« Du sexe contre de l’eau » : Quand l’accès à l’eau potable soumet les femmes et les filles aux violences sexuelles

Les experts dénoncent une réalité « invisible », et ce « dans tous les secteurs, toutes les régions, tous les pays », auprès « des femmes de tous horizons ».

Des études ont récemment été menées sur l’accès à l’eau potable, à Nairobi, Johannesburg et Bogota. Les rapports qui en sont issus révèlent un drame subi au quotidien par les femmes et les filles à la recherche d’eau potable au Kenya, en Afrique du Sud, en Colombie mais également dans d’autres pays selon les experts, car ce phénomène existe « dans tous les secteurs, toutes les régions, tous les pays » et il touche « des femmes de tous horizons ».

« Le jargon local pour ces violences sexuelles est ‘eau pour eau’ qui se comprend ‘du sexe contre de l’eau’. Les cas de vendeurs d’eau qui forcent les femmes et les filles à avoir des relations sexuelles avec eux pour pouvoir accéder à l’eau est une réalité connue des habitants. Les vendeurs capitalisent sur les vulnérabilités socio-économiques des femmes et des filles pour les contraindre à des relations sexuelles contre de l’eau. […] À cause du manque d’eau, certaines femmes vont plus loin en séduisant les vendeurs et en leur offrant des relations sexuelles en échange d’eau. »

L’étude menée au Kenya précise ces cas de violences et de harcèlement sexuels sont peu rapportés par crainte de « victimisation, stigmatisation », mais aussi par un manque de connaissance des femmes.

« La plupart des victimes survivantes de cette violence sexuelle ne font pas remonter les faits à cause de la crainte des représailles suite aux révélations, de la stigmatisation dans leur communauté, des sentiments de culpabilité et de honte, de la demande de pot-de-vin ou de la méconnaissance sur le fonctionnement des rapports. »

Marie Chêne, de Transparency International, explique que l’exploitation sexuelle n’est pas officiellement reconnue en tant que corruption.

« En termes de cadre juridique, il n’y a presque aucun pays qui se réfère explicitement aux actes sexuels comme monnaie de corruption. »

Et selon elle, cette absence de reconnaissance la rend « invisible ».

« Lorsque vous n’avez pas de nom ou que vous ne reconnaissez pas la pratique, elle n’est pas mesurée, vous ne collectez pas de statistiques, vous n’adoptez pas de lois ou ne pensez pas à des stratégies pour y remédier, donc c’est invisible. »

Un avis partagé par Sareen Malik, secrétaire exécutif du Réseau de la société civile africaine sur l’eau et l’assainissement, qui affirme, « il faut faire plus pour que les gens en parlent, en particulier au plus haut niveau ».

M.C.

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