Dieudonné dit demander pardon aux juifs dans une lettre publique

Connu pour ses sketches provocateurs qui lui ont valu plusieurs condamnations pour antisémitisme, l’humoriste Dieudonné Mbala Mbala a créé la surprise en demandant publiquement pardon aux juifs dans une lettre publiée mardi 10 janvier dans Israël Magazine, expliquant notamment sa décision par son désir de quitter la scène en paix en raison de son âge et de sa santé. 

Sobrement intitulée « Je demande pardon. Dieudonné », la lettre interroge : l’auteur est-il sérieux ? Si oui, sa demande est-elle motivée par une crainte ou s’agit-il d’une soudaine contrition ? Il dit être fautif sans attribuer une quelconque responsabilité à d’autres.

Il était toutefois en Suisse, le 7 janvier dernier avec l’Association des amis de Stéphane Blet, pianiste antisémite, pour lui rendre hommage un an après son décès. Blet avait notamment sous-entendu que des juifs étaient à l’origine de l’incendie de Notre-Dame. À côté des regrets affichés, Dieudonné ferait-il la distinction entre l’homme et ses idées, tout en l’honorant avec un groupe partageant ses idées ?

Dieudonné souhaitait rencontrer André Darmon, le directeur d’Israël Magazine, selon Le Parisien, mais ce dernier a préféré que le personnage polémique écrive le texte. C’est Francis Lalanne, chanteur philosémite et militant politique, qui a transmis la lettre au journaliste et ancien président de la communauté francophone en Israël.

L’humoriste qui avait été condamné pour avoir fait acclamer sur scène le négationniste Robert Faurisson, en 2008, déclare qu’il ne pensait plus s’exprimer dans un média officiel, mais que le temps passant ébranle ses certitudes. Il affirme demander pardon aux personnes qu’il a blessées par ses « gesticulations artistiques » et affirme que son ambition était de faire rire tout le monde, y compris les juifs :

« Je pense notamment à mes compatriotes de la communauté juive, avec lesquels je reconnais humblement m’être laissé aller au jeu de la surenchère. »

Un humour douteux rejoignant l’antisionisme du régime iranien

Dieudonné a souvent défrayé la chronique et a été condamné en Suisse et en France, notamment pour un sketch jugé négationniste en première instance et en appel à Genève. Son propos est loin de celui d’un Pierre Desproges dont le numéro de 1986, débutant par « On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle », dénonçait l’obsession antisémite sur le ton de l’humour en la repoussant jusque dans ses derniers centimètres de paranoïa. Si Desproges imitait les antisémites pour se moquer de leur monomanie, Dieudonné a fait tenir des propos négationnistes à ses personnages, applaudis, et a prétendu devant la justice faire la distinction entre lui et eux.

Il s’est également rapproché du président iranien Mahmoud Ahmadinejad qui avait qualifié Israël de « tumeur cancéreuse » et, en février 2015, il avait remis à l’ex-chef d’État une « quenelle en or », statuette arborant un geste du bras considéré comme un salut nazi déguisé.

Désormais, dit-il, « je veux apporter ma pierre à l’édifice de la réconciliation dans un contexte de tensions générales exacerbées », avant de partir au Cameroun. Finissant sa lettre en remerciant Israël Magazine de l’avoir publiée, il se présente comme « un être imparfait mais sincère qui cherche à réparer ses erreurs et ses fautes ».

Jean Sarpédon

Crédit image : Creative Commons / Wikimedia

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