De quoi Trump est-il le nom ? Vers une présidence atypique et conservatrice

Trump signifie Atout en anglais, et le nom allemand dont est issu le patronyme du président élu par les Américains, Trumpf, également. Un nom prédestiné pour un propriétaire de casinos, et qui prétend l’être pour l’Amérique. Engager même un pence en pronostiquant la victoire d’un homme sans aucune expérience politique, aux convictions clivantes et aux propos parfois outranciers, souvent largement déformés par la majorité des grands médias, et donné largement battu, obligeait son colistier Mike Pence à croire que son programme pouvait convaincre les Américains, faute de quoi le reste de la course politique nationale du gouverneur de l’Indiana était obéré. Pari gagné ! Sous l’appellation Trump, tout un chantier se dessine pour l’entrepreneur devenu président, qui va de la politique sociale aux relations internationales, en passant par le sociétal.

Un ticket plus proche du Tea Party que des cadres du Parti républicain

Cette élection est une expérience comparable à celle de la Boston Tea Party – à l’origine du nom du mouvement conservateur, Tea Party, « party » signifiant ici « fête » et non « parti » contrairement à une idée répandue dans les médias. A l’époque, les États-Unis n’existaient pas, il n’y avait que les treize colonies britanniques, et elles n’étaient pas représentées au Parlement, à Westminster. Des lois fiscales votées à Londres exaspéraient les colons, car elles autorisaient à les soumettre à des taxes ; or, s’ils n’étaient représentés, ils ne devaient pas être assujettis à l’impôt, estimaient-ils. A cette injustice s’ajouta, en 1773, le choix de Londres de détaxer le thé de la Compagnie des Indes entrant dans les autres territoires de la Couronne, afin d’en écouler le stock, ce qui ruina les marchands de thé du Nouveau Monde. La même année, encouragé par Samuel Adams, l’un des futurs Pères fondateurs de la République américaine, des colons s’emparèrent d’un navire marchand à Boston et en jetèrent tout le thé à la mer. Le mouvement Tea Party s’inspire de cette rébellion, Donald Trump et Mike Pence en sont des sympathisants. Trump n’aime pas l’impôt si la collecte est injuste et que la dépense se fait dans l’incurie. Tea est l’acronyme de Taxed Enough Already (déjà suffisamment taxé). Le Tea Party est hétéroclite, les idées de ses mouvements fusent sans toujours se recouper, et il regroupe croyants et incroyants, mais Trump et Pence le rejoignent sur l’essentiel des idées qui le traversent et partagées par un grand nombre des sympathisants, à savoir la fin de l’ObamaCare, le renversement de l’autorisation fédérale de l’avortement, ou la fiscalité.

Milliardaire, mais moins lié aux oligarques proches du pouvoir que ne l’est Hillary Clinton du richissime George Soros en plus de ses liens avec Wall Street, Donald Trump a financé lui-même un tiers de sa campagne, alors qu’il avait légalement choisi d’éviter l’impôt pendant 18 ans en déclarant 916 millions de pertes. Tout un paradoxe, qui s’explique par la complexité d’un homme qui aime s’enrichir par l’entrepreneuriat, mais déteste un establishment enrichi par la politique et qui est majoritairement fermé ; et d’un homme qui considère qu’il n’a pas à donner au fisc cinquante millions de dollars par an qui seront gaspillés, mais estime nécessaire de dépenser plus de cinquante millions de dollars de sa fortune personnelle pour sauver son pays et ne pas être débiteur des lobbies. C’est là un homme qui ne correspond pas aux exigences de la vie politique américaine, et qui a plu à une majorité d’électeur républicains, mais aussi à ceux qui devaient le bouder. Ce n’était pas le candidat naturel du vieux Parti de l’éléphant qui pensait déjà au sénateur d’origine hispanique Marco Rubio, surnommé « l’Obama républicain », pour une prochaine échéance, afin de séduire un électorat latino grandissant qui, contre toute attente, a choisi Trump à environ 30 %, presque à l’instar des femmes blanches majoritairement pour le candidat qui tint des propos sexistes.

Gager sur Donald Trump était considéré comme extrêmement risqué lorsque, le 16 juin 2015, deux jours après son soixante-dixième anniversaire, il lança sa campagne pour obtenir l’investiture du Parti républicain. Face à lui, il n’y avait quasiment que des candidats disposant d’une certaine expérience en politique, dont Jeb Bush candidat officiel depuis le 16 décembre de l’année précédente, et préféré du Grand Old Party. Et les candidats peu ou pas expérimentés, comme l’ancienne dirigeante de Hewlett-Packard, Carly Fiorina, ou le chirurgien noir Ben Carson, durent assez rapidement déclarer forfait. Mais à côté de l’establishment, il y avait ces citoyens à tendance républicaine qui voulaient une autre orientation et l’aidèrent à obtenir l’investiture républicaine. Et jusqu’à l’élection présidentielle, Trump a su capter l’intérêt du Tea Party, des habituels abstentionnistes, des démocrates qui ne croyaient plus aux solutions de leur Parti. Déjouant les pronostics affichés comme des acquis, l’électorat féminin n’a pas massivement rejeté le candidat Trump : 42 % de celles qui ont voté l’ont choisi, 53% chez les femmes blanches. Les électrices ont majoritairement soutenu un candidat présenté comme leur pire ennemi à cause de certains propos graveleux, d’accusations d’abus sexuels aux airs de manipulation médiatique, et de ses annonces sur la question de l’avortement. Mike Pence accepta de le rejoindre après l’avoir combattu. Le parti, les médias, peu croyaient que Trump vaincrait, et les républicains se préparaient déjà à la défaite, en espérant qu’elle aurait des conséquences favorables pour eux deux ans plus tard avec les élections de mi-mandat, quand Hillary Clinton eût suffisamment déçu. Donald Trump ne devait pas remporter la primaire, encore moins  haut la main, et il n’était même plus censé battre Hillary Clinton, surtout pas avec une telle marge.

Donald Trump : un mélange d’Andrew Jackson et de Ronald Reagan

Comme un certain Ronald Reagan, aujourd’hui souvent considéré comme le plus grand président américain depuis 1945 – avec le démocrate John Fitzgerald Kennedy -, Donald Trump n’était pas le candidat idéal des caciques du Parti de l’éléphant. Comme Ronald Reagan, il devait battre un Bush, favori du parti. L’ancien acteur de western l’emporta sur George W. Bush qu’il dut prendre comme colistier pour rassembler le parti, l’entrepreneur, à l’occasion acteur, a vite éliminé Jeb Bush, le fils du rival de Reagan. Les deux se référaient au refondateur du Parti républicain, Jeb Bush en arborant un t-shirt Reagan – Bush de la campagne présidentielle de 1984, censé attirer les orphelins du reaganisme ; Trump a annoncé sa candidature avec le slogan de Reagan en 1980, Make America Great Again, un appel à rendre aux États-Unis leur grandeur. Mais les deux hommes qui se référaient à l’héritage de Ronald Reagan en ont des approches différentes. Trump est un objet politique non identifié, même si beaucoup d’éléments du reaganisme se retrouvent chez lui. Selon le républicain Newt Gringrich, les cadres du Parti n’appréciaient pas ce candidat, « car c’est un outsider, il n’est pas comme eux, il n’est pas membre du club, il est incontrôlable, il n’est pas passé par les rites d’initiation, il n’appartient pas à une société secrète ».

Donald Trump est un homme politique atypique, « il n’est pas membre du club »

A l’instar du démocrate Andrew Jackson, élu une première fois en 1828, Donald Trump est un homme politique atypique, fonceur qui veut bousculer le monde politique. Jackson s’attaqua à l’administration corrompue, Trump veut en quelque sorte rendre l’Amérique aux Américains et l’ôter des mains des partis, de la finance mondialisée, et des médias qu’il juge profondément malhonnêtes. Comme le démocrate Roosevelt lors de la période du New Deal, il veut lancer une politique de grands travaux, mais il est surtout ici question de réparer des infrastructures branlantes, ce qui accessoirement créera de l’emploi, plutôt que de lancer des travaux pour créer de l’emploi. L’Amérique a tant engagé dans sa politique étrangère qu’elle ne s’est pas occupée de son territoire, un comble pour un pays dont l’une des caractéristiques est, ce que l’on pourrait appeler une « mentalité géographiste », c’est-à-dire la maîtrise du territoire, de la conquête de l’Ouest jusqu’à celle de l’espace ou des territoires technologiques et scientifiques. George W. Bush avait souhaité que les États-Unis se désengagent quelque peu de l’international pour ne s’occuper quasiment que d’eux-mêmes et de leur zone d’influence continentale, jusqu’aux attentats du 11 septembre. Ce retour à la doctrine Monroe, Donald Trump semble vouloir le pousser encore plus loin : la raison d’être des États-Unis est de s’occuper des États-Unis. Les alliés ne seront pas oubliés, mais ils doivent faire leur part : Aide-toi, et l’Amérique t’aidera, en quelque sorte. Washington n’entend plus supporter des dépenses militaires que pourraient engager ses alliés de l’OTAN qui bénéficient de sa protection. Et surtout, Donald Trump considère qu’il n’y a pas de raison solide pour risquer une guerre avec la Russie. En cela, il se rapproche d’un Ronald Reagan qui lança les États-Unis dans une course à l’armement dans le but de faire s’effondrer l’Union soviétique dont l’économie était déjà essoufflée et non pour la vaincre militairement. « La seule chose dont je fus convaincu après ces années exposées à la possibilité d’utiliser les armes nucléaires, c’est qu’elles étaient inutiles. Tout le monde aurait perdu en cas de guerre nucléaire », déclara Reagan, qui se jeta pourtant dans cette bataille en ayant toutefois en vue la paix avec Moscou, et devint ami avec Gorbatchev. Comme Reagan, Donald Trump n’aime pas les néo-conservateurs. Il fait davantage figure de paléo-conservateur : isolationniste et protectionniste.

Son électorat l’attend également sur les questions sociétales

Son électorat l’attend également sur les questions sociétales. Au cours de sa vie médiatisée, Donald Trump a tenu des propos fluctuants sur l’avortement. Il s’y oppose désormais, et la plateforme du programme entériné à la Convention républicaine se prononce, à la page 13, en faveur d’un amendement constitutionnel en faveur du droit à la vie de l’enfant à naître. Le texte affirme une volonté de supprimer toute subvention publique au Planning familial, ou encore, à la page suivante, propose de soutenir financièrement les femmes enceintes célibataires démunies jusqu’à ce que l’enfant atteigne l’âge adulte. Par ailleurs, Donald Trump a promis de nommer à la Cour suprême fédérale, en remplacement du juge Antonin Scalia, décédé en février dernier, un magistrat pro-vie, pro-famille, de la même trempe que ce dernier, partisan de la peine de mort et du droit de détenir des armes. 75 % de ses électeurs attendent qu’il tienne cette promesse. Il pourrait d’ailleurs même devoir trouver un successeur à Ruth Bader Ginsburg, l’une des magistrats de la Cour qui avait failli à son devoir de réserve en le traitant d’imposteur, durant la campagne, irritant même les médias pourtant farouchement hostiles à Trump et peu soucieux de vérité le concernant, ainsi le New York Times qui avait donné raison au candidat républicain face à Mme Bader Ginsburg. La juge est âgée de 83 ans, et ses collègues Anthony Kennedy, conservateur centriste nommé par Reagan, ainsi que Stephen Breyer, démocrate nommé par Bill Clinton, ont respectivement 80 et 78 ans. En cas de décès de ces juges durant son mandat, et si l’état actuel des rapports de force au Congrès se maintenait, Trump pourrait donner des couleurs largement conservatrices, notamment pro-vie, à la Cour suprême. Un travail que pourrait poursuivre son vice-président s’il venait à occuper l’aile ouest de la Maison-Blanche.

Un vice-président conservateur, mais également peu expérimenté quant à la diplomatie

Novice en politique et très contesté, Donald Trump a choisi Mike Pence presque par défaut sur une liste de neuf candidats, mais les deux hommes sont proches des idées du Tea Party. Qui s’inscrivait sur le ticket électoral « Trump » risquait d’être plombé pour des années durant, les candidats ne se pressaient point. Mike Pence, désormais futur vice-président, peut-être même chef de l’État dans les quatre années à venir en cas de vacance du Bureau ovale, a dû beaucoup douter quand le candidat Trump n’en finissait plus de plonger dans les sondages. Pence s’était même distancié de Trump après la révélation de ses propos sexistes, du moins de l’ancien Trump selon lui, ou encore concernant la Russie dont il dit que « les provocations doivent se heurter à la force américaine ».

Mike Pence dirige dès ce 11 novembre l’équipe de transition

Pour l’instant, à partir de ce 11  novembre, Mike Pence va diriger l’équipe de transition chargée de constituer l’Administration, en remplacement de Chris Christie, le gouverneur du New Jersey, qui après l’avoir menée pendant des mois devient le vice-président de l’équipe, ce qui est rare pour un colistier élu. Le New York Times relève que, les périodes de transition étant souvent empreintes de perfidie, la loyauté de Mike Pence envers Donald Trump dans la tempête, et ses relations avec le Congrès sont essentielles pour composer le futur Gouvernement. Le Président élu va cependant conserver un cercle de proches très distants de l’establishment pour le conseiller, notamment le dirigeant du site conservateur Breitbart News, Stephen K. Bannon.

Mike Pence est un catholique devenu évangélique, il a obtenu 100 % de satisfaction auprès des mouvements anti-avortement lors de ses mandats à la Chambre des Représentants de 2001 à 2013. Et dans son État de l’Indiana, il a signé en mars de cette année une loi interdisant l’avortement sélectif sur critères sexuels ou raciaux, réduisant ainsi le d’opérations qu’aux  limites fixées par l’arrêt Roe v. Wade, autorisant l’avortement, sur lequel il ne mâche pas ses mots : « Je suis pro-vie, je ne vais pas présenter d’excuses pour cela. J’aimerais voir Roe v. Wade renversé et renvoyé dans le tas de cendres de l’Histoire ! » Mike Pence a également signé des lois en faveur du don du cordon ombilical pour aider les parents d’enfants trisomiques ou pour l’adoption (en lieu et place de l’avortement). Il a par ailleurs approuvé une loi sur l’objection de conscience des commerçants, qui importe aux conservateurs en matière de prestations lors des cérémonies homosexuelles. Face à la levée de boucliers, il a cependant demandé à la législature de l’Indiana de revoir le texte.

Une nouvelle aventure internationale sans aventurisme interventionniste

Trump et Pence ne connaissent que peu les relations internationales

Les deux hommes ne connaissent que peu les relations internationales, mais la différence entre Trump et ceux réputés la connaître est son refus de l’interventionnisme à tout crin. Dans son entourage, concernant les situations les plus brûlantes du Proche-Orient, Trump peut compter sur l’expertise de son conseiller d’origine libanaise, Walid Phares, qui assure, par ailleurs, que le futur POTUS saura négocier avec Moscou en raison de son pragmatisme d’homme d’affaires. Phares est intégré à une équipe de cinq spécialistes dirigée par le sénateur de l’Alabama, Jeff Sessions, très conservateur, opposé à l’immigration clandestine et à l’avortement.

Il leur faudra composer avec les républicains qui s’étaient éloignés de Trump et qui connaissent mieux que lui la géopolitique, au risque de devoir ouvrir la porte à certains aventuriers. Le fidèle Newt Gingrich, un des premiers soutiens au candidat Trump, et aux compétences reconnues en la matière est du nombre des pressentis pour le poste le plus important de l’Administration américaine après la présidence, celui de secrétaire d’État, en concurrence notamment avec Sessions. Si la nouvelle Administration Trump ne devrait pas donner dans l’interventionnisme systématique, l’élu républicain a souvent dit sa volonté d’en finir avec l’État islamique, au besoin en collaborant avec la Russie pour y arriver. Dans la guerre contre le Califat de l’organisation terroriste, Donald Trump considère même le Président syrien Bachar el-Assad comme un allié potentiel de fait : « Je n’aime pas Assad. Mais Assad fait la guerre à l’État islamique. La Russie fait la guerre à l’État islamique. Et l’Iran fait la guerre à l’État islamique. » Donald Trump considère cependant, dans la hiérarchisation des priorités, que l’Iran représente une menace dont il faudra tenir compte une fois l’État islamique écrasé. Il s’est toujours montré hostile à l’accord conclu avec Téhéran sur le nucléaire. Le jour de son élection par le peuple, Trump a invité le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, à lui rendre visite.

Ne connaissant également que peu les arcanes de la politique tout court, Donald Trump aura probablement besoin de l’expérience du vice-président, non seulement pour diriger la transition, mais également durant son mandat, et le vice-président pourrait bien ne pas servir qu’à pallier du chef de l’État. Il est toutefois peu probable, vu la personnalité du président élu, qu’il y ait une dyarchie même temporaire, comme cela fut le cas avec George W. Bush et son vice-président Dick Cheney après le 11 septembre 2011 ; il s’agissait alors d’assurer que le pays ne serait pas pris au dépourvu même quelques heures si Bush devait perdre la vie dans un attentat. Si Mike Pence était appelé à la rescousse, ce serait plus probablement pour aider à guider Donald Trump dans l’installation de sa politique intérieure et la défendre que pour un rôle plus développé.

Parmi les démocrates de l’entourage de Donald Trump, le général Michael Flynn qui s’est détaché de Barack Obama qui fait l’objet de toutes ses critiques et qui conseille désormais le républicain sur les questions internationales. Un temps pressenti pour être le colistier de Trump, il est pour un rapprochement avec la Russie. Il est également indifférent à l’avortement. On pense également au célèbre shérif noir David A. Clarke Jr du comté de Milwaukee qui l’a soutenu. Au-delà de son cercle de proches de la première heure, Donald Trump pourrait donc chercher à rassembler au-delà du bipartisme dans lequel lui-même ne croit pas, n’ayant emprunté la voie de l’investiture républicaine que pour obtenir le nécessaire soutien d’un parti, le moins éloigné de ses idées.

Hans-Søren Dag

 

© Info Chrétienne - Courte reproduction partielle autorisée suivie d'un lien "Lire la suite" vers cette page.

Vous souhaitez recevoir une alerte par email dès qu'un nouvel article est publié ?