Cuba : un pasteur et sa femme emprisonnés pour avoir fait l’école à la maison

Chaque semaine, la rédaction d’Info Chrétienne vous propose un article focus sur la situation des chrétiens dans le monde. Aujourd’hui, Cuba.

Le pasteur Ramón Rigal et son épouse Ayda Expósito ont été condamnés respectivement à 2 ans et 1 an et demi de prison parce qu’ils n’ont pas voulu que leurs enfants aillent à l’école publique. Leur avocat, Roberto Jesus Quinones Haces, a été « arrêté et sévèrement battu ».

Selon la Commission des États-Unis pour la liberté religieuse dans le monde (USCIRF), qui condamne cette forme de répression, le pasteur Rigal « accusé d’avoir ‘agi contre le développement normal d’un mineur’, a déclaré que son désir d’étudier à la maison ses enfants est fondé sur ses convictions religieuses et sa préoccupation face à la promotion du socialisme et de l’athéisme dans les écoles cubaines ».

Des « tactiques d’intimidation »La vice-présidente de l’USCIRF, Kristina Arriaga, dénonce « l’attaque systématique du gouvernement cubain contre la religion » et exhorte « le gouvernement cubain à cesser immédiatement toute tactique d’intimidation » :

« Cette répression contre les chrétiens qui scolarisent leurs enfants à la maison fait partie de l’attaque systématique du gouvernement cubain contre la religion, qui consiste notamment à dénoncer les leaders religieux et les activistes pour harcèlement et discrimination. Nous exhortons le gouvernement cubain à cesser immédiatement toute tactique d’intimidation et à libérer le pasteur Rigal et son épouse, ainsi que d’autres personnes détenues pour avoir fait scolariser leurs enfants à la maison en fonction de leurs convictions religieuses. »

Dans son dernier rapport, l’USCIRF rappelle que Cuba est un « pays particulièrement préoccupant » en ce qui concerne la liberté religieuse. La commission dénonce un « contrôle étroit des institutions religieuses par le gouvernement ». La situation, déjà complexe, sous l’ère de Fidel et Raul Castro, a été « affaiblie » par une nouvelle constitution en avril 2018, sous la présidence de Miguel Díaz-Canel.

« Une nouvelle constitution […] affaiblit la protection pour la liberté religieuse ou de croyance. Le gouvernement cubain est engagé dans des campagnes de harcèlement ciblant les leaders religieux et les activistes qui promeuvent le renforcement des protections des libertés religieuses. […] Comme le résultat de l’intensification du harcèlement, les activistes rapportent qu’un plus grand nombre de leaders religieux ont fui à l’étranger pour demander asile. La plupart de ceux qui sont partis sont des leaders religieux de longue date, dans des dénominations enregistrées ou non. »

Une répression religieuse « déguisée »Selon l’USCIRF, si le nombre des attaques à l’égard des fidèles a officiellement baissé, c’est parce que le gouvernement « préoccupé par l’opinion publique internationale », « a changé certaines de ses tactiques, notamment en augmentant subtilement son harcèlement des chefs religieux et activistes à travers le pays de manière difficile à traquer ». La répression religieuse est « déguisée » en « accusation de violation du code civil et pénal ».

« Le gouvernement continue d’utiliser un système de lois et de politiques restrictives, de surveillance et de harcèlement pour contrôler les groupes religieux. »

C’est l’ORA, Office of Religious Affair, qui « contrôle arbitrairement toute activité religieuse » et « peut interférer dans n’importe quelle affaire d’église, que l’église soit enregistrée ou non ». C’est ainsi que le pasteur Alain Toledano a été accusé à cause du bruit fait pendant les offices religieux :

« Pendant son accusation, les autorités ont interrogé le Pasteur Toledano au sujet de son point de vue sur la constitution et l’ont menacé de le poursuivre ou de confisquer les biens de l’église s’il n’offrait pas son soutien publique pour le projet. »

Les experts dénoncent les menaces fréquentes dont font l’objet les leaders religieux « grâce aux mandats préalables à l’arrestation (actas de advertencia) ». Selon eux, ils servent à « justifier des arrestations et des peines plus sévères pour de futurs crimes présumés ».

Des chrétiens sans lieu de culteLes lois de zonage sont également utilisées pour menacer de confisquer et démolir des églises. La commission cite le cas des membres d’une église démolie en 2016 qui se sont vus interdire l’achat de matériaux de construction pour rebâtir leur église. Depuis, la communauté se réunit sous « une tente de fortune ». Les experts notent toutefois comme « une étape » l’autorisation de construction de 3 églises catholiques, dont l’une a été inaugurée en janvier 2019.

« Bien que ce soit une étape positive, d’autres groupes religieux continuent de se voir refuser le permis de construire de nouveaux bâtiments religieux. »

Dans la République communiste de Cuba, 65 à 75% de la population est chrétienne.

M.C.

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