Mayweather encaissant un crochet de Pacquiao

Duel au sommet pour Pacquiao, célèbre boxeur chrétien

 « Ce n’est pas un choc entre Dieu et le diable. » Ainsi s’exprimait l’Américain Floyd Mayweather, boxeur invaincu et considéré comme le meilleur combattant du noble art, quatre jours avant le duel qui devait l’opposer au Philippin Manny Pacquiao, lui aussi perçu comme l’un des plus grands.

Par cette petite phrase, Mayweather faisait allusion à sa propre imperfection en tant que boxeur et à une éventuelle lecture morale du combat, mais le mot peut faire sourire au milieu de diverses autres déclarations opposant deux sportifs qui mettent Dieu dans leurs phrases et dont l’un revendique une foi affirmée. Dans la nuit du 2 au 3 mai, Mayweather est resté invaincu et le sera probablement à jamais puisqu’il souhaite prendre sa retraite. Pour la plus grande frustration d’un Pacquiao clamant qu’il méritait de gagner. D’autres chrétiens jouent des poings, et, par le passé, le pasteur George Foreman et le chrétien évangélique Evander Holyfield avaient eux aussi échangé quelques coups. Mais, jusqu’à preuve du contraire, un match est un affrontement sportif sans enjeu spirituel.

Il est des « impositions des mains » particulièrement viriles, et la boxe anglaise est l’un des sports en offrant un éventail particulièrement large : overcut (coup de poing descendant), uppercut (coup de poing remontant), crochet (coup de poing circulaire) ou encore le jab, un direct du bras avant. Le jab sert notamment à maintenir l’adversaire à distance, et c’est cette forme de coup de poing qu’a utilisé Mayweather pour vaincre Pacquiao et qui lui a valu la colère d’un public à qui l’on avait promis le match du siècle dans la catégorie welter (entre 63,5 et 67 kg). Gros sous (250 millions de dollars pour les duellistes), gros coups ; cependant la rime a failli, les boxeurs ne sont pas toujours poètes. Mais ces artistes du ring parlent aussi à Dieu.

Pacquiao versus Mayweather : un match sportif et non manichéen
Pacquiao, surnommé Pac-Man, est ce que l’on appelle un chrétien born again, il en a donné un témoignage à la chaîne ABS-CBN en janvier 2012. Catholique, Pacquiao montrait quelques signes de dévotion, mais menait en réalité une vie… pas très catholique. C’est en expérimentant une conversion profonde qu’il a mis sa vie en conformité avec une morale davantage catholique que chaotique. Sa métamorphose est survenue en novembre 2011 après sa victoire face au Mexicain Juan Manuel Marquez, en raison d’un songe au cours duquel Dieu l’aurait questionné : « Mon fils, pourquoi es-tu loin de moi ? »

Pacquiao dit avoir découvert son oreiller humide à son réveil. Le boxeur avait pleuré dans son rêve et n’avait cessé jusqu’à ce qu’il émerge du sommeil. Et c’est dans la Bible qu’il a alors trouvé Dieu. Après cela, Pacquiao a confirmé sa foi nouvelle en proclamant qu’il ne l’abandonnait pas en dépit de la perte du titre en juin 2012. En décembre de la même année, il était battu par un Marquez revanchard, convaincu que Dieu lui avait fait justice après deux défaites et un nul face à Pac-Man. La mère de la star philippine y vit également un signe divin, pour une autre raison, estimant que le changement de religion de Pacquiao était la cause de ses défaites.

Pacquiao estime devoir sa situation à Dieu qui l’a sorti de la misère : « Je dormais dans la rue, j’avais faim, et il est difficile d’imaginer que Dieu m’ait amené à ce niveau de vie. » Aux Philippines, le boxeur concrétise sa foi dans des oeuvres : construction d’une église, d’une école, d’un centre communautaire dans la ville de Général Santos. L’église aura notamment pour mission de nourrir les pauvres, aider les veuves et instruire les enfants quant à la grandeur de Dieu.

Respectueux dans ses déclarations précédant le match à l’endroit de Pacquiao, Mayweather fait également référence à Dieu dans ses propos. Du moins dans le cadre de son match avec Pacquiao. Stratégie ? Ce boxeur surdoué est aussi connu pour distribuer des coups hors du ring, et son ex-compagne, Josie Harris, a été une sparring-partner forcée. Le bad boy ne veut cependant pas que sa confrontation avec Pacquiao soit perçue comme celle du bien et du mal. Il convoque d’ailleurs Dieu pour évacuer la question : « Seul Dieu peut me juger !« 

Mayweather n’a pas répondu favorablement à la proposition de Pac-Man de lire la Bible et prier ensemble après le match. Le boxeur américain a cependant débuté sa conférence de presse d’avant-match en remerciant Dieu. Il a par ailleurs précisé : « Dieu nous aime tous. Je suis un combattant. Je suis un boxeur professionnel, c’est ce que je fais. Je crois en Dieu, j’aime Dieu. J’ai été béni toute ma vie et je ne crois pas que Dieu prenne parti […] Je ne me concentre donc pas là-dessus, j’essaie uniquement de donner le meilleur combat. »

Les déclarations de Mayweather sont peut-être un jab pour garder les questions morales et spirituelles à distance et contrer l’image de gentil chrétien et bon mari dont bénéficie Pacquiao. A raison. Car, peu importe que les mentions du nom de Dieu éparpillées ci et là par Mayweather ne correspondent pas à un style de vie dédié à l’argent et à son absence de maîtrise de soi, l’enjeu du match n’était pas moral ou spirituel, il ne s’agissait pas de sanctionner le mode de vie de l’Américain, il était simplement question de boxe. Pac-Man a-t-il voulu passer pour le gentil ou a-t-il simplement fait du zèle chrétien ? Mayweather semble pencher pour la première explication. S’il ne se trompe pas, il a alors raison de recadrer le débat et le ramener sur le plancher du ring. Aussi peu aimable soit-il, il n’aurait pas tort.

Chrétien et boxeur, un oxymore ?

 Le Washington Post du 2 mai dernier titrait : « Floyd Mayweather c. Manny Pacquiao: attendez, chrétien et combattant, un oxymore ? » L’auteur de l’article explique : « Dieu nous a donné différents talents et s’il arrive que ce talent soit celui de boxeur – et je ne parle pas de bagarres de bars – alors nous devons utiliser ce talent. » Une démonstration quelque peu douteuse, un raccourci intellectuel, car d’une part, disposer de dons (en l’occurrence la rapidité, le sens tactique, le sens du rythme ou encore la force) qui, assemblés, permettent d’exceller dans un domaine ne signifie pas que Dieu ait accordé un don spécifiquement pour ce champ ; d’autre part, parce qu’un don n’oblige pas forcément.

Un abus de rhétorique alors qu’existent d’autres arguments pour ne pas condamner cette pratique par des chrétiens. Par exemple le fait que la boxe peut très bien ne pas impliquer les sentiments des protagonistes, lesquels peuvent se respecter tout en acceptant de prendre certains risques, même être amis si ce n’est frères comme Vitali et Wladimir Klitschko, les champions ukrainiens qui pourraient s’affronter mais s’en abstiennent pour ne pas inquiéter leur mère. 

Quoi qu’il en soit, Pacquiao n’est pas le seul boxeur à afficher ostensiblement sa foi en Dieu, d’autres le font et l’ont fait avant lui. Chris van Heerden n’aurait jamais dû combattre après une opération rénale à l’âge de trois mois, mais son père, boxeur, croyait que Dieu le guérirait. Et confiant dans cette issue, il avait entraîné son fils. Van Heerden fils, ancien champion welter, déclare être béni qu’il gagne ou perde. Mais les cas les plus emblématiques, outre Pac-Man, sont peut-être George Foreman et Evander Holyfield.

Comme Pacquiao, Foreman relata une vision reçue au soir d’un combat, affirmant que Jésus lui était apparu. Le boxeur quitta alors les rings pour devenir pasteur. Dix ans après sa retraite, Foreman revint à la boxe et combattit à travers les Etats-Unis, mais les duels étaient peu prisés car les adversaires peu convaincants. En 1991, Foreman rencontra le puissant Evander Holyfield, alors champion du monde poids lourds WBA, et sa réputation y gagna positivement. Le match opposa donc un pasteur à un Holyfield, connu pour écouter des cantiques avant chaque match (et trop introduire la foi dans ses combats à la fin de sa carrière).

Il est à noter que, plus tard, Holyfield refusa de porter plainte contre le peu contrôlable Mike Tyson qui lui avait arraché un morceau d’oreille avec ses dents lors d’un match en 1997, préférant lui accorder son pardon.  « Lorsque Tyson me mordit une seconde fois, ma foi fut mise à l’épreuve. J’aurais pu laisser la haine envahir mon cœur ou être un vrai chrétien et pardonner. J’ai choisi de réagir en chrétien, et mon cœur fut soulagé », assura Holyfield. Un témoignage qui conduisit le très malfamé Tyson à entretenir de bonnes relations avec lui. Holyfield déclara plus tard qu’il avait aussi voulu montrer un message de grâce au monde entier.

En tout état de cause, se limiter au factuel permet de ne pas supposer de motif ou de signification quant au match de la nuit dernière, et la conclusion peut alors revenir à Mayweather et son jeu de mots « Fists not faith will decide fight » (« Ce sont les poings et non la foi qui désigneront le vainqueur »). Un bon mot pour ramener le combat à sa dimension sportive et peut-être réduire Pacquiao à son statut de boxeur, toute question morale mise à part, mais un bon mot réaliste quelle qu’ait été l’idée de Mayweather en l’exprimant.

La rédaction

Hans-Søren Dag

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