Cultiver la Terre et en prendre soin : Enjeux humains et spirituels de l’agroécologie

La Bible fait très souvent référence au monde agricole de l’époque, à ses us et coutumes. Il est intéressant de voir que dans l’agroécologie, nous n’avons rien inventé mais que nous bénéficions de lois naturelles. Il nous faut observer la nature : quels profits peut-on en tirer, quelles leçons devons-nous apprendre, quels comportements devons-nous adopter ?

Dans la Bible, Noé est considéré comme le premier agriculteur. Dans le livre de la Genèse, il est écrit qu’il “cultiva la terre et planta une vigne”. Dans le récit biblique, on considère que les hommes commencent à être des agriculteurs à partir du déluge. Nous savons que les premiers hommes étaient des chasseurs cueilleurs : ils récoltaient ce que la nature leur donnait. A la période du Néolithique, entre 7 000 et 5 000 ans avant J-C, la façon de vivre change profondément. L’homme devient sédentaire, il vit dans des villages. Il élève des animaux et cultive des plantes, blé, orge. Il devient ainsi producteur de sa nourriture, c’est le début de l’agriculture avec la création des premiers outils.

Celui qui cultive son champ est rassasié de pain, mais celui qui poursuit des choses vaines est dépourvu de sens.
Proverbes 12

Un ami, un peu espiègle, me faisait remarquer que Jésus était le premier agroécologiste !  Il faisait allusion au récit dans l’Évangile de Matthieu 13, où Jésus dit de ne pas arracher l’ivraie, la mauvaise herbe au milieu du blé de peur d’arracher le blé. Il recommande de la laisser pousser jusqu’à la moisson ! Les mauvaises herbes sont-elles utiles ?

D’une agriculture essentiellement paysanne avant les années 1950, nous sommes passés à une ère agro-industrielle avec un apport de plus en plus massif d’engrais et de pesticides. En même temps, la fertilité des sols s’est fortement dégradée… Pourquoi ? Parce que les mauvaises herbes sont aussi celles qui apportent la vie dans le sol. Et comment cette vie est apportée au sol ? Le sol a besoin d’air pour vivre, les plantes en puisant l’oxygène de l’air le véhiculent jusque dans le sol via ses racines. Elles aèrent le sol et elles amènent aussi tous les éléments nutritifs nécessaires au développement bactérien du sol.

Il y a toute une vie très intense dans le sol qui rendent disponibles des nutriments directement aux racines : les vers de terre qui aèrent le sol, la micro-faune dont les bactéries, algues, champignons va permettre de nombreux échanges. Cette vie va être au bénéfice même de la plante qui pourra puiser plus facilement sa propre nourriture dans le sol. Un sol « propre » sans herbe se dégrade très vite et perd tout son dynamisme : le sol devient infertile (et cela est aggravé par l’emploi de la chimie). La première base d’une bonne agroécologie est de ne pas laisser le sol nu. Cela permet aussi un maintien de l’humidité du sol, un microclimat, une symbiose profitable à une meilleure production.

  • Un couvert végétal permanent doit être la première règle

Vous connaissez tous le cycle naturel de la végétation qu’elle soit herbacée, arbustive ou forestière.  Les arbres ont la capacité par leurs racines de puiser des éléments nutritifs dans le sol a des profondeurs importantes.

Des enzymes sur leurs racines permettent de dissoudre les roches et pierres, et de transformer ces éléments minéraux en éléments nutritifs. Ceux-ci vont permettre la croissance de l’arbuste ou de l’arbre et la pousse des feuilles. Ces dernières vont fertiliser le sol en tombant à terre.  Ce principe est utilisé en agroforesterie où les cultures sont mixées avec des plantations d’arbres. On veillera à la présence suffisante d‘arbres. Ce couvert permet aussi une régulation de la chaleur en protégeant les cultures en plein été. Il maintient aussi certaine fraîcheur permettant de limiter les apports d’eau ou même de s’en passer

  • La deuxième règle est donc d’avoir la présence d’arbres pour faciliter ce cycle naturel

L’aspect économique est aussi important. En utilisant les ressources naturelles disponibles sur place, en respectant la nature, il n’est pas nécessaire d’utiliser des intrants coûteux qui n’ont qu’une incidence « mathématique » sur la culture. Passant de cette paysannerie qui connaissait tous ces processus, où l’observation de la nature est le meilleur professeur, à des techniques dites « modernes », l’agriculteur est devenu un mathématicien : il faut tant d’éléments NPK (azote, phosphore, potasse) par hectare pour produire x quintaux, (de même pour les animaux où on va calculer « le bol » alimentaire pour avoir telle production de lait ou de viandes) sans se soucier de la qualité nutritive de sa production. La pression du monde agro-industriel, de la chimie l’a emporté sur la sagesse de celui qui savait cultiver sa terre… (Et les crises agricoles se succèdent !)  Pourquoi acheter cher des produits, des engrais et pesticides alors qu’une bonne gestion de ses propres ressources (y compris le compostage) permet de belles récoltes avec une meilleure qualité nutritive.

  • La troisième règle, source d’économie, est de restreindre les apports extérieurs pour aller vers une autosuffisance naturelle et de surcroît un équilibre financier

Observer la nature, la respecter, et elle nous apporte en retour ce qu’elle a de plus beau. Toutes les techniques agroécologiques sont à développer en comparaison avec les lois de la nature elle-même. Elles permettent d’augmenter la fertilité des sols, et même de cultiver sur des sols très pauvres, des sols peu profonds et des zones désertiques. Ainsi les déserts refleurissent, les sols retrouvent leur capacité de rétention en eau, les sols deviennent plus fertiles et la terre produit son fruit.

  • La quatrième règle est d’utiliser des méthodes qui ont un impact positif sur la fertilité des sols

Nourrir l’humanité

Le principal enjeu de l’agriculture est de nourrir l’humanité. Un rapport de l’ONU relate qu’en dix ans en développant l’agroécologie, la production peut être multiplié par 2 ou 3. Cette année 2017 un autre rapport sur le droit à l’alimentation de l’ONU souligne les conséquences délétères des pesticides sur la faune, la flore et l’être humain et appelle à renoncer progressivement à l’agriculture industrielle. L’agroécologie est particulièrement adaptée à des petites structures : 80% des exploitations agricoles dans le monde sont à des petites exploitations familiales. Elle est aussi adaptable sur de plus grandes exploitations avec des méthodes de conservation comme le couvert végétal et l’abandon du labour.

Respect de la Création et de l’homme

Si nous cherchons à nous approcher de la nature, de son exemple nous devons la respecter. Nous avons vu avec quelle abondance la terre peut porter du « fruit » donner notre nourriture. La Création est exponentielle, il n’y a pas de limites aux bénédictions qu’elle nous apporte. Mais quel usage fait-on de ses richesses ?

Cette Création est bien malade à cause de notre recherche cupide du profit : le rendement est l’opposé même d’une vie simple et partagée. Quel sera notre choix personnel ou notre choix de société ? Dans le texte biblique, la moisson, les vendanges, les récoltes sont autant de bénédictions que le Créateur nous accorde.

Savoir cultiver la terre, en prendre soin nous relie à l’humanité entière. Nous dépendons les uns des autres. Sachons porter du fruit en toutes saisons. Sachons porter la vie dans la création, dans notre jardin, dans nos terres, comme auprès de nos semblables.

Nathanaël Bechdolff

Les jardins de Chanabier

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