partenaires locaux.

Quels sont tes autres idées pour « valoriser » le fort trafic du site Info Chrétienne et qu’envisages-tu pour l’avenir ?

Depuis le 1er janvier, 25 000 personnes ont rejoint Un Jour Une Prière. J’en profite pour les remercier du fond du cœur pour leur soutien, leurs encouragements, leur confiance et leur fidélité. Comme tout être humain, je ne suis pas parfait et je commets des erreurs. Les intercesseurs d’Un Jour Une Prière sont comme une famille, je les remercie pour leur patience à mon égard, ils sont un soutien indispensable pour tout ce que j’entreprends. Au mois de mai, j’ai lancé la plateforme FaitesDesDisciples.com. Plus de 15 000 personnes suivent déjà une formation sur ce site web et progressent dans leur vie de disciple ! Pour la suite je dirai que l’avenir appartient au Seigneur, « à chaque jour suffit sa peine ».

Merci Guillaume, pour ta franchise et ton cœur « gros comme ça ».

Nicolas Ciarapica
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