Dans sa récente biographie, Bono, le chanteur de U2, évoque sa foi chrétienne

« Qui bien chante, deux fois prie », disait saint Augustin. Un mot que Bono, le chanteur du groupe de rock irlandais U2, semble faire sien, considérant sa musique comme une « lamentation » et non une expression de désespoir. La superstar planétaire, qui déclare que son « roc est Jésus », vient de sortir sa biographie dans laquelle il témoigne de sa foi.

Figurant parmi les plus grands groupes de rock au monde depuis une quarantaine d’années, U2 a illustré à diverses reprises ses chansons avec des paroles tirées de la Bible ou de la tradition chrétienne. En 2000, le groupe a sorti l’album « All That You Can’t Leave Behind » dont l’une des chansons, « Grace », a été écrite par Bono après avoir lu et recommandé l’ouvrage de l’auteur chrétien Philip Yancey, « What’s so amazing about grace ? ».

En 1983, Paul David Hewsom, surnommé Bono, a écrit en quelques minutes la chanson « 40 » inspirée du quarantième psaume énonçant le secours de Dieu patiemment attendu et qui se veut un chant d’espérance.

Les paroles parlent de Dieu sortant le malheureux de la boue et de la déprime : « Je chanterai un chant nouveau ». Une chanson extraite de l’album « War », le premier dans lequel U2 s’engage politiquement sans ambages. Le chanteur mène divers combats, notamment contre la pauvreté ou le sida, qui lui ont valu d’être nominé à trois reprises pour le prix Nobel de la paix : son engagement a toujours été le refus du désespoir, quand certains de ses collègues rockeurs chantent leur cynisme.

Découverte intime de la foi chrétienne et rupture religieuse

Dans sa biographie « Surrender : 40 Songs, One Story », le chanteur emblématique de U2 revient sur sa jeunesse, ses engagements, mais aussi sur la façon dont la foi a façonné sa vie et ses prises de position. Steve Stockman, pasteur de la Fitzroy Presbyterian Church à Belfast, prévient dans Premier Christianity :

« Les lecteurs à la recherche des clichés Sex and Drugs et Rock ‘n Roll seront déçus. C’est un livre sur la relation d’un homme avec une fille, Dieu et un groupe de rock n roll… et ses sentiments intérieurs. »

Après la mort de sa mère, le jeune Paul âgé de 14 ans part à la dérive, mais il découvre la foi dans la communauté Shalom Fellowship, un des groupes de maison charismatiques qui fleurissent à la fin des années 1970. Si la congrégation a d’abord vu U2 comme un outil missionnaire auprès des jeunes, des tensions sont apparues quand le pasteur a estimé que le rock n’était pas sain pour les jeunes croyants. Une position qui a conduit au départ du guitariste Edge suivi des autres rockeurs.

Une expérience qui, selon Bono, témoigne que « la religion peut être le principal obstacle sur le chemin » et devenir « l’ennemi du Jésus radical ». Une position qui le fait tacler la Bible Belt jugée trop rigide au point de « laisser des traces sur les fesses nues des incroyants ».

Le rejet du marketing chrétien

Dans un entretien accordé à Christianity Today quelques semaines avant la sortie de sa biographie, Bono raconte que le fondateur du magazine, l’évangéliste Billy Graham, l’avait invité en 2002 pour le bénir. Venu le récupérer à l’aéroport, son fils Franklin lui avait demandé s’il considérait le Christ comme son sauveur personnel. Face à la réponse positive, le fils de Billy Graham avait poursuivi en demandant pourquoi ses chansons n’étaient pas estampillées chrétiennes, ce à quoi Bono avait répondu :

« Regardez autour de vous. Regardez la création, regardez les arbres, regardez ces sortes de collines verdoyantes. Ils n’ont pas de pancarte affichant : ‘Louez Dieu’ ou ‘J’appartiens à Jésus’. Ils rendent simplement gloire à Jésus. »

U2 avait rapidement tenu à rester à l’écart des groupes instrumentalisés par les maisons de disques dans les années 1980 pour vendre des albums dans les librairies chrétiennes. Les artistes des groupes de « musique chrétienne contemporaine » devaient veiller à présenter une image irréprochable et caser à tout va des « Jésus » dans leurs chansons. Un écosystème avec des gadgets marketing qu’a refusé U2, chantant non seulement des paroles mentionnant la Bible, mais aussi parlant de politique et de sexe.

Cependant, Bono affirme à Christianity Today que, malgré son départ de Shalom Fellowshop, son enthousiasme ne s’est pas éteint :

« J’étais toujours le premier à me lever quand il y avait un appel à l’autel, le moment ‘viens à Jésus’. Je le suis toujours. Si j’étais dans un café en ce moment et que quelqu’un me disait : ‘Levez-vous si vous êtes prêt à donner votre vie à Jésus’, je serais le premier à me lever. J’ai emmené Jésus avec moi partout et je le fais toujours. »

La foi au-delà des clivages politiques

Si le chanteur est présenté comme libéral en raison de ses engagements humanitaires, il affirme ne pas être partisan mais rechercher l’unité. Alors que les sondages indiquaient que les chrétiens conservateurs s’intéressaient peu à l’aide aux victimes du sida, Bono a cherché à travailler avec des gens éloignés de ses idées.

Lui qui, dans sa chanson anti-guerre « Bullet the Blue Sky », avait implicitement critiqué le sénateur Jesse Helms qui qualifiait le sida de « maladie des gays », a prié avec l’élu en larmes dans son bureau. Ce dernier s’est ensuite publiquement repenti d’avoir ainsi parlé du sida après avoir été touché par l’analogie avec les lépreux exclus par la société, mais acceptés par le Christ.

Une position qui a eu son pendant dans la société avec le soutien au plan Bush de 2003 d’allocation de plus de 100 milliards de dollars pour prévenir la transmission du VIH et soigner les malades : « Ce qui a fait basculer l’Amérique, qui a contribué à inspirer un président conservateur à s’engager dans la lutte contre le VIH/sida et à mener le monde dans ce qui a été la plus grande, la plus importante intervention de l’histoire médicale, ce sont les chrétiens conservateurs », affirme-t-il.

Jean Sarpédon

Crédit image : Shutterstock / Alexandros Michailidis

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