Des milliers de chrétiens manifestent dans les rues d’Haïti pour dénoncer « la misère noire qui enlève toute espérance »

« Le pays est à feu et à sang. » Des milliers de chrétiens sont descendus dans les rues pour dénoncer « la misère noire qui enlève toute espérance à l’homme haïtien ».

À Haïti, crise économique et corruption ont semé un vent de révolte. Depuis près de deux mois, les manifestations se succèdent. Le peuple appelle à la démission de son président, Jovenel Moïse. Mardi, c’était au tour des chrétiens, qui ont marché par milliers dans la capitale haïtienne, Port-au Prince.

Clarck De La Cruz est le directeur national des oeuvres pontificales missionnaires à Haïti. Dans une tribune publiée sur Fides, il révèle cette « grande crise sociale à nulle autre pareille ».

« Le peuple haïtien est en train de traverser une grande crise sociale à nulle autre pareille, En effet, le chômage plonge plus de soixante pour cent de la population dans l’angoisse et l’inquiétude. Son pouvoir d’achat diminue considérablement. L’inflation galopante rend vulnérable tout le peuple haïtien. Ceux qui ont un emploi ne peuvent même pas pourvoir à leurs besoins élémentaires. Un autre facteur qui explique la situation de pauvreté du peuple haïtien est la dévaluation de la monnaie locale (la gourde). Donc, l’assiette économique ne répond pas du tout aux attentes des gens. Tout est cher au marche. La nourriture devient un luxe. Une petite bouteille d’eau est un luxe. Les conséquences de ce mode de vie sont catastrophiques, car il en résulte le développement de la mendicité, de la délinquance, de la violence. Et, alors, surgit une question : qui libérera Haiti de cette situation infernale ? »

La situation est dramatique à Haïti. Le bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies révélait en début d’année un « aperçu des besoins humanitaires ». Ils sont démesurés. 2,6 millions d’haïtiens ont besoin d’une assistance humanitaire. La moitié d’entre eux sont des enfants. Plus d’un haïtien sur deux vit en-dessous du seuil de pauvreté. Pour 30% des foyers, il faut marcher 30 minutes pour accéder à un point d’eau. Il n’y a qu’un médecin ou infirmier pour 1000 habitants. 330 000 haïtiens vivent dans des zones affectées par le choléra.

Alors pour dénoncer cette crise sociale, depuis près de deux mois, les routes sont bloquées par des barricades et les manifestations se multiplient. Le peuple dénonce la pauvreté, la crise de la santé ou de l’éducation, mais aussi la corruption. Sherry et Bobby Burnette sont un couple de missionnaires américains, installés à Haïti depuis bientôt 30 ans. Les photos qu’ils publient sur les réseaux sociaux révèlent l’ampleur de la situation.

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Jean Désinord, évêque de Hinche en Haïti, révélait également cette situation auprès de l’Aide à l’Église en Détresse :

« Personne ne peut sortir. Nous sommes enfermés dans nos maisons. Toutes les routes sont bloquées. Même en cas d’urgence, les ambulances ou les voitures de secours ne peuvent pas se déplacer. Nous n’avons pas de carburant. Les marchés ne fonctionnent pas. Les écoles ont été fermées dans tout le pays. La situation affecte toute la nation. »

Ce dernier concède que « détruire le pays n’est pas une solution. C’est probablement une façon d’exprimer sa frustration, mais ce n’est pas la solution ». Mais les évêques haïtiens assurent qu’il en est de la responsabilité du gouvernement, « et en premier lieu, le Président de la République ».

« Si le pays est à feu et à sang, c’est à cause de leur irresponsabilité. »

Le 22 octobre, jour de la manifestation, l’archevêque de Port-au-Prince déclarait lors d’un temps de prière dans la cathédrale, « trop de personnes meurent dans le pays et la justice de Dieu se réalisera de toutes les manières ». Des milliers de chrétiens sont alors descendus à leur tour dans la rue, à l’appel de la Conférence haïtienne des religieuses et religieux.

« Nous, religieuses et religieux, issus des entrailles du peuple, interpellons la conscience de toutes et de tous, de chacune et de chacun, en particulier le chef du pouvoir exécutif, pour qu’il prenne acte de la gravité de l’heure et prenne en conséquence une décision sage pour Haïti. »

Face à « la misère noire qui enlève toute espérance à l’homme haïtien », la conférence épiscopale d’Haïti se demande s’il existe « une violence plus atroce que celle consistant à vivre constamment dans l’insécurité ».

M.C.

Crédit Image : Michelle D. Milliman / Shutterstock.com

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