Eric Lemaitre

Eric Lemaitre

Socio économiste, Eric Lemaître est chargé de cours en économie à l’Ecole Supérieure d’Ingénieurs de Reims. Il est Coordinateur du Courant pour une Ecologie Humaine.

De l’Universalisme dans la Bible à l’Accueil de l’Étranger. De l’Urgence d’être témoin.

Résumé

Aujourd’hui, un défi mondial s’adresse à toutes les assemblées, les communautés, les églises chrétiennes du monde : celui d’accueillir les flux de migrants, de réfugiés qui sont en exode en raison de conflits graves vécus au sein de pays dévastés par la guerre, meurtris par la barbarie d’une religion radicale, ravagés par les crises économiques qui affament les peuples.

Notre chronique n’entend pas s’inscrire dans le concert de ces images exploitées afin de créer l’émotion, de susciter l’élan compassionnel qui semblait jusque-là manquer aux nations interpellées pour répondre à l’angoisse de ceux qui sont en chemin pour chercher un refuge. Nous le savions ou nous feignons de l’ignorer mais des images d’enfants morts pris dans les filets de pêches circulaient déjà dans les médias, elles n’avaient pas été diffusées comme l’a été cette image d’un enfant gisant sur une plage, dupliquée dans les réseaux sociaux, les médias, relayée par la presse écrite, la puissance cathodique. Cette image a suscité immédiatement l’émotion puis le réveil sans doute superficiel des nations.Cette chronique que nous résumons par ces quelques lignes, vise à articuler la dimension de l’accueil et l’impératif de savoir secourir, non plus dans cette peur qui finalement exclut.

Au fond si nous considérions que le déplacement pour ces milliers de personnes était une chance pour l’annonce de l’évangile, pour enfin devenir auprès de tous, des exclus, des migrants, le sel de la terre.Nos églises, toutes les églises en somme ont été depuis des décennies, enfermées dans leurs bâtiments, manquant ainsi à l’appel de Christ de devenir le sel de la Terre.

Cette chronique ne s’adresse pas aux nations, elle n’est pas destinée à nos gouvernants, mais elle est partagée à nous Chrétiens … Saurons-nous répondre à l’appel de Christ, vivre le principe de subsidiarité « Matthieu 25,35 « J’étais étranger et vous m’avez accueilli » Ou bien vivre ce texte fort, puissant du prophète Esaïe « Renvoie libre ceux qu’on écrase, … Partage ton Pain avec celui qui a faim ; Ramène les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu couvre le … Ne te détourne pas de celui qui est ta propre chair »… Nul doute que l’arrivée des migrants va réveiller les églises. Nos églises   vont à terme être confrontées à devoir mettre en pratique, la foi. Elles seront appelées à la manifestation de la vérité en commençant par témoigner l’amour auprès de notre prochain, non par les paroles d’un évangile superficiel, évangile de prospérité, mais par des actes libérateurs d’un évangile qui est la véritable lumière qui chasse les ténèbres …

Sans nul doute nous sommes invités à redécouvrir leur situation « d’étranger et de pèlerins » en ce monde, comme l’écrit l’apôtre Pierre dans cette épitre du même auteur Pierre 2 :11.

Eric LEMAITRE l’auteur de ce texte est lui-même impliqué auprès des Chrétiens d’Orient. Diacre au sein d’une assemblée évangélique, il est engagé au sein du diaconat de son assemblée, est membre d’une église ethnique où l’étranger trouve sa place pour y trouver une vraie famille, des frères, des sœurs, des Pères, des Mères …

 

Ce texte est inspiré des événements tragiques qui se déroulent dans un siècle de plus en plus déshumanisant où des hommes et des femmes sont confrontés à la pire des dévastations, à la pire des tragédies, celle d’être chassés de la terre de leurs ancêtres, celle de devoir quitter le sol de leurs pères, de choisir le salut de leurs familles plutôt que de périr sous les coups de la pire des barbaries, au nom d’une idéologie obscurantiste qui a évacué la dimension de toute référence humaine.

L’idéologie barbare dont il est question est celui d’une prétendue religion qui puise ses racines dans les ténèbres d’une pensée totalitaire qui :

  • instrumentalise un Dieu soit disant miséricordieux. Une idéologie de la mort, qui entend soumettre les hommes à une croyance.
  • s’inscrit dans le rejet, l’exclusion, l’ajournement des citoyens qui ne partagent pas leurs préceptes, faisant de tout être humain n’acceptant pas cette doctrine spirituelle, cette culture théologique, des êtres humains de seconde zone.

Dans cette chronique, notre souhait n’est pas d’entrer dans le débat politique géostratégique (souvent à géométrie variable), ni même dans une réflexion humaniste écrite à chaud et sous l’emprise d’une quelconque pression médiatique, qui dicte ce que nous devons penser ou écrire à l’instar des flux d’image, instrumentalisés ou non, qui inondent les écrans numériques et cathodiques.

Ce que nous écrivons dans cette chronique l’est à l’aune d’une lecture des écritures, d’une posture qui est inspirée par une méditation profonde de la Bible.

Qu’est-ce que la Bible nous révèle en effet de la condition des étrangers ? Comment devons-nous accueillir les migrants ou réfugiés au-delà des contextes géopolitiques, des tensions internationales, des conflits religieux ? Qu’est-ce que la Bible dit de celui qui est chassé de ses terres et vient trouver un refuge dans un Pays qui n’est pas le sien ?

Dans les temps de confusion qui sont les nôtres, où l’on tend à confondre les religions entre elles, il est sans doute utile de rappeler la spécificité de la pensée Biblique, qui est de souligner le caractère Universel d’un Dieu qui embrasse, chérit et aime toute l’humanité sans distinction de couleur, de race, d’origine, d’ethnie.

Dans cette méditation, nous proposons, en premier lieu, d’évoquer la dimension de l’universalité qui transpire tout au long de l’ancien et du nouveau testament, qui forme en réalité une même pensée, une même vision.

En deuxième lieu, nous aborderons la vision de l’étranger que portent l’Ancien ainsi que le Nouveau Testament. La Bible relate l’exode, l’expérience de la souffrance, d’hommes et de femmes déportés au cours des siècles, subissant l’humiliation, l’esclavagisme. La Bible révèle un Dieu qui s’identifie à l’homme étranger à travers le peuple hébreu et celui qui en incarne le visage et la souffrance, Jésus-Christ.

Le thème Biblique de l’Universalité à l’opposé de « l’entre nous »

Dans la Bible, le thème de l’universalité apparaît dès le livre d’Esaïe :

« Ma maison s’appellera maison de prière pour tous les peuples »
Es 56, 6-7

Cette Maison de prière ne s’enferme pas dans un « Entre Nous », dans des murs, la maison de Dieu est une maison universelle, décloisonnée, ouverte à toutes les nations, à tout le genre Humain au-delà des territoires, des lieux géographiques, des espaces. Dieu ne partage pas cette vision nationaliste, confinée, fabriquée de tout temps par nos sociétés segmentant les appartenances, les territoires, les nations en états, en ghettos, en zones.

La Maison de prière est ouverte pour tous les peuples, et cela inclut la totalité des hommes sans distinction d’ethnie, de race, de culture. Dieu embrasse l’humanité dans son universalité, dans la richesse de toute sa diversité.

La maison de prière pour tous les peuples est une maison qui accueille le prochain, à l’image de Christ qui va vers le centurion Romain, guérit la femme cananéenne, s’adresse à la femme syro-phénicienne. Jésus est en rupture avec les usages, les traditions qui dominent en Israël. Il bouscule les idéologies qui règnent, le nationalisme de son époque en quelque sorte.

Le souffle de la pentecôte est un autre signe de l’universalité désirée par Dieu. Au premier jour ou les cents disciples furent rassemblés dans la chambre haute, ces derniers furent baptisés de l’Esprit Saint. Or, ce souffle de l’Esprit est un souffle de puissance mais il exprime aussi la diversité. L’Esprit Saint s’adresse en effet à tous les peuples dans leur langue afin que toutes les nations s’unissent et glorifient Dieu.

Ailleurs dans le nouveau testament, Jésus nous lègue une merveille au plan spirituel, la parabole du Bon Samaritain.

Au travers de cette parabole, Jésus souligne le caractère universel de l’amour qui peut toucher n’importe quel homme, n’importe quel frère en humanité.

Ce Samaritain devient le modèle compassionnel, celui qui prend soin d’un blessé dont on ne connaît pas l’identité. Dans cette parabole, un mot constitue la trame de l’histoire, ce mot constitue toute la matrice de l’évangile.

Ce mot prochain est une expression révolutionnaire, c’est un changement de paradigme dans l’histoire même du Judaïsme. Le concept de  prochain est en soi une forme de bouleversement radical dans un sens spirituel, le prochain n’est pas la personne que l’on choisit d’aimer.

Le prochain est la personne que l’on rencontre dans des circonstances que nous n’aurions pas déterminées, privilégiées. Le prochain est celui qui interpelle, dérange, secoue nos habitudes de vie, sollicite une attention en décalage avec nos habitudes. Il est sur notre chemin et déplace notre regard pour bousculer notre indifférence.

Le prochain est celui qui est dans le besoin, qui frappe à la porte, qui n’est pas attendu. Il est le quiconque que Dieu chérit, aime. Il est mon frère ou ma sœur en humanité. Le livre de Job nous rappelle que tout être humain est l’ouvrage de ses mains Job 34:19 « Qui (Dieu) n’a point égard à l’apparence des grands Et ne distingue pas le riche du pauvre, Parce que tous sont l’ouvrage de ses mains … ». Le prochain est la personne qui a reçu la même empreinte, le même ADN, le même souffle divin, le même esprit, une âme vivante qui caractérise tout le genre humain.

Le peuple « élu » est ainsi appelé à s’élargir en peuple universel. L’universalité est d’emblée annoncée dans l’Ancien Testament. L’universalité est au cœur du message du Nouveau Testament, rappelée par ce magnifique verset dans l’évangile de Jean « Car Dieu a tant aimé le Monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle et ne périsse pas ».

Ce que j’aime dans ce verset, c’est la dimension que revêt l’universalité du mot quiconque, car Dieu ne fait ni acception de personne, ni de différence entre les hommes. Le Dieu révélé dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament témoigne d’un amour sans équivalent. Il ne fait aucune distinction, son jugement juste est fondé sur l’équité, adossé à une abstraction absolue d’une différence qui résulterait d’une quelconque préférence. L’apôtre Pierre dans les actes au chapitre 15 insiste de cette manière sur l’universalité du salut, qui concerne tous les hommes.

« Et Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, en leur donnant le Saint-Esprit comme à nous; il n’a fait aucune différence entre nous et eux, ayant purifié leurs cœurs par la foi ».
Actes 15.8-9

Le Chrétien, ou plutôt devrions nous écrire le disciple de Christ, ne saurait s’identifier à aucun lieu, aucune terre, aucune nation, aucun enracinement de type biologique, ethnique, national, culturel.

La vocation vécue en Christ est en premier lieu une vocation spirituelle sans attache à un sol. Nous n’ambitionnons pas notre identification à une patrie, à la dimension temporelle. Le Chrétien à l’image de Christ fonde son espérance dans la foi d’une patrie de dimension céleste, le royaume de Dieu. Dans ce royaume, qui est au milieu de nous comme nous le rappelle l’évangile, notre vocation est en Christ. Ce qui signifie qu’en Christ, nous accueillons l’autre, le prochain, sans égard à son origine géographique, sociale. Nous ne faisons acception ni de la personne, ni de son arrière-plan culturel, ni de sa condition sociale. Dans toutes les Saintes Écritures, Dieu rappelle qu’il ne regarde pas à l’apparence mais au cœur.

  • 1 Samuel 16. 7…L’Éternel ne considère pas ce que l’homme considère; l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur.
  • 2 Chroniques 19.7…Maintenant, que la crainte de l’Éternel soit sur vous; veillez sur vos actes, car il n’y a chez l’Éternel, notre Dieu, ni iniquité, ni égards pour l’apparence des personnes…
  • Deutéronome 10:18 … Il fait droit à l’orphelin et à la veuve, Il aime l’étranger et lui donne de la nourriture et des vêtements.

L’universalité de Dieu n’est pas non plus l’uniformité. L’universalité telle qu’elle transpire dans les évangiles n’obligent pas le conformisme culturel. Un passage étonnant dans le Nouveau Testament retrace un débat qui a eu lieu entre Chrétiens, un débat qui relate des échanges animés autour de l’accueil ou non des païens (des étrangers) dans la communauté chrétienne : les accueillir, oui, mais en exigeant de ces nouveaux convertis qu’ils se conforment aux us et coutumes, aux traditions qui ont cours dans le Judaïsme, ou alors en acceptant qu’ils aient des usages et des pratiques alimentaires différentes, qu’ils ne soient pas circoncis.

Le premier Concile relaté dans le nouveau testament arbitre en faveur de la deuxième attitude : non seulement les non-Juifs sont chez eux dans l’Église, mais ils n’ont pas à se soumettre aux rituels, aux règles, aux ordonnances marquant l’identité des lois qui avaient cours en Israël.

L’autre dimension frappante dans la lecture de l’Ancien Testament, comme dans celle du Nouveau, c’est la place particulière qui est donnée à l’étranger. C’est cet autre point sur lequel nous souhaitons nous attarder en regard d’une actualité qui soulève des craintes, des peurs, une hostilité parfois vive à l’égard d’immigrés dont les valeurs ne sont pas partagées par l’occident aux racines judéo-chrétiennes, mais qui a sans doute perdu la vocation d’annoncer l’évangile. Or n’avons-nous pas là un formidable appel à devenir le sel de la terre et à assaisonner un monde dangereusement replié sur lui-même, hostile à tout ce qui est différent de lui ?

Le thème Biblique de « l’Étranger »

Souvenons-nous que toute la Bible est une exhortation à prendre soin de la veuve et de l’orphelin, à prendre soin également du migrant, de l’étranger.

Dans le livre du Deutéronome, au chapitre 10 du verset 17 au verset 18, nous lisons ceci :

« Car c’est le Seigneur votre Dieu qui est le Dieu des dieux et le Seigneur des Seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau »

La veuve, l’orphelin et l’étranger ont une place centrale dans ce devoir conféré à chaque Chrétien réellement disciple de Christ. Ce devoir c’est celui de prendre soin du plus fragile, de celui ou celle qui est privé de son clan, de toute attache familiale, qui se trouve en quelque sorte déraciné, isolé, privé de protection, celle de son clan, celle de ce qui fut aussi, sans doute, sa terre, son sol.

Être seul, c’est être exposé à toutes les vulnérabilités. C’est être privé de ressources, de moyens de subsistance. La terre, en effet, est le bien commun. Celui qui n’a plus de clan, de famille, de peuple est comme dépossédé de maison, d’un habitat, d’une terre, d’un lieu qui lui donne des repères, le rassure. Isolé, l’étranger est d’autant plus fragilisé que pèse sur lui l’exclusion, le rejet possible. Le récit dans le livre des Juges au chapitre 19 montre une situation d’isolement où les notables de Guibea veulent s’en prendre à l’étranger lévite qui est accueilli dans la maison d’un Vieillard. Ces notables veulent en découdre et commettre l’abominable en lui infligeant l’humiliation, et c’est finalement à sa concubine qu’ils s’en prendront en la violant.

Tout individu qui ne possède pas de terre, de sol, est condamné à errer pouvant ainsi devenir une proie pour d’autres qui le rejettent. En cela, le sort de l’étranger partage celui de la veuve et de l’orphelin. Les uns et les autres se retrouvent sans protection, soumis à une forme de détresse morale, d’angoisse du fait de se voir priver de toute protection morale et matérielle.

La veuve, l’orphelin et l’étranger se ressemblent en effet, en ceci qu’ils sont privés de la protection du mari, de la famille, du clan, du peuple.

Sans famille, la veuve, l’orphelin et l’étranger sont sans appui, sans ressources. Leur sort dépendra de l’accueil qu’ils recevront. Ne pas les accueillir, ne pas leur offrir le nécessaire pour survivre, c’est les condamner à la mort certaine. Avec la dépravation morale de Sodome, l’une des fautes majeures de Sodome fut précisément au-delà de la dépravation, de refuser l’accueil de l’étranger, d’exploiter sa faiblesse et d’en abuser moralement , comme nous le lisons dans le livre de Genèse 19, 1-10. Le même péché attira une punition semblable à la ville de Guibéa comme nous le rappelions précédemment en citant le livre des Juges aux chapitres 19 et 20.

Le sujet des migrants est ainsi explicitement mentionné dans le livre d’Exodes 22,20 – « Tu n’exploiteras ni n’opprimeras l’émigré, car vous avez été des émigrés au pays d’Égypte ». Il est également évoqué dans le livre de Deutéronome 10,18 « Dieu aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau ». De même dans le livre du Lévitique 19, 34 où le peuple Juif est exhorté à accueillir l’immigrant : « Si un immigrant vient séjourner, avec vous dans votre pays, vous ne l’exploiterez pas, vous traiterez l’immigrant, en séjour parmi comme un autochtone du milieu de vous, tu l’aimeras comme toi-même ».

Les Saintes Écritures mentionnent toute « une série de lois qui visent ainsi à intégrer l’émigré étranger au sein de la société israélite » : « Il y aura un même droit pour
l’immigré et pour l’autochtone » Livre du Lévitique 24.22, ou « Il y aura une même loi pour l’autochtone et pour l’immigré qui séjourne au milieu de vous » Exode 12.49.

L’Ancien Testament rappelle aux Israélites de ne pas établir d’attitudes qui discriminent l’étranger, qui l’excluent. L’universalité que nous évoquions dans notre préambule est affirmée dans la déclinaison de ces textes qui érigent une dimension d’accueil, soumettant les migrants aux mêmes lois qui ont cours dans un pays sans les favoriser ou les défavoriser. Il s’agit de traiter l’étranger avec considération sans le rejeter, l’exclure, le mettre à part, l’humilier.

Ainsi, le livre de Deutéronome nous rappelle au chapitre 23, 8-9 :

« Tu ne considéreras pas l’Édomite comme abominable, car c’est ton frère ; tu ne considéreras pas l’Égyptien comme abominable, car tu as été un émigré dans son pays. Les fils qu’ils auront à la troisième génération entreront dans l’assemblée du Seigneur ».

De même, dans le livre des Nombres au chapitre 15.16 :

« Il y aura une seule loi, une seule règle pour vous et pour l’émigré qui réside chez vous ».

Nous pouvons également lire dans le livre de Jérémie 22, 3 :

« Ainsi parle le Seigneur : « Défendez le droit et la justice, libérez le spolié du pouvoir de l’exploiteur, n’opprimez, pas, ne maltraitez, pas l’immigré, l’orphelin et la veuve, ne répandez pas de sang innocent en ce lieu ! » ».

Les Écritures révèlent enfin l’infinie compassion de Dieu, sa tendresse pour tous les hommes au-delà de leur appartenance, origine, nation. L’Ancien Testament témoigne d’étrangers dont la foi ou l’action manifeste qu’ils accomplissent la volonté de Dieu, et met en scène des étrangers qui sont habités de son Esprit. Il suffit d’évoquer les figures de Melchisédech (Genèse 14), de Rahab la prostituée (Josué chapitre 2), de Ruth (Le livre de Ruth) ou de Cyrus le Perse (Livre des Chroniques, d’Esdras).

Jésus « l’Étranger »

Pour conclure, Christ tout au long de son ministère prend la figure du serviteur souffrant, habité par la condition de l’étranger. Il connut l’exclusion et, dès son enfance, l’exode.

Le berceau qui accueillit Christ fut une étable, parce que ses parents, en voyage, n’avaient pu être reçus nulle part (Évangile de Luc 2, 7). Dès sa naissance Jésus a connu l’exil, par crainte d’Hérode (Évangile de Matthieu 2, 13-1). « Venu parmi les siens, les siens ne l’ont pas reconnu » (cf. Evangile de Jean 1, 11). Il a épousé dès le début la condition de ceux pour lesquels la venue du Royaume serait une bonne nouvelle : Dieu est venu pour eux d’abord ! Christ s’est identifié au migrant, à l’étranger, au réfugié, Jésus a ressenti, comme eux, l’exclusion et le mépris.

Dans cette chronique, ce que nous souhaitons vous partager c’est sans doute l’urgence de témoigner, l’urgence d’ouvrir notre cœur, l’urgence de partager le salut auprès de quiconque, l’urgence d’être les témoins de l’amour de Christ.

Jésus nous interpelle en Matthieu 25,35 : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli ». Si seulement nous pouvions appliquer cette parole et vivre ce principe de subsidiarité. Ne nous réfugions pas sans cesse dans les pouvoirs d’un État à bout de souffle. Faisons notre part, à notre échelle. Ce que Dieu nous demande, c’est d’accueillir l’exclu, le déchu. Offrons à « l’affamé », comme le déclare le prophète Esaïe au chapitre 58,7. Offrons ce qui manque à l’indigent. Renvoyons libres ceux que l’on écrase. Offrons l’hospitalité aux pauvres sans abri. Ne nous détournons pas de notre prochain.

Eric Lemaitre

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Socio économiste, Eric Lemaître est chargé de cours en économie à l’Ecole Supérieure d’Ingénieurs de Reims. Il est Coordinateur du Courant pour une Ecologie Humaine.
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