De la megachurch à la « meta church » : Bordeaux Rive Droite devient Eglise Momentum

Ils étaient 250 en 2009 à son arrivée. 8 ans plus tard, Patrice Martorano communique aux 1250 membres de Bordeaux Rive-Droite une information importante: l’église devient « Momentum ». Elle abandonne un nom trop connoté géographiquement, se défend de sa réputation de « megachurch » (ici, les membres ne sont pas passifs mais sont très impliqués) et affirme son ADN de « meta church »*: devenir les acteurs du changement que seul Dieu peut apporter à une métropole bordelaise en pleine effervescence. Nicolas Ciarapica était là, en famille, pour assister à cette dédicace. Reportage.

C’est dimanche, nous sommes le 24 septembre et comme l’Enlèvement n’a pas eu lieu, nous nous hâtons d’aller à « Bordeaux-Rive Droite », une église rattachée aux ADD de France. En arrivant juste à l’heure pour le premier culte à 9:30 (il y en aura 2 autres ce jour, à 11:30 et 14:30) les enfants crient: « Oh des ballons ! » Le lieu de culte, situé en bordure d’un immense centre commercial, a été décoré comme pour un anniversaire. Nous nous précipitons pour amener les enfants à leurs activités.

L’organisation, encore en rodage après des mois de réaménagement du sous-sol, est impeccable. Tout vient d’être refait et, si les enfants doivent retirer leurs souliers, les adultes doivent mettre des sur-chaussures pour ne pas souiller les sols cirés. Ils sont regroupés par tranche d’âge en 5 catégories. Pour les plus petits, les parents reçoivent un numéro qui s’affichera sur l’écran de la grande salle en cas d’urgence. Ingénieux. Les miens courent se défouler vers la structure gonflable et les différents jeux en attendant leur moment biblique. Tous les équipiers sont jeunes, identifiés, efficaces.

Le temps de louange a commencé dans la grande salle dont l’estrade est désormais surmontée de néons bleutés, qui s’animent surtout lors des soirées pour les 18-30 ans. Ce matin, Dan Luiten entraîne l’assemblée pendant que des placiers nous installent de façon à ne laisser aucun vide : les retardataires auront toujours un siège sans déranger l’assistance. Derrière nous, une dame âgée se bouche les oreilles. Certains trouveront toujours que le son est trop fort : la forme du culte vise un public plutôt jeune même si les activités ciblent tout le monde. Les messages sont encourageants, courts et percutants. Ils se terminent par une « vérité à emporter ». Au moins ici, on ne regarde pas sa montre. Ce matin, Dan écourte le temps de louange.

Patrice monte sur scène pour débuter un sermon en forme de bilan et de projection pour les 24 mois à venir. Visiblement, à part les 50 responsables et les 400 bénévoles des activités, tout le monde n’est pas encore au courant… Accueillir les nouveaux, les former et les baptiser, c’est fait. L’église s’est transformée d’une « ADD type » (avec ses « gloire à Dieuuuu » tonitruants mais un peu sinistres, son message de 45 minutes et sa prophétie dominicale « ne regarde ni à droite ni à gauche mais regarde en avant ») en un lieu de culte contemporain, ouvert, convivial et accessible. On y encourage toutes les initiatives pour bénir le quartier, une ZEP, « zone à évangéliser en priorité » : si ma fille aînée a eu son Bac S avec mention, c’est un peu grâce aux cours de physique qu’elle y a reçu tous les 15 jours.

Et c’est ainsi que la croissance se poursuit, avec 70% de nouveaux, une moyenne de 70 baptêmes par an, auxquels s’ajoutent 15% de personnes qui viennent par mutation professionnelle (Bordeaux, qualifiée par un célèbre guide touristique de « ville la plus tendance du monde » en 2017, grossit de 10,000 habitants chaque année). Les autres 15% sont des transfuges, qui vont souvent grossir les rangs des équipes de responsables. En général, ces « déçus » (mais pas toujours) des autres églises sont libres de mettre en place ce qu’ils n’ont pu faire ailleurs car ici, on encourage !

Patrice continue et annonce les ambitions de l’équipe pastorale pour les 2 prochaines années :

– Développer un pôle mission, dont les équipiers iront, sur les modèles des « mission trips » popularisés par JEM ou OM, parrainer et bénir des oeuvres naissantes proches ou lointaines. Une tendance en hausse pour des « vacances utiles ».

– Implanter Espoir, l’actuelle banque alimentaire, dans un bâtiment entièrement dédié à l’action sociale. Un objectif concret et un défi colossal qui débouchera peut-être, qui sait, sur la création d’une école ? Nous, les Ciarapica, en rêvons depuis des années…

– Diffuser les cultes en live sur le Net, pour atteindre les plus âgés et ceux qui habitent loin, à l’image de la « PO » de Mulhouse. L’équipe motivée et compétente pourra sans aucun problème relever le défi de la création d’une chaîne de TV. Elle vient de recevoir un financement dans ce but.

Mais c’est le quatrième point qui retient mon attention, et qui justifie à lui seul le changement de nom en « église momentum ». Ses responsables ont senti que le moment était venu de s’affranchir des contraintes de la Rive Droite et d’aller s’implanter de l’autre côté du fleuve. Etonnament, l’ADD historique de l’agglomération a donné son accord. « Vous avez une spécificité que nous n’avons pas ». Je l’apprendrai en « off » un peu plus tard, le projet est de louer un théâtre ou un cinéma en plein centre ville de Bordeaux. L’objectif : impacter une population jeune, urbaine et branchée, aux habitudes festives, qui a réinvesti des quartiers en pleine mutation.

Patrice explique : « Momentum », c’est le moment où tout bascule dans la vie d’un individu en proie au désespoir. A compter de ce moment, lorsque Dieu se manifeste, tout change. En bien. Ca n’est pas la vaine promesse de porter des lunettes roses jusqu’au bout du chemin : les différents thèmes abordés par les responsables témoignent qu’ils ont les yeux bien ouverts sur la réalité. Dans son apparence moderne et décontractée, le pasteur invite l’auditoire à répéter : « Nous voulons vivre un momentum ! » La dédicace peut commencer.

Dan Luiten interprète un chant créé pour l’occasion puis nous sommes invités à sortir sur le parvis un peu plus tôt que d’habitude, pour dévoiler le « nom nouveau ». Sur ce parvis, devant des rafraîchissements, se croisent « ceux de 9:30 » et « ceux de 11:30 », deux cultes aux ambiances un peu différentes : audience plus attentive dans le premier et louange plus enthousiaste dans le second. On se salue, on s’interpelle, des jeunes chantent « Oh ! Happy Day » puis Patrice prend le micro pendant que sa femme fait le décompte. Le rideau se lève, le nouveau panneau apparaît. L’église momentum est née. Elle a changé de nom, de destinée.

Puis on re-masque le panneau, on balaye les confettis et tout le monde reprend sa place pour accueillir la vague de 11:30 : le culte suivant va bientôt commencer et pour l’instant, c’est le temps de la fête et de la surprise pour ceux qui ne savent pas encore.

* Le britannique Colin Dye fournit également une intéressante description (en anglais) du phénomène des « meta churches », ces églises fortes numériquement (ou pas) qui transforment leur environnement.

Nicolas Ciarapica
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